‹ Contes et nouvelles en versChapitre 19 sur 63 · A FEMME AVARE · texte numérisé non relu

A FEMME AVARE

Plaifoit beaucoup, fors un point qui gâtoit

Toute l'affaire, & qui feul rebutoit

Les plus ardents : c'eft qu'elle étoit avare.

Ce n'efl pas chofe en ce fiècle fort rare.

Je l'ai jà dit, rien n'y font les foupirs :

Celui-là parle une langue barbare,

Qui l'or en main n'explique fes defirs.

Le jeu, la jupe, & l'amour des plaifirs

Sont les refforts que Cupidon emploie :

De leur boutique il fort chez les François

Plus de cocus que du cheval de Troie

Il ne fortit de héros autrefois.

Pour revenir à l'humeur de la belle,

Le compagnon ne put rien tirer d'elle,

Qu'il ne parlât. Chacun fait ce que c'eft

Que de parler; le lecteur, s'il lui plaît,

Me permettra de dire ainfi la chofe.

Gulphar donc parle, & fi bien qu'il propofe

Deux cents écus. La belle l'écouta;

Et Gafparin à Gulphar les prêta

(Ce fut le bon), puis aux champs s'en alla,

Ne foupçonnant aucunement fa femme.

Gulphar les donne en préfence de gens.

Voilà, dit-il, deux cents écus comptants,

Qu'à votre époux vous donnerez, madame.

La belle crut qu'il avoit dit cela

Par politique, & pour jouer son rôle.

Le lendemain elle le régala

Tout de fon mieux, en femme de parole.

Le drôle en prit, ce jour & les fuivants,

Pour fon argent, & même avec ufure.

A bon payeur on fait bonne mefure.

Quand Gafparin fut de retour des champs,

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