LE LOUP ET LE RENARD
— Prier le bon Dieu pour qu'il m'ouvre le Paradis.
— Alors je ne te refuse pas. »
Le Loup et le Renard coururent au village et entrèrent dans l'église.
a Ah! Compère Loup, il n'y a pas de sonneurs pour annoncer que je fais pénitence. Veuxtu sonner les cloches ?
— Tout de même, mais je ne sais pas tirer la corde.
— Ce n'est rien; je vais te mettre la corde après la queue et tu tireras d'avant et d'arrière comme ceci. »
Le Renard attacha la corde à la queue du Loup et se mit à mettre les cloches à branle, puis il lâcha le tout. Le pauvre Loup étant tiré par la corde, montait à quinze pieds et retombait tout moulu. Cela dura cinq minutes.
Ce temps écoulé, les cloches s'arrêtèrent et le Loup put ronger la corde et se mettre à la poursuite du Renard qui avait pris la clef des champs. Sous un buisson, le compère s'était caché.
a Ah! te revoilà, Compère Renard. Viens que je te mange!
— Ne pourrais-tu pas attendre jusqu'à ma maison, afin que je fasse mon testament et que j'embrasse une dernière fois ma femme et mes enfants >
— Tout de même; mais faisons diligence! »
On arriva devant la maison du Renard.
« N'entre pas, Compère Loup, ma femme est à la mort et tu lui ferais si peur qu'elle en mourrait de suite.
— Je veux bien ! j'attendrai sur le seuil.»
Compère Renard ferma aux verrous la porte de maison et se crut sauvé. Mais le Loup monta sur le toit et jeta des briques par la cheminée.
a Merci bien, ami Loup, de m'envoyer des briques; j'en ferai un mur à mon jardin ! »
Le Loup prit de l'eau à la rivière et vint la verser par la cheminée.
a Merci bien, ami Loup, de m'envoyer de l'eau; j'ai couru beaucoup et je me mourais de
soif ! »
Cette fois, le Loup voulût brûler la maison et il jeta beaucoup de feu au Renard. Et celui-ci criait toujours :
a Merci bien, ami Loup, de m'envoyer du feu; hou! hou! hou! j'avais froid et il n'y a pas de bois à la maison. Tu ferais mieux de descendre par la cheminée. »
Le compère descendit et fut enfourché par le malin Renard qui le fit cuire à la broche et le mangea.
(Conté en 1 8 83 par M. Charles Garnier, à Paris.)
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