‹ Contes et poésiesChapitre 27 sur 30 · L'ABEILLE · texte numérisé non relu

L'ABEILLE

Partis dans leur espoir par un jour sans nuage, Des champs qu'ils parcouraient ne sont pas revenus ! Une ivresse sacrée aveuglait leur courage ; Au gré de leurs désirs, sans craindre les autans. Ils butinaient au loin sur la foi du printemps. Quel retour glorieux l'avenir leur apprête !

A ces mille trésors épars sur leur chemin L'amour divin de l'art les guide et les arrête ; Tout est fleur aujourd'hui, tout sera miel demain. Ils revenaient déjà vers la ruche immortelle; Un vent du ciel soufflait, prêt à les soulever. Au milieu des parfums la Mort brise leur aile ; Chargés comme l'abeille, Us périssent comme efle Sur le butin doré qu'ils n'ont pas pu sauver.

DN AUTRE CŒDR.

Serait-ce un autre cœur que la Nature donne A ceux qu'elle préfère et destine à vieillir, Un cœur calme et glacé que toute ivresse étonne, Qui ne saurait aimer et ne veut pas souffrir?

Ah ! qu'il ressemble peu, dans son repos tranquille,

A ce cœur d'autrefois qui s'agitait si fort I Cœur enivré d'amour, impatient, mobile, Au-devant des douleurs courant avec transport.

Il ne reste plus rien de cet ancien nous-mêmes; Sans pitié ni remords le Temps nous l'a soustrait. L'astre des jours éteints, cachant ses rayons blêmes, Dans l'ombre qui l'attend se plonge et disparaît.

A l'horizon changeant montent d'autres étoiles. Cependant, cher Passé, quelquefois un instant La main du Souvenir écarte tes longs voiles.

Et nous pleurons encore en te reconnaissant.

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