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LE DIABLE DANS LE FEFFROI

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c'est une grosse vieille petite dame, aux veux bleus et a face rubiconde (p. 63).

drangulaires, les chaises et les tables sont de bois noir avec des jambes torses et grêles et les pieds amenuisés. Les cheminées sont larges et hautes et sont munies non seulement d'horloges et de choux sculptés sur le chambranle, mais encore d'une authentique horloge qui fait un merveilleux tic-tac sur la tablette supérieure, avec, à chaque extrémité de la tablette un pot de rieurs contenant un chou à poste fixe. Entre chaque chou et l'horloge, on trouve encore un petit magot chinois dont la vaste panse est percée à son centre d'un large trou par où l'on voit le cadran d'une montre.

Les foyers sont spacieux et profonds, avec des chenets d'aspect rébarbatif et contourné. Il y a toujours grand feu, et toujours une grosse marmite dessus, remplie de choucroute et de porc, sur laquelle la bonne femme de la maison est toujours occupée à veiller. C'est une grosse vieille petite dame, aux yeux bleus et à face rubiconde, et elle porte un vaste bonnet en pain de sucre, agrémenté de rubans pourpres et jaunes. La robe est de tiretaine

orange, très ample dans le dos, tràs courte de taille, — et en somme très courte de partout, car elle ne descend guère qu'à mijambes. Les jambes sont quelque peu épaisses et les chevilles également ; mais elles portent une belle paire de bas verts. Les souliers, — qui sont de cuir rose, — sont attachés par des nœuds de rubans jaunes accommodés en forme de choux. De la main gauche, elle tient une lourde petite montre hollandaise, de la droite elle se sert d'une cuiller pour la choucroute et le porc. A côté d'elle, se trouve un gros chat tigré ftyant à la queue une petite montre à répétition en cuivre doré que les gars lui ont accrochée pour le mystifier.

Quant aux gars eux-mêmes, ils sont tous trois dans le jardin, à garder le cochon. Ils ont chacun deux pieds de haut. Ils sont coiffés de chapeaux à trois cornes ; ils portent des gilets pourpres qui leur descendent jusqu'aux cuisses, des culottes en peau de daim, des bas rouges drapés et de longues redingotes à larges boutons de nacre.

Chacun aussi a une pipe à la bouche, et une

petite montre pansue dans la main droite. Il tire «ne bouffée, regarde sa montre, ou regarde sa montre et tire une bouffée.

Le cochon, qui est gros et paresseux, est occupé tantôt à manger les feuilles tombées des choux, tantôt à secouer la montre dorée à répétition que les galopins lui ont accrochée à la queue, à lui aussi, pour qu'il soit aussi faraud que le chat.

Exactement devant la porte d'entrée, dans un fauteuil à grand dossier et à fond de cuir, qui a de grosses jambes torses et les pieds grêles comme les tables, est assis le vieux maître de la maison. C'est un vieux petit gentleman, bouffi à l'excès, qui a de gros yeux ronds, et un double menton volumineux. Son costume ressemble à celui des petits gars, — je n'ai donc pas besoin d'en dire davantage. Toute la différence réside en ce point que sa pi] e est quelque peu plus forte cpie la leur, ce qui lui permet de faire plus de fumée. Comme eux, il a une montre, mais cette montre est dans sa poche. A dire vrai, il y a quelque chose de mieux à faire que de surveiller une montre, — et je vais vous expliquer ce que c'est. Il est assis, la jambe droite sur le genou gauche, avec un air sérieux et il a toujours un œil, au moins, délibérément fixé sur un certain objet remarquable, au centre de la plaine.

Cet objet est situé dans le clocher de la Maison du Conseil. Les membres du Conseil sont tous très petits, ronds, onctueux, avisés, avec des yeux grands comme des soucoupes, et des doubles mentons énormes; ils ont leurs habits plus longs et leurs boucles de souliers plus importantes que celles des simples < itoyens de Vondervotteimittiss. Depuis mon arrivée dans le bourg, ils ont tenu plusieurs si ..ordinaires et ont

adopté ces trois remarquables résolutions ;

"C'est un fail délictueux que de modifier le vieil ordre des choses ; «

■ il n'y a rien de tolérable su dehors de Vbndei votteimittiss el

(Nous devons fidélité à nos horloges et a ao

Au-dessus de la Bail mes du

■ i'- . loi bei • ( dan i ce i Loi bar, i<: beffroi ou i >■. trouve, depuis un b immémorial, la gloire el la mi rveille 'lu village, la grande horloge 'lu boui Vondervotti lmi1 ti Et c'est l'objet vers

lequel sont orientés les yeux des vieux gentlemen assis sur les fonds de cuir de leurs fauteuils.

La grande horloge a sept cadrans, — un sur chacune des sept faces du clocher, — de sorte qu'on peut commodément la voir de partout. Les cadrans sont larges et blancs, les aiguilles pesantes et noires. Un homme est préposé au beffroi, et sa seule besogne est de veiller sur cette horloge, mais cette fonction est la plus parfaite des sinécures, — car de mémoire d'homme, l'horloge de Vondervotteimittiss n'avait jamais eu besoin de son office. Jusqu'à ces derniers temps, le seul fait de supposer une telle éventualité équivalait à une véritable hérésie. Depuis l'époque la plus reculée de l'antiquité dont il soit fait mention dans les archives, les heures ont été sonnées avec ponctualité par la grosse cloche. Et, de vrai, il en était ainsi pour toutes les autres horloges et montres du bourg. Il n'y a jamais eu d'endroit pareil pour avoir l'heure juste. Quand le gros battant jugeait opportun de dire : « Midi ! » tous les obéissants subordonnés ouvraient leurs gosiers de concert, et répondaient comme un seul écho. Bref, les bons bourgeois avaient bien quelque tendresse pour leur choucroute, mais ils étaient fiers de leurs horloges.

Tous les gens qui bénéficient d'une sinécure quelconque sont l'objet d'un respect plus ou moins grand, et comme le gardien du beffroi de Vondervotteimittiss a la plus complète des sinécures, il est l'homme le plus respecté de la terre, ("est le grand dignitaire du village el les cochons cux-in.

le regardent avec un sentiment de vénération. Sou babil à queue est beaucoup plus I N". sa pipe, les bouc les de ses souliers, ses yeux et on ventre sont de proportions beaucoup plus considérables que .eux d'aucun autre vieux gentleman dans le village, et .lu.iiit a son menton, il n'esf pas seulemenl double, mais triple

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