L'ABEILLE
Partis dans leur espoir par un jour sans nuage, Des champs qu'ils parcouraient ne sont pas revenus ! Une ivresse sacrée aveuglait leur courage ; Au gré de leurs désirs, sans craindre les autans. Ils butinaient au loin sur la foi du printemps. Quel retour glorieux l'avenir leur apprête !
A ces mille trésors épars sur leur chemin L'amour divin de l'art les guide et les arrête ; Tout est fleur aujourd'hui, tout sera miel demain. Ils revenaient déjà vers la ruche immortelle; Un vent du ciel soufflait, prêt à les soulever. Au milieu des parfums la Mort brise leur aile ; Chargés comme l'abeille, Us périssent comme efle Sur le butin doré qu'ils n'ont pas pu sauver.
DN AUTRE CŒDR.
Serait-ce un autre cœur que la Nature donne A ceux qu'elle préfère et destine à vieillir, Un cœur calme et glacé que toute ivresse étonne, Qui ne saurait aimer et ne veut pas souffrir?
Ah ! qu'il ressemble peu, dans son repos tranquille,
A ce cœur d'autrefois qui s'agitait si fort I Cœur enivré d'amour, impatient, mobile, Au-devant des douleurs courant avec transport.
Il ne reste plus rien de cet ancien nous-mêmes; Sans pitié ni remords le Temps nous l'a soustrait. L'astre des jours éteints, cachant ses rayons blêmes, Dans l'ombre qui l'attend se plonge et disparaît.
A l'horizon changeant montent d'autres étoiles. Cependant, cher Passé, quelquefois un instant La main du Souvenir écarte tes longs voiles.
Et nous pleurons encore en te reconnaissant.