L'HYMÉNÉE ET L'AMOUR
Sur le seuil des enfers Eurydice éplorée S'évaporait légère, et cette ombre adorée A son époux en vain dans un suprême effort Avait tendu les bras. Vers la nuit éternelle, Par delà les flots noirs le Destin la rappelle ; Déjà la barque triste a gagné l'autre bord.
Tout entier aux regrets de sa perte fatale, Orphée erra longtemps sur la rive infernale.
Sa voix du nom chéri remplit ces lieux déserts. Il repoussait du chant la douceur et les charmes; Mais, sans qu'il la touchât, sa lyre sous ses larmes Rendait un son plaintif qui mourait dans les airs.
Enfin, las d'y gémir, il quitta ce rivage
Témoin de son malheur. Dans la Thrace sauvage
Il s'arrête, et là, seul, secouant la torpeur
Où le désespoir sombre endormait son génie,
Il laissa s'épancher sa tristesse infinie
En de navrants accords arrachés à son cœur.
Ce fut le premier chant de la douleur humaine Que ce cri d'un époux et que sa plainte vaine; La parole et la lyre étaient des dons récents. Alors la poésie émue et colorée Voltigeait sans effort sur la lèvre inspirée Dans la grâce et l'ampleur de ses jeunes accents.