‹ Contes français (volume 2)Chapitre 28 sur 43 · LE DRAGON DE GOZON · texte numérisé non relu

LE DRAGON DE GOZON

Il y avait dans l'île de Rhodes, une caverne qu'on appelait le Maupas, dans laquelle il y avait un dragon terrible qui mangeait souvent les malheureux, assez imprudents pour passer à sa portée.

Plusieurs fois des chevaliers avaient essayé de le tuer, mais ils y avaient toujours perdu la vie, de sorte que le Supérieur de l'ordre défendit sous peine de mort aux chevaliers de tenter désormais de combattre ce dragon.

Mais voilà qu'un d'entre eux, du nom de Théodat de Gozon, eût envie de délivrer la contrée du monstre ; et, malgré l'ordre for-

mel il songea aux moyens de réussir dans son entreprise.

Après de longues réflexions, il demanda la permission d'aller faire un voyage, prétendant qu'il avait affaire dans son pays. Mais au lieu de s'en aller dansl'Aveyron où il était né, il s'en vint en Provence et s'installa dans un lieu très retiré.

Là il acheta une meute de bons chiens et il fit construire un mannequin représentant le dragon du Maupas; puis il monta à cheval et fit semblant de combattre la bête.

La meute, qui avait d'abord été terrifiée à là vue de l'image du' monstre, prit bientôt assurance contre lui. Aussi, après plusieurs simulacres de combat, le cheval comme les chiejis n'avaient plus aucune crainte dû dragon. ' \

* Une fois arrivé au résultat qu'il avait cherché, Théodat de Gozon s'embarque pour Rhodes avec son cheval et ses chiens ; et dè$ son arrivée, avant que. personne eut pu deviner son projet, il se dirige vers le Maû*> pas.

Le dragon ne tarda pas à sortir de la grotte et accepta le combat; mais il eut affaire cette fois à forte partie La meute

l'attaqua avec furie, le cheval ne broncha pas et Gozon pût parvenir à le tuer.

Heureux de la victoire, il fait charger les dépouilles du monstre sur un charriot et se présenta devant le grand prieur en triomphant, comptant sur des félicitations.

Mais comme il avait transgressé les ordres formels de son chef il fut jeté en prison, et condamné à perdre la vie. Seulement au moment de l'exécution de la sentence, il fut gracié en considération du grand service qu'il *avait rendu à l'humanité.

Tout l'ordre garda une grande reconnaissance à Gozon pour son acte de vaillantise ; de sorte que bientôt il fut nommé lieute- * nant général du grand prieur. A la mort de ce grand prieur il fut élu son successeur.

Le chevalier de Foxay a écrit « qu'en la maison de Gozon se trouvait une pierre sortie de la teste de ce dragon, reluisante de diverses couleurs, delà grosseur d'une olive, singulière contre tous les venins, qui faisait bouillir toute sorte de liqueur dans laquelle on la mettait... On l'appelait la pierre du grand maître et elle demeurait en partage à l'aîné de la famille. Le château de Gozon

ayant été pris de force et saccagé du temps de la ligue, un soldat de Vienne en Dauphiné s'empara de cette pierre et la pré, senta à Henri IV, alors roi de Navarre. »

[Lyatmel, ou la Provence au xm* siècle, t. 2, p. 4 a8.

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