I.E. MAJUftAT. (SI
prit de Séraphine des sombres régions où mon récit l'avait jetée. J'entonnai avec autant de délicatesse que possible une des cantates sacrées de l'abbé Stéphnni. Aux sons plaintifs qui accompagnaient ces mots : Occki perche piangete, Séraphine parut se réveiller d'un rêve sombre, et m'écouta en souriant, tandis que des larmes brillaient comme des perles dans ses yeux. Comment se fit-il que je m'agenouillai devant elle, qu'elle se pencha vers moi, que je l'enlaçai dans mes bras, et qu'un long baiser s'imprima brûlant sur mes lèvres? Comment ne perdis-je pas le sentiment de moi-même lorsque je la sentis se serrer doucement contre moi? Comment eus-je la force de m'arracher de ses bras, de me lever et de retourner au piano? La baronne lit quelques pas vers la fenêtre , puis se retourna, et, me regardant avec une sorte de fierté que je ne lui avais pas encore vue, elle me dit : a Votre oncle est le plus digne vieillard que je connaisse ; c'est l'ange protecteur de notre famille ; puisse-t-il mêler mon nom à ses prières ! »
J'étais hors d'état de lui répondre; l'ardeur de son baiser enflammait tous mes sens, se répandait dans tous mes nerfs. Adélaïde rentra : la violente émotion que je venais de subir se termina par' un torrent de larmes que je ne pouvais réprimer. Adélaïde me regarda avec surprise, puis se mit à rire d'un air équivoque; j'aurais voulu la tuer.
La baronne me tendit la main, et me dit avec une douceur inexprimable : « Adieu, mon cher ami, adieu. Croyez que personne n'a mieux compris que moi votre musique. Les mélodies que vous m'avez fait entendre résonneront longtemps, longtemps dans mon cœur. »
Je m'efforçai de prononcer je ne sais quelles paroles embarrassées et décousues, et je m'enfuis dans ma chambre.