‹ Contes fantastiques: Le diable amoureuxChapitre 5 sur 8 · ADELBERT DE CHAMISSO · texte numérisé non relu

ADELBERT DE CHAMISSO

Louis-Charles-Adélaïde de Chamisso , connu sous le prénom d'Adelbert, naquit au château de Boncourt, prés Sainte-Menehould, le zj janvier 1781, et mourut à Berlin le 1 1 août 1838. Il fut peintre, sculpteur, soldat, voyageur, naturaliste, philologue, poète, romancier. Il a laissé des ouvrages recommandables sur l'histoire naturelle et la linguistique; mais ce sont ses œuvres d'imagination qui ont le plus contribué à le faire connaître. Sa Merveilleuse histoire de Pierre Schlémihl, composée en allemand , et publiée pour la première fois en 1814, eut beaucoup de succès et fut traduite en diverses langues. La traduction française qu'on reproduit ici, d'après l'édition de Nuremberg, 1838, a été faite par Chamisso lui-même.

Ce petit livre n'est pas une nouveauté. Il a clé imprimé pour la première fois en allemand en 1814. Les éditions, les traductions, les imitations, les contrefaçons, s'en sont depuis multipliées dans presque toutes les langues de V Europe, et il est devenu populaire surtout en Angleterre et dans les Etats-Unis.

J'ai revu, corrigé et approuvé la version que l'on va lire, et qui, ultérieurement corrigée par l'éditeur, a paru en 1822 à Paris, che^ Ladvocat. Je viens de la revoir et de la corriger encore avant de la remettre au libraire qui me l'a demandée. Je ne laisserai pas toutefois de réclamer l'indulgence des lecteurs pour mon style tant soit peu germanique : le français n'est pas la langue que j'ai coutume d'écrire.

J'extrairai de la correspondance entre J. E.

Hit^ig, Fouqué et moi, imprimée en tète des éditions allemandes , quelques notices sur V auteur et le manuscrit dont il m'' avait rendu dépositaire.

J'ai connu Pierre Schlémihl en 1804 à Berlin. C'était un grand jeune homme gauche sans être maladroit , inerte sans être paresseux, le plus souvent renfermé en lui-même, sans paraître s'inquiéter de ce qui se passait autour de lui, inoffensif, mais sans égard pour les convenances, et toujours vêtu d'une vieille kurtkc noire râpée, qui avait fait dire de lui qu'il devrait s'estimer heureux si son âme partageait à demi l'immortalité de sa casaque. Il était habituellement en butte aux sarcasmes de nos amis; cependant je l'avais pris en affection, moi : plusieurs traits de ressemblance avaient établi un attrait mutuel entre nous.

J'habitais, en 181 3 , à la campagne, près de Berlin, et, séparé de Schlémihl par les événements, je l'avais depuis longtemps perdu de vue, lorsqu'un matin brumeux d'automne , ayant dormi tard, j'appris à mon réveil qu'un homme à longue barbe, vêtu d'une vieille kurtkc noire râpée et portant des pantoufles par-dessus ses bottes, s'était informé de moi et avait laissé un paquet à mon adresse. — Ce paquet contenait le manuscrit autographe de la merveilleuse histoire de Pierre Schlémihl.

J'ai mal usé delà confiance de mon malheureux ami. J'ai laissé voir le manuscrit, que j'aurais dû tenir caché, et Fouqué a commis V indiscrétion de le faire imprimer. Je n'ai pu dès lors qu'en soigner les éditions. J'ai porte la peine de ma faute ; on m'a associé à la honte de Schlémihl , que j'avais contribué à divulguer. Cependant, j'ai vieilli depuis lors, et, retiré du monde, le respect humain n'a plus d'empire sur moi. J'avoue aujourd'hui

sans hésiter l'amitié que j'ai eue pour Pierre Schlémihl.

Cette histoire est tombée entre les mains de gens réfléchis, qui, accoutumés à ne lire que pour leur instruction, se sont inquiétés de savoir ce que c était que V ombre. Plusieurs ont fait à ce sujet des hypothèses fort curieuses ; d'autres, me faisant l'honneur de me supposer plus instruit que je ne rétais , se sont adressés à moi pour en obtenir la solution de leurs doutes. Les questions dont j'ai été assiégé m'ont fait rougir de mon ignorance. Elles m'ont déterminé à comprendre dans le cercle de mes études un objet qui jusque-là leur était resté étranger, et je me suis livré à de savantes recherches dont je consignerai ici le résultat.

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