‹ Contes et nouvelles en vers (volume 4)Chapitre 62 sur 73 · INDISCRETS · texte numérisé non relu

INDISCRETS

Ji m’eft refté de ce fait un garçon.

Elle eut à peine achevé la parole .

Que du mari l’ame jaloufe & folle

Au défefpoir s’abandonne auffi-tôr.

Il fort plein d’ire, il defcend tout d’un faut, Rencontre un baft, fe le met, & puis crie; Te Juis bafté. Chacun au bruit accourt, Les pere & mere, & toute la mégnie, Jufqu’aux voifins. Il dit pour faire court, Le beau fujet d’une telle folie,

Il ne faut pas que le Lecteur oublie

Que les parens d’Aminte, bons Bourgeois, Et qui n’avoient que cette fille unique,

La nourrifloient, & tout fon domeftique, Et fon époux, fans que, hors cette fois, Rien eût troublé la paix de leur famille:

La mere donc s’en va trouver f fille;

Le pere fuit, laiffe fa femme.entrer,

Dans le deffein feulement d’écouter,

La porte étoit entr’ouverte; il s'approche; Bref il entend la noiïfe & le reproche

Que fit fa femme à leur fille en ces mots:

Vous avez tort; j'ai veu beaucoup de fots, Et plus encor de fottes en ma vie;

Mais qu’on pôt voir telle indifcretion, Qui l’auroit crû? car enfin, je vous prie, Qui vous forçoit? quelle obligation

De reveler une chofe femblable?

Plus d’une fille a forligné; le diable

Eft bien fubtil; bien malins font les gens :

Non

238 LES AVEUS

Non pour cela que l’on foit excufable; I nous faudroit toutes dans des Couvents, Claquemurer jufques à l’hymenée.

Moi qui vous parle ai même deftinée, J'en garde au cœur un fenfible regret.

J'eus trois enfans avant mon mariage.

A vôtre pere ai-je dit ce fecret ?

En avons-nous fait plus mauvais ménage?

Ce difcours fut à peine proferé, Que l’écoutant s’en court , & tout outré Trouve du bait la fangle & fe l’attache, Puis va criant par tout: Fe fais fanglé.

Chacun en rit, encor que chacun fçache Qu'il a dequoi faire rire à fon tour.

Les deux maris vont dans maint carrefour, Criant, courant, chacun à fa maniere, Bafié 1e gendre, & Sangle e beaupere, On doutera de ce dernier point-ci; Mais il ne faut telles chofes mécroire.

Et par exemple, écoutez bien ceci:

Quand Roland fceut les plaïfirs & la gloire Que dans la grotte avoit eus fon Rival, D'un coup de poing il tua fon cheval.

Pouvoit-il pas, traînant la pauvre bête, Mettre de plus la felle fur fon dos?

Puis s’en aller, tout du haut de fa tête, Faire crier & redire aux Echos, Te fuis bafté, fanglé, car il nimporte, - - Tous deux font bons. Vous voyez de la forte Que ceci peut contenir verité,

Ce

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