JEAN DES POIS VERTS ET JEAN DES POIS SECS
Une femme avait deux fils qu'elle nomma, à leur naissance, l'un Jean des Pois Verts, l'autre Jean des Pois Secs. Celui-ci était peureux et lâche, un rien le faisait fuir. Le premier, au contraire, était vaillant et brave.
Jean des Pois Secs dit un jour à sa mère :
« C'est vraiment un malheur que je sois si peureux. Mon frère va tous les soirs au village voisin voir les demoiselles sans crainte, et moi je n'ose faire' un pas la nuit. Je voudrais bien y aller avec lui, mais il ne veut pas de ma société,
i— Tu dis que ton frère est vaillant : eh bien ! nous l'éprouverons ce soir. Je ferai la malade, et quand il rentrera je lui dirai de m'a lier chercher une pomme dans le grenier. Quant à toi
tu t'envelopperas d'un linceul et tu te coucheras sur les pommes. »
Le soir, Jean des Pois Verts rentra à l'heure ' habituelle. Voyant sa mère assise au coin du feu, il lui dit : « Comment, mère, tu es encore levée à cette heure ?
— C'est que je ne suis pas bien portante. Je désirerais une pomme. Cours m'en chercher une belle dans le grenier.
— Soit, mère, j'y vais! »
Ce disant, il monta au grenier chercher le fruit. Au lieu de s'enfuir à la vue du fantôme, Jean des Pois Verts prit un bâton et en frappa plusieurs bons coups sur le dos de son frère en disant : « Tiens, on m'a toujours dit que les revenants n'avaient pas de corps. En voilà un qui aies côtes bien dures! Ha! h al Tu iras porter au Diable des nouvelles de mon bâton ! »
Et prenant une pomme, Jean des Pois Verts descendit comme si de rien n'était.
« Comment, » lui dit sa mère, « tu n'as pas eu peur du revenant qui est sur les pommes et que j'ai vu tout à l'heure?
— Mère, je sais bien que le fantôme n'est autre que mon frère. Je lui ai donné une bonne volée; s'il n'a pas crié, c'est qu'il ne voulait pas qjje l'on sût que c'était lui. »
Le lendemain soir, le brave Jean des Pois Veits repartit comme de coutume.