ET SES OUVRIERS
N'as- tu pus éprouvé, cher lecteur, une vague mélancolie, eu parcourant une ville où les magnifiques monuments île l'ancien art germain racontent, comme des voix éloquentes , la splendeur , la pieuse persévérance , et l'histoire d'un temps qui n'est plus? Ne t'a-t-il pas semblé alors que tu entrais dans une maison abandonnée? Sur la table est encore le livre religieux ouvert par le père de famille; sur les murailles, la riche et belle tapisserie, faite par la maîtresse du logis; dans les armoires, on aperçoit de préeieux ustensiles , offerts en présent à certains jours de fête. Tu croirais qu'un des habitants de cette demeure va venir et l'adresser le salut cordial de l'hospitalité; mais tu attends en vain ceux que le temps a entraînés dans sa course rapide et incessante. Tu ne peux que t'abandonner aux doux rêves enfantés par les œuvres des maîtres, qui te parlent un langage si pur et si fort, (rue tu en es ébranlé jusqu'au fond de l'anie.. Alors tu comprends le sens intime de leurs productions ; car tii vis dans leur temps, et tu vois ce qui les a inspirés. Maïs, hélas! n'arrive-t-il pas qu'au moment ou tu croyais saisir ces riantes images, elles s'envolent, chassées par les rumeurs du jour ; elles fuient sur les nuages légers du matin , tandis que toi , tu suis , les larmes dans les yeux, ces ombres pâlissantes. Tout à coup tu t'éveilles de tu vision, au rude contact de la vie réelle , et il ne te reste de ton rêve qu'un désir profond qui agite ton cœur.
Celui qui écrit pour toi ces lignes, lecteur chéri, a éprouvé ces émotions chaque fois que sa route le conduisait dans la célèbre cité de Nuremberg, il s'abandonnait à tous ses rêves, tantôt en contemplant la merveilleuse fini-
MAITRE .MUITIK KT SKS OUVHIKHS. 'J'27
taiiie du marché, tantôt le tombeau de Saint-Sébnld, ou le tabernacle dcSaint-l.anrcnt; tantôt, en pniToumnt le château ou i'hiitel-de-viUe, en revoyant les chefs-d'œuvre d'Albert Durer, les magnificences de cette ville impériale chantées par le vïeu'x Rosenblùt, et. maint tableau de la noble vie bourgeoise, de ce temps où l'artiste et l'ouvrier se tenaient par la main , marchant vers un même but , s'élevait à ses yeux et se gravait dans sa .pensée. Permets-moi dé te présenter un de ces tableaux. Peut-être te plairas-tu a l'observer; peut-être voudras-tu entrer dans la maison de maître Martin, et l'arrêter au milieu de ses tonnes et de ses brocs. Qu'il en soit ainsi, et les vœux de l'auteur seront accomplis !