IMITATION D'ANACRÉON
Otoi qui peins d'une façon galante, Maître paffé dans Cythère & Paphos, Fais un effort ; peins-nous Iris abfente. Tu n'as point vu cette beauté charmante, Me diras-tu : tant mieux pour ton repos. Je m'en vais donc t'inftruire en peu de mots. Premièrement, mets des lis & des rofes; Après cela, des amours & des ris.
Mais à quoi bon le détail de ces chofes? D'une Vénus tu peux faire une Iris ?
Nul ne fauroit découvrir le myftère :
Traits fi pareils jamais ne le font vus, Et tu pourras à Paphos & Cythère De cette Iris refaire une Vénus.
14 L'AMOUR MOUILLÉ
L'AMOUR MOUILLE
IMITATION d'aNACRÉON
J'étois couché mollement, Et, contre mon ordinaire, Je dormois tranquillement, Quand un enfant s'en vint faire A ma porte quelque bruit.
Il pleuvoit fort cette nuit :
Le vent, le froid, & l'orage Contre l'enfant faifoient rage.
Ouvrez, dit-il, je fuis nu.
Moi, charitable & bon homme J'ouvre au pauvre morfondu, Et m'enquiers comme il fe nomme, Je te le dirai tantôt, Repartit-il : car il faut Qu'auparavant je m'efluie J'allume auffitôt du feu.
Il regarde û la pluie N'a point gâté quelque peu Un arc dont je me méfie.
Je m'approche toutefois, Et de l'enfant prends les doigts, Les réchauffe; & dans moi-même Je dis : Pourquoi craindre tant?
L'AMOUR MOUILLÉ
Que peut-il? c'eft un enfant :
Ma couardife eft extrême
D'avoir eu le moindre eflroi;
Que feroit-ce û chez moi
.Pavois reçu Polyphème:'
L'enfant, d'un air enjoué
Ayant un peu fecoué
Les pièces de fon armure
Et fa blonde chevelure,
Prend un trait, un trait vainqueur,
Qu'il me lance au fond du cœur.
Voilà, dit-il, pour ta peine.
Souviens-toi bien de Climène,
Et de l'Amour, c'eft mon nom.
Ah! je vous connois, lui dis-je,
Ingrat & cruel garçon;
Faut-il que qui vous oblige
Soit traité de la façon !
Amour fit une gambade^
Et le petit fcélérat
Me dit : Pauvre camarade
Mon arc eft en bon état,
Mais ton cœur eft bien malade.
i6 LE PETIT CHIEN QUI SECOUE