‹ Contes et nouvelles en vers (volume 4)Chapitre 64 sur 73 · Q 4 .. LE · texte numérisé non relu

Q 4 .. LE

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E malheur des maris, les bons tours des Agnés — Ont été, de tout temps, le fujet de la Fable. Ce fertile fujet ne tarira jamais, C’eft une fource inépuifable, À de pareils malheurs tous hommes font fujets, Tel qui s’en croit exempt eft tout feul à le croire, Tel rit d’une rufe d'amour,

Qui

Qui doit devenir à fon tour,

Le vifible fujet d’une femblable hiftoire.

D'un tel revers fe laifler accabler, Eft à mon gré fottife toute pure,

. Celui dont j'écris l'avanture,

Trouva dans fon malheur de quoi fe confoler.

Certain riche Bourgeois s’étant mis en ménage,

N'eut pas l’ennui d’attendre trop long-temps Les doux fruits du Mariage,

Sa femme lui donna bien-tôt deux beaux enfans,

Une fille d’abord, un garçon dans la fuite;

Le fils devenu grand fut mis fous la conduite,

D'un Précepteur; non pas de ces Pédants, Dont l’afpeét eft rude & fauvage,

Celui-ci gentil Perfonnage,

Grand Maître és Arts, fur tout en l’Art d’aimer, Du beau monde avoit quelque ufage, Chantoit bien, & fçavoit aimer,

Et s’il faut déclarer tout le fecret myftére,

Amour, dit-on, l’avoit fait Précepteur.

Il ne s’étoit introduit près du frere, Que pour voir de plus près la fœur.

I! obtient tout ce qu’il defire,

Sous ce trompeur déguifement, Bon Précepteur, fidelle Amant, Soit qu’il régente, ou qu’il foûpire, Il réüiffit également.

Déja fon jeune Pupile Explique Horace & Virgile,

Et déja la beauté qui fait tous fes defirs,

Q 5 Sçait

sé LE)'CONTRACT,

Sçait le langage des foûpirs, Nôtre Maître en galanterie, Très-bien lui fit pratiquer fes leçons, Cette pratique aufli-tôt fut fuivie De maux de cœur, de pâmoifons, Non fans donner de terribles foupçons Du fujet de la maladie :

Enfin tout fe découvre, & le pere irrité Menace, tempête, crie, Le Doéteur épouvanté, Se dérobe à fa furie.

La Belle volontiers l’auroit pris pour époux, Pour femme volontiers il auroit pris la Belle, L’Hymen étoit l’objet de leurs vœux les plus doux, Leur tendreffe étoit mutuelle:

Mais l’Amour aujourd’hui n’eft qu’une bagatelle, L'argent feul aujourd’hui forme les plus beaux nœuds, Elle étoit riche, il étoit gueux, C’étoit beaucoup pour lui, c’étoit trop peu pour elle. Quelle corruption! Ô fiécle! Ô temps ! Ô mœurs! Conformité de biens, différence d’humeurs, Soufrirons-nous toûjours la puiffance fatale, Mébprifable intérêt, opprobre de nos jours, Tyran des plus tendres amours, Mais faifons tréve à la Morale, Et reprenons nôtre difcours.

Le pere bien fâché, la fille bien marrie, Mais que faire; il faut bien réparer ce malheur, Et mettre à couvert fon honneur, Quel reméde; on la marie, Non :

Non au Galant, j'en ai dit les raifons,

Mais à certain Quidam amoureux des Teftons, Plus que de fillette gentille,

Riche fuffifamment & de bonne famille,

Au fürplus bon enfant, fot, je ne Le dis pas,

Puis qu’il ignoroit tout le cas.

Mais quand il le fçauroit, fait-il mauvaife emplette?

On lui donne à la fois vingt mille bons Ducats, Jeune Epoufe & befogne faite,

Combien de gens avec femblable dot,

Ont pris, le fçachant bien, la fille & le gros lot, Et celui-ci crût prendre une pucelle, Bien eft-il vrai qu’elle en fit les façons,

Mais quatre mois après la fçavante Donzelle

Montre le prix de fes leçons, Elle mit au monde une fille, Quoi! déja pere de famille,

Dit l'Epoux, étant bien furpris,

Au bout de quatre mois, c’eft trop-tôt, je fuis pris, Quatre mois ce n ef pas mon compte.

Sans tarder, au beau-pere il va conter fa honte,

Prétend qu’on le fépare, & fait bien du fracas.

Le beau-pere foûrit, & lui dit, parlons bas, Quelqu’un pourroit bien nous entendre; Comme vous jadis je fus gendre,

Et me plaignis en pareil cas,

Je parlai comme vous d’abandonner ma femme,

C’eft l'ordinaire effet d’un violent dépit,

Mon beau-pere defunt, Dieu veuille avoir fon ame,

Il étoit honnête homme & me remit l’efprit,

La

it DCE CONTRACT

La pilule, à vrai dire, étoit aflez amere, Mais il fçut la dorer, & pour me fatisfaire, D'un bon Contrat de quatre mille écus, Qu’autrefois pour femblable affaire, Il avoit eu de fon beau-pere, J1 augmenta la dot, je ne m’en plaignis plus. Ce Contrat doit pafler de famille en famille, Je le gardois exprès, ayez-en même foin, Vous pourrez en avoir befoin, Si vous mariez vôtre fille.

À ce difcours le gendre moins fâché Prend le Contrat, & fait la révérence.

Dieu préferve de mal ceux qu’en telle occurence On confole à meilleur marché.

LES

creme RIHIRUGS

Dr Fortune aime fouvent à rire,

Et nous joüant un tour de fon metier, Au lieu des biens où nôtre cœur afpire, D'un gmiproquo fe plaît à nous payer.

Ce font fes jeux, j’en parle à juite caufe.

Il m’en fouvient ainfi qu’au premier jour.

Cloris & moi nous nous aimions d'amour;

Au

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