‹ Contes et romans alsaciensChapitre 32 sur 62 · I.E DUIC. ADIEU FUKDKUltl · texte numérisé non relu

I.E DUIC. ADIEU FUKDKUltl

Du courage, nous sommes dos hommes !... [p. 42),

notre réponse à Zornstadt : « Non, monsieur YOberfœrster, nous ne servirons pas le roi de Prusse! » J'écrivis ma lettre tout de suite, il la mit dans sa ponhe.

Il fut également arrêté que j'irais de bonne heure au Graufthàl, tâcher de découvrir un endroit pour nous loger, avec nos meubles. Les trois chambres au premier du père Ykel, aubergiste de la Coupe, devaient être toujours libres depuis l'invasion, pas un voyageur ne venant au pays ; la place ne devait pas manquer non plu5 dans son écurie; j'espérais les louer à bon marché.

Quant à Merlin, il avait encore à prévenir sa mère, et nous dit qu'elle partirait pour Felbberg, oi"i Tonde Daniel serait bien heureux de la recrivoir. Le vieu.x maître d'écolo

et sa sœur avaient longtemps fait leur ménage ensemble ; et seulement après son installation à la maison forestière du Tomenihâl, Jean Merlin avait pris sa mère avec lui. La bonne vieille Margrédel n'avait donc qu'à retourner au hameau où sa petite maison l'attendait.

Ainsi furent prises nos dernières résolutions.

Jean se chargea aussi d'aller prévenir M. Laroche de ce qui venait de se passer, et de lui dire que j'irais le voir après notre déménagement. Puis il embrassa Marie-Rose, dit encore quelques paroles d'encouragement à la grand'mère et sortit. Je raccompa;^nai sur le seuil, en lui serrant la main. La nuit était venue, il gelait à pierre fendie, le ciel étincelait d'étoiles. Quel temps pour quitter la baïaquc et chercher un autre asile !

LE BRIGADIER FRÉDÉRIC

En rentrant, je \is le pauvre Calas vider la marmite aux pommes de terre sur la table et poser les deux pots de lait caillé près du saladier, en nous regardant d'un air étonné; personne ne bougeait.

(I Assieds-toi. Calas, lui dis-je, mange seul; personne de nous n'a faim ce soir. »

Il s'assit donc et se mil à peler ses pommes de terre ; ayant tiré le fumier de l'écurie et donné le fourrage au bétail, sa tâche était remplie et sa conscience tranquille.

Heureux ceux qui ne prévoient pas le lendemain, et que l'Eternel gouverne seul, sans rois, sans empereur? et sans ministres.... Ils n'ont pas lé quart de nos chagrins!... L'écureuil, le lièvre, le renard, tous les animaux des bois et de la plaine reçoivent leur fourrure nouvelle à l'entrée de l'hiver ; les oiseaux du ciel reçoivent un plus fin duvet; ceux qui ne pourraient pas vivre dans la neige, faute d'ir.sectes pour les nourrir, ont reçu de grandes ailes qui leur permettent d'aller chercher un plus beau soleil. L'homme seul ne reçoit rien ! Ki son travail, ni sa prévoyauce, ni son courage ne peuvent le préserver du malheur; ses semblables sont ses pires ennemis, et sa vieillesse e.st souvent le comble de la misère. Voilà noire partage.

Quelques-uns voudraient changer ces choses, mais c"est difficile; il faudrait du cœur et du bon sens qui nous manquent.

Enfin, à la nuit close, nous allâmes rêver seuls, chacun dans son coin, au coup terrible qui nous accablait.

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