LA FEE GRENOUILLE
A partir de ce jour, l'aisance revint dans la maison de la veuve; ce fut une grosse bourse qu'elle trouva dans son armoire sans pouvoir connaître qui l'y avait mise, puis un héritage qui lui échut ; de sorte que la bonne femme put envoyer son fils à l'école du village, puis à celle de la ville. Et bientôt l'enfant devint si instruit, si instruit, qu'ayant voyagé par toute l'Allemagne et par toute la France, il ne put rencontrer personne en état de lutter avec lui pour le savoir. Vous jugez si sa mère était heureuse, et bien souvent elle répétait à ses voisines du village :
a La grenouille verte trouvée par mon fils dans la forêt doit être la cause de tout le bonheur qui nous arrive. »
Aussi elle aimait beaucoup la petite rainette et elle en avait le plus grand soin.
Un beau jour, le jeune savant revint de son voyage. Après avoir embrassé sa mère, il voulut voir la grenouille verte.
« Gentille petite bête, lui dit-il, je te remercie de tout ce que tu as fait pour ma mère et pour moi. Je veux que tout à l'heure tu te mettes à la place d'honneur et que tu dînes avec nous. »
La rainette se mit à sauter et à danser, comme si elle avait compris le langage de Guillaume.
Puis, lorsque le dîner fut servi, elle sortit de son gîte et vint s'asseoir sur le fauteuil qui lui était destiné.
Mais voilà que tout à coup la grenouille se changea en une jeune fille de toute beauté, aux grands yeux bleus et aux longs cheveux blonds flottant sur les épaules. Jamais il n'avait été donné au jeune savant de voir réunies autant de perfections dans une fille terrestre. L'adorable créature lui dit au bout d'un instant :
« Je suis Tune des fées de la forêt. Je t'avais bien souvent remarqué cherchant du bois mort par les taillis et les buissons, et j'avais admiré ton courage et ton ardeur au travail. Je te voulais du bien, et c'est pour cela que j'ai pris la forme d'une grenouille afin de pouvoir éprouver ton cœur. L'épreuve t'a été favorable et tu es digne de tout ce que j'ai fait pour toi et pour ta mère; car c'est moi qui avais placé la bourse dans le bahut, c'est encore moi qui vous envoyai l'argent donné comme héritage d'un parent défunt, et c'est moi aussi qui t'ai donné l'esprit de sagesse et de science. Maintenant, j'ai une demande à te faire: Je t'aime, veux-tu m'épouserf
— Belle fée, certes, je voudrais vous prendre pour ma femme, mais nous avons dépensé notre petite fortune pour mon instruction et mes voyages, et il ne nous reste presque rien. Je ne voudrais pas vous rendre misérable.
— Ce n'est que cela qui te retient ( Vois mon pouvoir.' »
El la fée, saisissant uns poignée de fèves pla-