LE CHANT DB LA TONNE
Le t<.vernier déposa 8on baril sur le comptoir et remplit lei bouteilles *} sa femme avait A pe.me le temps de servir ; les hurlements redoublaient.
Moi, je venais de reprendre ma place et je regardais ce tumulte, en fredonnant tour à tour des motifs de la Flûte enclianticy du Freyschûlz^ de Don Juariy à'Obéron^ que sais-je ? de cinquante opéras que j'avais oubliés depuis longtemps, ou que même je n'avais jamais sus. Jeunesse, amour, poésie, bonheur de la famille , espérances sans bornes, tout renaissait dans mon cœur ; je riais, je ne me possédais plus.
Tout à coup, un calme profond s'établit. Pair des Brigands cessa comme par enchantement, et Julia Weber, la fille du ménétrier, se mit à chanter l'air si doux, si tendre, de la Fillette de Frédéric Barberousse :
—Fillette, sur la plaine blanche Où Tas-tu de si grand matin?
— Je Tais célébrer Je dimanche, Seigneur, au village lointain.
Comme un agneau qui bôle Ecoutez... la cloche m'appelle!
Toute la hùUe écoulait la jeune fille dans un religieux silence ; et quand elle fut au refrain, toutes ces grosses faces charnues se mirent à fredonner en sourdine :
Comme un agneau qui bêle, Ecoutez.,, la cloche m'appelle!
Ce fut un véritable coup de théâtre, t Eh bien, dit Brauer en se penchant à mon oreille, qui p-st-ce qui chante?
— C'est la tonne dehocbheim, • répondis-je à voix basse, en écoutant le chant de la jeune fille qui recommençait, ce chant monotone, doux , suave , ce chant du bon vieux temps.
0 nobles coteaux de la Gironde, de la Bourgogne, du Rhingau ; et vous, ardents ^vignobles de l'Espagne et de l'Italie : Madère, Marsalla, Porto, Xérès, Lacryma-Christi ; et toi, Tokai , généreux hongrois 1 je vous connais maintenant: — Vous éles l'àme des temps passés, des générations éteintes!... Bonne chance je vous souhaite I Piiissiez-vous fleurir et prospérer éternellement I
Et vous, bons vins captifs sous les cercles de fer ou d'osier, vous attendez avec impatience rheureux instant de passer dans nos veines, de faire battre nos cœurs, de revivre en nous!... Eh bien, vous n'attendrez pas longtemps ; je jure de vous délivrer, de vous faire chanter et rire, autant que l'Être des êtres voudra bien me confier cette noble mission sur la terre I
Mais quand je ne serai plus, quand mes os auront reverdi et se dresseront en ceps noueux sur le coteau ; quand mon sang bouillonnera en gouttelettes vermeilles dans les grappes mûries, Pt qu'il s'épanchera du pressoir en flots limpides, alors, jeunes gens, à votre tour de me délivrer I Laissez-moi revivre en vous, faire votre force, votre joie, votre courage, comme les ancêtres font le mien aujourd'hui c'est tout ce que je vous demande. — El ce faisant, nous accomplirons, chacun à notre tour, le précepte sublime : « Aimez- vous les uns les autres, dans les siècles des siècles. » Ament