ET TENTR'EST'UN AUTRE
Par M. VERGIER.
w JE À N amoureux de la jeune Perrette, Ayant en vain auprès d'elle employé Soupirs } fermens , doux jargon d’amourétte, Sans que jamais rien lui füc o@royé, Pour la fléchir, s’avifa de lui dire, En lui montrant de fes mains les dix doigts, Qu'il lui pourroit prouver autant de fois, Qu'en fait d'amour il étoit un grand fire.
De tels fignaux parlent éloquemment, Et pour toucher ont fouvent plus de force, Que foins, foupirs, & que tendres fermens.
Perrette aufh fe prit à cette amorce.
Jà fes regards font plus doux mille fois :
Plus de fierté ; l'amour à pris fa place:
Tout eft changé jufqu’au fon de fa voix.
On fouffre Jean, voire même on lagace, On lui fourit, on le pince par fois; Et le galant voyant l'heure venue, L'heure aux amans tant feulement connue,
Ti
294 PROMETTRE EST UN, Ec.
Ne perd point tems, prend quelques menus droits, { Va plus avant, & fi bien s'infinue,
Qu'il acquitta le premier de fes doigts ; Pafle au fecond, au tiers, au quatriéme, Reprend haleine & fournit le cinquiéme. Mais qui pourroit aller toujours de même !
Ce n’eft moi jà , quoique d'âge à cela; Ne Jean auf ; car il en refta là.
Perrette donc en fon compte trompée,
Si toutefois c’eft tromper que ceci,
Car j'en connois mainte très-haut huppée Qui voudroit bien être trompée ainfi :
Perrette, dis-je, abufée en fon compte, Et ne pouvant rien de plus obtenir,
Se plaint à Jean, lui dit que c’eft grand’ honte D’avoir promis , & de ne pas tenir.
Mais à cela cettui trompeur apôtre,
De fon travail fuffifamment content ,
Sans s’émouvoir répond en la quittant, Promettre eft un, & tenir eft un autre.
Avec le tems j'acquitterai les dix:
En attendant, Perrette, adieu vous dis.
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