‹ Contes et romans alsaciensChapitre 5 sur 42 · MADAME JEANNETTE · texte numérisé non relu

MADAME JEANNETTE

Pendant mon enfance, tous les jours après l'école, j'allais voir travailler Jean-Pierre Coustel, le tourneur, au bout du village. C'était un vieil homme à moitié chauve, les pieds dans de giandes savates déchirées et la perruque en queue de rat frétillant sur le dos. Il aimait à raconter ses campagnes le long du Rhin et de la Loire, en Vendée. Alors il vous regardait et liait tout bas. — Sa petite femme, Mme Jeannette, filait derrière lui dans l'ombre; elle avait de grands yeux noirs et les cheveux si blancs, qu'on aurait dit du lin. Je la vois : elle écoutait, en s'mterrompaut de filer, chaque fois que Jean-Pierre parlait de Nantes; ils s'étaient mariés la-bas en 93.

Ces choses, je les ai sous les yeux comme si c'était hier : les deux petites fenêtres entourées de lierre, les trois ruches sur une plan, chelte au-dessus de la vieille porte vermoulue, les abeilles qui voltigent dans un rayon de soleil sur le toit de chaume ; Jean-Pierre Coustel, le dos courbé, qui tourne des bâtons de chaise ou des bobines ; les copeaux qui se dévident en lire-bouchons.... tout est là!

Et je vois aussi venir, le soir, Jacques Chatillon, le marchand de bois, avec ses gros favoris roux, sa toise sous le bras ; le garde forestier Benassis, sa carnassière sur la hanche et la petite casquette à cor de chasse sur loreille ; M. Nadasi, l'huissier, qui fait le joli cœur en se promenant le nez en l'air, avec des

lunettes, les poings dans ses poches de derrière, comme pour dire : « Je suis Nadasi, celui qui porte les citations aux insolvables ! » Et puis mon oncle Eustache, qu'on appelait « brigadier » parce qu'il avait servi dans les Chamboran ; et puis bien d'autres, sans parler j de la femme du petit tailleur Rigodin, qui venait chercher son homme api es neuf heures, pour se faire inviter à boire une chope, car, outre son métier de tourneur, Jean-Pierre Coustel tenait un bouchon sur la route, la branche de sapin pendait à sa petite façade, et Ihiver, quand il pleuvait ou que la neige montait aux vitres, on aimait à s'asseoir dans la vieille baraque, en écoutant le feu bourdonner avec le rouet de Jeannette, et les grands coups de vent se promener dehors à travers le village.

Moi, tout petit, je ne bougeais pas de mon coin, jusqu'à ce que l'oncle Eustache, vidant les cendres de sa pijje, me dit :

« Allons, François, en route!... Bonne nuit, vous autres!... »

Il se levait, et nous sortions ensemble, tantôt dans la boue, tantôt dans la neige. Nous allions dormir à la maison du grand-père, qui veillait pour nous attendre.

Que ces choses lointaines me paraissent vivantes quand j'y pense !

Mais ce qui me revient surtout, c'est l'histoire des marais de la vieille Jeannette, des

LES PAPIERS DE MADAME JEANNETTE

marais qu'elle avait en Vendée,. du côlé de la mer, et qui devaient faire la fortune des Coustel, s'ils avaient réclamé leurs biens plus tôt. Il parait qu'en 93 on noyait beaucoup de monde du côté de Nantes, et principalement des anciens nobles. On les mettait sur des bateaux, liés ensemble, et puis on les menait dan? la Loire, et l'on enfonçait les bateaux. C'était au temps de la Terreur; et les paysans de la Vendée fusillaient aussi tous les soldats républicains qu'ils pouvaient prendre; l'extermination marchait des deux côtés, on n'avait plus pitié de rien. Seulement, chaque fois qu'un soldat républicain demandait en mariage une de ces filles nobles qu'on allait noyer, et que la malheureuse consentait à le suivre, on la relâchait tout de suite. Et voilà comment Mme Jeannette était devenue la femme de Coustel. Elle était sur un de ces bateaux à l'âge de seize ans , un âge où l'on a terriblement peur de mourir!... Elle regardait toute pâle si personne n'aurait pitié d'elle; alors Jean-Pierre Coustel, qui passait là son fusil sur l'épaule , au moment où le bateau partait, vit cette jeune fille et cria :

« Halte !... un instant!... Citoyenne, veux-tu de moi ? Je te sauve la vie ! »

Et Jeannette était tombée dans ses bras, comme morte ; il l'avait emportée, ils étaient allés à la mairie.

La vieille Jeannette ne parlait jamais de ces anciennes histoires. Elle avait été bien heureuse dans son jeune temps. Elle avait eu des domestiques , des servantes , des chevaux, des voitures, et puis elle était devenue la femme d'un soldat, d'un pauvre diable de républicain ; elle avait fait sa cuisine et raccommodé ses guenilles; les anciennes idées de châteaux, de promenades, de respect des paysans de la Vendée étaient passées... Ainsi vont les choses en ce monde! Et même quelquefois l'huissier Nadasi, avec son effronterie, se moquait de la pauvre vieille, en lui criant : a Noble dame, une chope 1... un petit verre ! . . . »

Il lui demandait aussi des nouvelles de son domaine ; elle alors le regardait en serrant les lèvres ; ses joues pâles devenaient un peu rouges, on aurait cru qu'elle allait lui répondre, mais ensuite elle baissait la tête et continuait à filer en silence.

Si Nadasi n'avait pas fait des dépenses au bouchon, Coustel l'aurait bien sur mis à la porte ; mais, quand on est pauvre, il faut passer sur bien des misères, et les gueux le savent!... Ils ne se moquent jamais de ceux qui pourraient leur allonger les oreilles, comme

mon oncle Eustache n'aurait pas manqué de le faire; ils sont trop prudents pour cela. Quel malheur qu'il faille supporter des ('■très pareils!... Enfin chacun en connaît de cette espèce; je continue mon histoire.

Un soir que nous étions au bouchon, vers la fin de l'automne de 1835, et qu'il pleuvait à verse, sur les huit heures, le garde Benassis entra, criant :

« Quel temps!... Si cela continue, les trois étangs vont déborder. »

Il secouait sa casquette, et' tira sa petite blouse par-dessus ses épaules, pour la faire sécher derrière le poêle. Ensuite il vint s'asseoir au bout du banc, en disant à Nadasi :

« Allons, recule-toi, fainéant, que je m'assoie vis-à-vis du brigadier. »

Nadasi se recula.

Benassis, malgré la pluie, paraissait content^ il dit que ce même jour une grande troupe d'oies sauvages étaient arrivées du nord, que leurs cris remplissaient le ciel, et qu'elles s'étaient abattues sur les étangs des Trois-Scieries, qu'il les avait vues de loin, et que la chasse au marais allait commencer.

Benassis, en vidant son verre d'eau-de-vie, riait et se frottait les mains. Tout le monde l'écoutait. L'oncle Eustache dit qu'il irait aussi volontiers à celte chasse sur une nacelle, mais que d'entrer dans la vase avec de grandes bottes et de risquer d'enfoncer jusque par-dessus les oreilles, cela ne l'amuserait pas beaucoup. Alors chacun disait son mot, et la vieille Jeannette, toute pensive, se mit à murmurer :

« J'avais aussi des marais,... des étangs !

— Hé ! cria Nadasi d'un air moqueur, écoutez donc : dame Jeannette avait des marais! ..

— Sans doute, fit-elle, j'en avais!.. .

— Où ça, noble dame?

— En Vendée, sur le bord de la mer. »

Et comme Nadasi levait les épaules d'un air de dire : « La vieille est folle ! » Mme Jeannette monta le petit escalier de bois au fond de la baraque, et puis elle redescendit avec un corbillon plein de vieilleries, de fil, d'aiguilles, de bobines, de parchemins jaunes, qu'elle posa sur la table.

" Voici nos papiers, dit-elle, les étangs, les marais et le château sont là dedans avec le reste!..,. Nous les avons réclamés sous Louis XVIII ; mais les parents n'ont pas voulu nous les rendre, parce que j'avais déshonoré la famille en épousant un sans-culotte. Il aurait fallu plaider, et nous n'avions pas d'argent pour payer les avocats. N'est-ce pas, Coustel, que c'est vrai ?

— Oui, » fit le tourneur sans se déranger.

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F,l Dieu fera le reste! (Page 170

Parmi tous ceux qui se trouvaient là, personne ne s'inquiétait de ces choses, pas plus que des paquets d'assignats du temps de la première république, qui traînent encore au fond des vieilles armoires.

Nadasi, tout moqueur, ouvrit un des parchemins, et, levant le nez, il allait le lire pour se faire du bon sang aux dépens de Jeannette, quand tout à coup sa figure devint grave ; il essuya ses lunettes, et se tournant vers la pauvre vieille, qui s'était remise à filer :

a Ce sont vos papiers, à vous, madame Jeannette? dit-il.

— Oui, monsieur.

— Est-ce que vous voulez que je les regarde un peu?

— Mon Dieu, failes-en ce que vous voudrez,

dit-elle, nous n'en avons plus besoin; Couslel en a déjà brûlés.

Alors Nadasi, devenu tout pâle, replia le parchemin et le mit dans la poche de sa redingote avec plusieurs autres, en disant :

» Je verrai ça... Voici neuf heures qui sonnent, bonsoir. »

Il sortit, et les autres ne lardèrent pas à le suivre.

Or, huit jours après, Nadasi était en route pour la Vendée; il avait fait signer à Coustel et à dame Jeannette, son épouse, pleins pouvoirs pour recouvrer, aliéner, vendre tous leurs biens, se chargeant des frais, quitte à se rembourser des avances sur l'héritage.

Depuis ce moment, le bruit se répandit au village que Mme Jeannette était noble, qu'elle

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Ali ! que je m'ftais vile attaclié à ce pays ! (Page 50.)

avait un château en Vendée, et qu'il allait falloir payer de grosses rentes aux Coustel; mais ensuite Nadasi écrivit qu'il était arrivé six semaines trop tard, que le propre frère de Mme Jeannette lui avait montré des papiers établissant clair comme le jour qu'il jouissait des marais depuis plus de trente ans, et que toutes et quantes fois on jouissait du bien des autres depuis plus de trente ans, c'était comme si on l'avait toujours eu ; de sorte que Jean- Pierre Coustel et son épouse, parce que leurs parents avaient joui de leurs biens, n'avaient plus rien à prétendre.

Ces pauvres gens, qui s'étaient crus riches et que tout le village était allé complimenter et flagorner selon l'usage, en voyant qu'ils n'auraient rien, sentirent encore bien plus

leur misère; et peu de temps après ils moururent l'un après l'autre dans des sentiments chrétiens, demandant au Seigneur pardon de leurs fautes et confiants dans la vie éternelle.

Nadasi, lui, fit vendre sa charge d'huissier et ne revint pins au pays; il avait sans doute trouvé quelque chose qui lui convenait mieux que de porter des citations.

Bien des années se passèrent; Louis-Philippe s'en était allé, et puis la République; les époux Coustel reposaient sur la colline, et leurs os mêmes, je pense, n'étaient plus que poussière dans la fosse. Moi, j'avais remplacé le grand-père à la maison de poste, et l'oncle Euslache, comme il disait lui-même, avait aussi pris son passe-port, quand un matin, pendant la saison des eaux de Baden et de

LES PAPIERS DE MADAME JEANNETTE

Hombourg, il m'arriva quelque chose d'étonnant et qui me donne encore à réfléchir. Plusieurs chaises de poste étaient passées dans la matinée, quand vers onze heures un courrier de famille vint me prévenir que M. le baron de Roselière, son maître, s'approchait. J'étais à table, je me lève aussitôt pour surveiller le relai. Au moment de l'attelage, une tête sort de la berline , une figure sèche , avec de grandes rides, les joues creuses, des lunettes d'or sur le nez : c'était la figure de Nadasi, mais vieillie, usée, fatiguée; derrière se penchait une têtede jeune fille ; j'en étais tout surpris.

« Comment s'appelle ce village? me demanda le vieux, en bâillant dans sa main.

— Laneiiville, monsieur. »

11 ne me reconnaissait pas et se rassit.

Alors je vis une vieille dame au fond de la berline. Les chevaux étaient attelés, ils partirent.

Quelle surprise et combien d'idées me passèrent par la tête ! Nadasi, c'était M. le baron de Roselière!... Que Dieu me le pardonne si je me trompe, mais encore maintenant je pense qu'il a vendu les papiers de la pauvre Jeannette, et qu'il a fait ensuite peau neuve, comme tant d'autres filous, en prenant un nom de noble pour dépister les curieux. Qui pouvait l'en empêcher? Est-ce qu'il n'avait pas fous les titres, tous les parchemins, toutes les procurations? Et maintenant est-ce qu'il n'a pas les trente ans de jouissance ? Pauvre vieille Jeannette!... Que de misères on rencontre pourtant dans la vie!... Et penser que Dieu laisse tout faire!...

FIX DES PAPreRS DE MADAME JEANNETTE.

LE

BON VIEUX TEMPS

A Dosenheim, dans les Vosges, au bout du vallon où la Zinzel entre en Alsace, existait en l'an de grâce 1750, une population nombieuse de bûcherons, de charbonniers et de flotteurs. — Ces gens, presque tous aitachés à la glèbe, travaillaient pour les princes de Deux-Ponts; ils abattaient les arbres, ils les débitaient et les lançaient à la rivière.

Arrivés au Rhin, tous ces bois, réunis en flottes par des liens d'osier et des charpentes, descendaient le fleuve; ils se vendaient en Hollande, et les seigneurs, qu'on appelait n les Allemands du roi de Fiance » pouvaient vivre noblement à Versailles; l'argent ne leur manquait pas, et, quand l'argent venait à leur manquer, ils vendaient aussi des hommes pour les colonies.

Dans ce même temps prospéraient les couvents de Neuwiller, du (iraufihàl et de Pbalsbouig; les capucins, les cordeliers et les frères prêcheurs se répandaient dans tous les sentiers de la montagne; partout on rencontrait leurs longues barbes jaunes, leurs robes de bure crasseuses et leurs savates. — Ils allaient ainsi de village en village et de porte en porte, récitant le rosaire, visitant les armoires, dénichant les œufs, le beurre et le pain, bénissant les femmes el les enfants, et chargeant tellement leurs ânes, qu'à l'heure où Vanydus sonnait la retraite, ces religieux avaient de la peine à traîner leur bête par le licou .

Les bûcherons de Dosenheim, accablés par cette grande misère; dans l'eau, dans la boue, dans la neige les trois quarts de l'année, hâves, déchirés, minables, ne se faisaient pas même l'idée d'une autre existence. Ils avaient leur grosse casaque de t< lile grise et leur feutre pour travailler au bois; ils mettaient des souliers le dimanche, pour aller entendre la messe à Neuwiller; M. le curé Barlhold leur prêchait la soumission et la simplicité des mœurs; il leur défendait l'ambition, la cupidité, l'envie, la gourmandise et la paresse ; et quand par hasard une de leurs femmes avait des habits un peu voyants, un luban rouge, un bonnet blanc, il tonnait contre le luxe du siècle.

Ces sermons les édifiaient, ils faisaient leur acte de contrition et s'en retournaient à Dosenheim, pleins d'une ferme repentance.

Leurs baraques, construites en grosses solives, ressemblaient à des guérites. A l'intérieur, d'un côté s'entassaient les gens, de l'autre le bétail; les poules se perchaient au-dessus, dans les poutres; mais le luxe augmentait de jour en jour, et c'est même en ce temps que plusieurs, au lieu d'aller pieds nus, inventèrent les sabots.

Or, au nombre de ces malheureux, se trouvait le bûcheron Simon Bruat; sa maison, l'une des plus grandes du village, existe encore, on peut la voir à l'entrée du vallon, c'est la première de celles qui suivent la rivière, ell^ est à un étage et couverte de vieux bardeaux tout gris; son pignon donne sur la place de la fontaine; au-dessus de la porte

LE BON VIEUX TEMPS

s'avance une planche chargée de ruches, et sur la façade s'étend un gros sarment de vigne, qui grimpe jusqu'au toit.

Simon vivait avec son père et sa mère, deux vieillards qui ne travaillaient plus depuis quelques années, en outre sa femme, ses trois garçons et ses deux filles. Tout ce monde subsistait de son travail, mais la force ni le courage ne lui manquaient. C'était alors un homme de quarante ans, large et trapu, le front osseux, le nez recourbé, les yeux vifs et petits, le menton carré, la barbe rousse. Rien qu'à le voir fumer sou bout de pipe, après le travail, appuyé contre la porte, avec son sarrau de grosse toile écrae, son large feutre noir aplati sur les épaules, ses mains calleuses et ses jambes massives, on pensait : Voilà le vrai bûcheron, l'homme qui fait tomber les chênes, qui les lance à la rivière et les pousse d'un coup de perche au milieu du courant.

On ne se trompait pas; tout le pays connaissait Simou Bruat pour son calme, sa force et sa résolution; au travail, il n'écoutait personne, il faisait toujours plus d'ouvrage que les autres; mais à la ujaison, le père Jean et la mère Anne commandaient; tout le monde devait leur obéir.

Ces deux vieux avaient beaucoup travaillé dans leur vie ; ils avaient fait de grands sacrifices pour se racheter de la glèbe, eux et leurs enfants. Dans un temps où ie jeune seigneur dépensait beaucoup à la cour et ne pouvait attendre les redevances, ils eu avaient profité bien vite en vendant leur bétail, leur champ, leur pré, tout ce qu'ils avaient; ils auraient vendu jusqu'à leur dernière chemise^ ils auraient été mendier de porte eu porte, pour devenir libres et rédimer les petits enfants! Grâce à Dieu l'argent avait suffi, la famille Bruat n'était plus au seigneur, et, depuis,- ces braves gens avaient regagné leur coin de prairie et leur chèuevière.

Simon savait ces choses; il" regardait les vieillards comme des dieux et ne se serait jamais permis d'avoir une autre pensée qu'eux. Tous les lundis, été comme hiver, il arrivait dans sa hutte au milieu des bois. Dans cette hutte, faite en bûches et recouverte de terre, il avait son pain, son sel, quelques oignons, un peu de bourre pour la semaine, ses haches et ses coins.

C'était toujours sa hache qu'on entendait la première entamer le pied d'un arbre, et celle aussi qu'on euteudait la dernière. 11 recevait le plus grand salaire des bûcherons en ce temps : quinze sous par jour I

Le samedi soir il rentrait, sa charge à'vtclks

sur l'épaule. De loin il avait vu, dans le fond de la vallée, de l'autre côté du pont, la lumière qui s'ouvrait et se refermait dans les ténèbres. Il s'était représenté les deux vieux et toute la nichée d'enfants autour de l'àtre; sa femme Catherine en train de dresser la table; la vieille sœur Thérèse essuyant la grande écuelle au lait caillé et les petites cuillers d'étain. Il l'entendait dire de mauvaise humeur : « Il ne viendra pas ce soir! » Et le vieux, avec sa grosse tète chauve, sa veste de bure rapiécée aux coudes, il le voyait se pencher pour arranger le feu; la mère, avec son grand bonnet de toile noire, aller à la fenêtre et regarder; puis tout à coup le vieux chien Mansfeld, assoupi sous la table, sa tête barbue entre ses pattes, se lever, flairer et gratter, pendant que tout le monde écoutait en disant . « Le voilà ! »

Ces choses, il les voyait d'avance; et quand il ouvrait la porte, au milieu de la fumée grise qui moulait de la marmite aux fèves, elles étaient aussi comme il les avait vues.

« Tu reviens tard ! » disait le vieux en se retournant.

Lui, tout alourdi par la fatigue, ne répondait rien, il jetait son fagot à terre près de l'àtre; sa femme s'approchait, il l'embrassait; le plus grand des garçons arrivait le prendre au bras, le plus petit à la jambe, et la vieille mère, d'une voi.x joyeuse, s'écriait :

« Allons, enfants, asseyez-vous, et soupons. »

Quelquefois, après le souper, arrivaient le beau-frère Baptiste Thibaut et sa femme Annette, pour causer en famille. Thibaut demeurait à trois ou quatre maisons plus haut; il avait grange, écuiùe et hangar, quelques terres sur la côte, un pré sur la rivière, quatre petits bœufs montagnards, et ne s'occupait que du labour, des semailles, des récoltes et du voiturage.

C'était un grand corps sec et dur comme du vieux buis, le nez droit, sur la même ligne que le front, les yeux bruns plissés, le bonnet de coton retombant sur l'oreille, le dos long et l'air presque toujours de mauvaise humeur.

Cela ne l'empêchait pas d'être rédimé comme les Bruat; jamais le père Jean n'aurait donné sa fille à l'un des hommes du seigneur, pour voir ses petits-enfants retomber sous la glèbe... Noul Baptiste Thibaut était hbre, et même bien dans ses affaires ; mais la taille, le vingtième, la dime, les corvées, les taxes et les charges de toute sorte l'ennuyaient terriblement.

LE BON VIEUX TEMPS

11 fallait le voir se courber sur son escabeau, près du feu, le coude sur le genou, le menton allongé dans la main, et regarder autour du cercle les vieux, les femmes, les enfants, puis, au bout de quelques instants, se mettre à dire :

« La pluie ne Unira pas! .. mauvaise année,... mauvaise année!... »

Ou bien :

i' Le soleil desséche tout,. . les foins sont perdus, les avoines brûlées, les chanvres s'arrêtent eu route... Pas une goutte d'eau depuis trois semaines,... ça finira mal! Les impositions marchent toujours,... le récoltenr des taxes est venu hier.... il a rempli son sac... Oui, les ta.xes vont bien... C'est un plaisir de voir comme les taxes augmentent ! »

Il allait amsi d'un air ennuyé, sans prononcer im mot plus haut que l'autre. .41ors le vieux s'en mêlait. Il parlait gravement, rappelant qu'en telle année, — trente ou quarante ans avant, — on ne payait au seigneur que la moitié de ce qu'il fallait débourser maintenant ; qu'en ce temps étaient venus le sel du devoir, les tailles, le vingtième de la guerre, après le vingtième, tel autre droit : le centième denier, le franc-flef, ainsi de suite. Il disait que les serfs finiraient par être plus heureux que les rédimés.

Les enfants écoutaient tout cela, les yeux grands ouverts dans l'ombre; tous, jusqu'aux plus petits, comprenaient le malheur d'être au monde. Les femmes, plus loin, filaient, les lèvres seri-ées; de temps en temps la vieille mère se retournait, en repoussant ses cheveux gris sous son bonnet. Elle écoutait et disait : «Oui, c'était l'année de l'inondation ; les foins descendirent, cette année-là, jusqu'en Alsace; il nous fallut vendre notre vache et vivre avec les deux chèvi-es. » Ou : « C'était l'année du grand hiver; personne ne pouvait travailler dans les coupes. Cette année-là sont venues les taxes. On pensait que ce serait pour un temps, mais elles durent toujours ! »

Puis la bonne vieille se remettait à filer et le père Jean continuait son histoire.

Simon, lui, ne disait rien; il écoutait, les sourcils froncés, en creusant un sabot ou tressant un panier; c'était son ouvrage le soir^ cela se vendait à la foire de Saverne.

Sur le coup de dix heures, quand on avait bien raconté les misères du temps, quand chacun était las de songer, de parler, d'écouler, le gendre se levait lentement, les deux mains appuyées sur ses genoux, et disait :

« .liions, Annette ! Bonne nuit, vous autres. Ah! nous ne sommes pas au bout de nos

peines. Sans vouloir lui faire de reproches, le Seigneur n'a pas l'air de s'inquiéter beaucoup du pauvre monde. »

Il allait vers la porte, en allongeaut ses grands bras, et bâillant jusqu'aux oreilles. Les femmes remettaient leur rouet dans un coin. Annette suivait son homme dans la nuit en criant ;

« Bonsoir. »

Le père Jean, sur le seuil, les regardait une seconde, et puis, les yeux levés au ciel tout blanc d'étoiles :

« C'est égal, disait-il, celui de là-haut voit tout de même ce qui se passe! »

La vieille sœur, la femme de Simon et la grand'mère montaient l'escalier raide comme une échelle, en aidant la ribambelle d'enfants endormis; le grand-père venait derrière, la main sur la rampe :

« Courage, enfants, courage, nous allons bien dormir. Hé ! Simon, ils dorment déjà tout debout. Bonne nuit, garçon !

— Bonsoir, mon père, » répondait le bûcheron, eu remettant sa tarière et ses sabots dans le panier. »

Il couvrait le feu d'une pelletée de cendres, assujettissait la barre eu travers de la porte, et montait à son tour tout pensif.

En 1750, l'aînée des filles, Marie-Anne, avait quatorze ans, l'aîné des garçons, Jacques, en avait douze; une petite fille venait encore de naître, Catherine l'allaitait.

Plusieurs années mauvaises s'étaieut suivies; il avait fallu se priver. Malgré un travail sans relâche, Bruat, en rentrant le soir, voyait des figures pâles, chétives; les vieilles poutres enfumées du plafond lui semblaient plus sombres, le grand-père et la grand'mère plus abattus, la femme plus triste, le beau-frère plus ennuyé, plus aigre. Thibaut allait alors jusqu'à dire :

« Tous ces capucins et ces cordeliers, qui vont et viennent avec leurs clochettes et leurs ânes, tous ces collecteurs et receveurs de la gabelle, tout ce tas de gueux, sont comme les chèvres qu'on a le malheur de lâcher dans le taillis : ça mange tout,... ça ronge l'écorce, ça broute les feuilles et jusqu'au jeune bois, a mesure qu'il pousse,... ça fait tout dépérir. Bientôt il faudra vendre ses terres pour payer les taxes; ça ne peut pas durer ! o

Les autres ne lui répondaient pas, mais,

LE BON VIEUX TEMi>S.

tandis qu'il parlait, les yeux de Simon et du père Jean se rencontraient, ils disaient :

ft Non, cela ne peut pas durer,... nous périssons... Rien ne sert,... ni le travail ni l'économie; les charges sont trop lourdes; elles augmentent, nous retombons sous la glèbe. Les enfants ne sauront rien ; nous voulions au moins leur apprendre à lire et à écrire ; maintenant il faut les envoyer au bois, il faut que ces pauvres êtres apprennent à gagner leur pain avant l'âge... Que faire? »

Voilà ce que le grand-père et Simon pensaient chacun de son côté.

Quand on a vécu deux cents ans de père en fils dans une baraque; quand on ne connaît que son pays, quand on ne sait rien d'ailleurs, l'idée de tout abandonner ne peut pas vous venir. Simon continuait donc à travailler avec une sorte d'indignation sourde, et cela paraissait ne devoir jamais finir, lorsqu'il arriva de nouveaux changements encore plus lourds à supporter que les autres.

Un jour, pendant les grandes chaleurs de juillet, comme le ciel annonçait de l'orage et que toute la famille était dehors pour rentrer les récoltes, Jean Bruat, qui pouvait bien avoir soixante et quinze ans, gardait seul la maison. Il se tenait dans la chambre en bas, et rêvait en écoutant marcher l'horloge, le grillon chanter, la rivière bouillonner, les bœufs mugir lentement dans la vallée, pendant qu'on chargeait les voitures, et le dîmeur crier :

« Hé! hoé! vous autres, attendez la dixième ! »

Il se disait en lui-même :

A Le gueux a besoin qu'on lattende, pour dépouiller les gens. »

Alors il s'appuyait, les deux coudes sur la fenêtre, et regardait ce dîmeur, suivi d'une grande voilure, s'approcher avec sa perche, accrocher les plus belles gerbes et les jeter sur le tas de l'église. —Il pensait à bien des choses en voyant cela, puis il allait se rasseoir pour rêver.

Ainsi se passaient les heures lentement; la nuit venait, les enfants qui couraient au village rentraient, les chariots se mettaient à grtncer dans la rue fangeuse, en jetant leur ombre sur les petites fenêtres; mais les travailleurs ne rentraient pas encore, et le père Jean avait fini par s'assoupir derrière l'àtre, lorsqu'un pas lourd dans la chambre Téveilla. Il regarda, c'était Simon, en bras de chemise; il venait de jeter son feutre et sa camisole sur la table, et se promenait d'un air sombre, les mains croisées sur le dos.

«C'est toi, Simon? lui dit-il.

— Oui, mon père.

— Tu reviens de bonne heure.

— Je me suis dépêché pour revenir. »

Le vieux remarqua seulement alors que son fils était pâle.

« Qu'est-ce qui se passe donc? fit-il.

— Nos salaires sont diminués, dit Simon d'une voix enrouée. Le nouveau maître des eaux et forêts trouve que quinze sous par jour, c'est trop; il n'en donnera plus que douze. Ceux qui ne seront pas contents n'auront qu'à s'en aller ; les serfs ne manquent pas pour l'ouvrage. «

Puis, après un instant, il ajouta :

i< C'est arrêté;... demain je ne gagnerai que douze sous. »

Le vieillard, durant quelques instants, resta comme étourdi.

« Et les autres, fit-il ensuite en tremblant, qu'est-ce qu'ils pensent?

— Ils ne pensent rien, répondit le fils.

— Aucun n'a rien dit?

— Non, le seigneur est le maître; s'il voulait donner huit sous au lieu de douze, ce serait la même chose. »

En ce moment des voix s'approchaient dans la rue, et le vieux se levant s'écria :

« Ne dis rien à ta femme, à ta mère, aux enfants... Ce serait un coup trop terrible... Il faut se retourner,... il faut voir si l'on peut vivre... Oui, nous verrons;... c'est dur;... gardons ça jusqu'à demain, Simon ! »

Simon s'était assis. Les femmes parurent aux fenêtres en tumulte.

« Ah ! criait la mère Anne, son vieux bonnet défait et ses longues mains jaunes en l'air, maintenant il ne reste plus qu'à mourir de faim! »

Catherine, Marie-.lnne et la petite Louise criaient aussi. Le père Jean vit qu'elles sa valent déjà tout, que le bruit du malheur s'était répandu dans la vallée.

Elles entrèrent ainsi à la file, jetant les faucilles et les râteaux derrière la porte, et détachant leurs grands chapeaux de paille, dans la désolation.

« C'est fini, criait Anne, c'est la fin des lius ! »

Et voyant alors Jean et son fils immobiles prés de l'àtre :

« Vous voilà, fit-elle; vous ne dites rien? Est-ce qu'on peut élever les enfants à cette heure ? Est-ce que le maître des forêts peut ôter le pain aux pauvres gens? Est-ce que ce n'est pas contre Dieu? »

Jamais le père Jean n'avait vu sa femme dans un état pareil . Mais il ne savait que ré-

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pondre; et presque aussitôt le gendre arriva, son grand dos courbé, ses petits yeux luisants de colère, en quelque sorte plus indigné que les femmes.

« Hé! fit-il par la fenêtre, vous savez la nouvelle, notre gracieux seigneur a fait des dettes cà Versailles; c'est nous qui allons les payer comme d'habitude : ou diminue les ouvriers!... A-t-on jamais vu des gueuseries pareilles? »

Ensuite il enjamba le seuil. Sa femme .dunette et ses deux enfants, Claude et Nicolas, le suivaient.

La désolation redoublait; les femmes pleuraient; les enfants derrière, etfarés, écoutaient. Dans tout le village on entendait les mêmes cris, tantôt à droite, tantôt à gauche. Les gens revenaient par bandes de la vallée; ils s'arrêtaient en criant :

« La journée au bois est de douze sous ! ■>>

Bûcherons, flotteurs et charbonniers, tous courbaient la tête. On ne pensait plus aux récoltes; la grêle ne ravage qu'une seule moisson; mais quand les salaires baissent, c'est pour longtemps, surtout quand on n'a qu'un maître et qu'il décide de tout.

Le père Jean, penché sur son escabeau, les deux mains croisées' entre les genoux, regardait à terre sans rien dire; et seulement à la fin, lorsqu'à force de crier on avait fini par sangloter, et que les femmes embrassaient les enfants, en disant :

« Qu'est-ce que vous allez devenir? »

Seulement alors il leva la tête et dit :

« A quoi servent tous ces cris"? Voyons, Thibaut, tout ce que tu racontes, nous le savons bien. Lorsque le seigneur perd au jeu, c'est nous qui payons; lorsqu'il jette l'argent par les fenêtres, c'est nous qui payons ; lorsqu'il fait des bâtisses et des jardins, comme le roi de Versailles, c'est nous qui payons; lorsqu'il trimbale des femmes de méchante vie, c'est encore nous qui payons; — le pauvre peuple paye toujours !... Oui, nous savons cela; mais qu'est-ce qu'il faut faire? Réclamer près du maître des eaux et forêts ? Tout le monde sait que nous ne sommes rien, qu'on ne nous écoute pas, que nous ne valons pas la peine qu'on nous regarde. Et même si cet homme apprenait seulement que nous avons osé réclamer, il nous ôterail le travail et nous chasserait du pays. Est-ce vrai ? »

Thibaut, qui marchait de long en large avec indignation, ne répendit pas.

a Nous en aller travailler ailleurs, dit ensuite le père Jean avec tristesse, oui, mais où travailler? où trouver de l'ouvrage ? à dix

ou quinze lieues d'ici, dans une autre contrée chez un autre seigneur? Est-ce que les mêmes charges, les mêmes impositions, les mêmes injustices ne sont pas partout? Est-ce que les comtes de Salra, de Dabo et d'ailleurs payent mieux? Est-ce que même, en apprenant qu'à Dosenheim on diminue la paye , cela ne la fera pas diminuer dans tous les comtés forestiers? B

Il attendait la réponse ; mais personne ne savait quoi dire.

« Quand on est le plus faible, quand on ne peut pas réclamer ni rien changer, mes pauvres enfants, il faut se soumettre. Nous économiserons!

— Oh! dit la mère .\nne, est-ce qu'on peut encore économiser? Sur quoi donc, Jean, veux-tu qu'on économise encore?

— Je ne veux pas, moi, dit le vieillard tout ému, ce n'est pas moi qui veux ; je dis qu'il faut. Je ne vois pas d'autre moyen, Anne; s'il en reste un autre, qu'on parle ! »

Il regardait Thibaut , mais le gendre, la tête penchée, se taisait; il finit même par s'asseoir et regarder devant lui.

La vieille sœur Thérèse venait de poser la grosse écuelle aux fèves sur la table. Dans la maison voisine, on entendait aussi pleurer.

« Allous, dit le père Jean avec tristesse, asseyons-nous et mangeons. Il faut voir, il faut patienter et réfléchir... Peut-être qu'à la fin des fins, le bon Dieu nous viendra tout de môme en aide !... »

Il donna lui-même l'exemple, et quelques instants après toute la grande table était garnie de têtes blondes et de vieilles figures pensives et tristes. De temps en temps, une des femmes se retournait encore pour s'essuyer les yeux. Thibaut, derrière, avec Annette, dans l'ombre de la cheminée, un de ses genoux pointus entre les mains, les yeux en l'air, rêvait en serrant les lèvres, etdans le cercle de la lampe on voyait les petites mains aller et venir autour de la grosse écuelle.

Ainsi se passaient les choses au bon vieux temps : les moines et les seigneurs avaient tout, le peuple n'avait que l'espoir en Dieu !,..

La Révolution a changé tout cela : elle a détruit les privilèges, fondé Tégalité civile et donné aux paysans la terre qu'ils cultivaient depuis quatorze siècles pour le prêtre et le noble. Pourquoi donc les paysans ne votent-Ils pas comme les ouvriers des villes, pour l'accomplissement des droits de l'homme et pour la République contre les rois? Est-ce qu'ils regretteraient le servage, la gabelle, le champart, la grande et la petite dîme, la corvée, la taille.

LE BON VIEUX TEMPS

Dieu veuille ponilant... Page TiS.

le foLir, le moulin, le pressoir banal, la subvention du roi et mille autres redevances qui écrasaient leurs grands-pères avant 89 ? Non ! mais les malheureux ne connaissent pas l'histoire de notre grande Hévolution; on ne leur a rien appris que le catéchisme et l'histoire sainte, et c'est là que le bât nous blesse : fnstndre le peuple, lui raconter l'histoire de ses anciens, c'est fonder la Démocratie sur le roc de In Nation. Hors de là point de salut!

A l'œuvre donc, tous les hommes de bonne volonté. Ecrivons et parlons ponr le peuple

des campagnes, dans une langue simple, familière et forte, qu'il comprenne. Défions-nous des belles phrases, des grands mots et des finesses d'académiciens. En vérité, je vous le dis : de tous les livres qui se publient dans notre pays de France, il n'y en a guère qu'un paysan puisse comprendre. On a fait des études, on écrit ponr les malins, et le peuple, qu'on laisse dans l'ignorance, vote pour les intrigants et les ambitieux qui l'exploitent! Yoilà le secret de tous nos malheurs depuis soixante-dix ans !

FIN DL" BON Tir.CX TFMPS.

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