‹ Contes et nouvelles en vers (volume 4)Chapitre 5 sur 73 · LES OYES · texte numérisé non relu

LES OYES

Qu’une beface & qu’un bâton:

C’étoit un étrange partage.

Le pere à tout cela fongeoïit für fes vieux ans

Au refte il étoit peu de gens ”

Qui ne lui donnaffent la miche.

Frere Philippe eût été riche

S’il eût voulu. Tous les petits enfans : Le connoïifloient ; & du haut de leur tête

Ils crioient ; Aprètez la quête,

Voilà Frere Philippe. Enfin dans la Cité Frere Philippe foubaité Avoit force dévots ; de dévotes pas une;

Car il n’en vouloit point avoir.

Si-tôt qu’il crût fon fils ferme dans fon devoir,

Le pauvre homme le meine voir

Les gens de bien, & tente la fortune.

Ce ne fut qu’en pleurant qu’il expofa ce fils.

Voilà nos Hermites partis.

Ils vont à la Cité fuperbe , bien bâtie,

Et de tous objets affortie:

Le Prince y faifoit fon fejour.

‘Le jeune homme tombé des nuës Demandoit, Qu’eft-ce là? ce font des gens de Cour: Et là? ce font Palais. Ici? ce font Statuës.

I1 confideroit tout : quand de jeunes beautez Aux yeux vifs, aux traits enchantez, Pafferent devant lui; dès-lors nulle autre chofe

Ne pût fes regards attirer.

Adieu Palais ; adieu ce qu’il vient d’admirer :

Voici bien pis, & bien une autre caufe

D'éton-

DE FRERE PHILIPPÉ 1 D'’étonnement.

Ravi comme en extafe à cet objet charmant, Qu’eft-ce là, dit-il à fon pere, * Qui porte un fi gentil habit?

Comment l’appelle-t-on ? ce difcours ne plût guere Au bon Vieillard, qui repondit :

C’eft un oifeau qui s’appelle Oye.

O l’agréable oifeau ! dit le fils plein de joye. Oye, helas chante un peu, que j’entende ta voix. Ne pourroit-on point te connoître > Mon pere, je vous prie & mille & mille fois, Menons en une en nôtre bois ; J'aurai foin de la faire paître.

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