‹ Contes françaisChapitre 81 sur 89 · LE CORPS SANS AME, ^TC · texte numérisé non relu

LE CORPS SANS AME, ^TC

que le chiffonnier était tombé à la mer dans un moment de distraction. A peine dans l'eau, le jeune homme s'était écrié :

a Par la vertu de ma plume, que je sois changé en pie. »

Aussitôt il se vit de nouveau oiseau, s'envola et alla se percher sur le toit du palais.

La princesse y pleurait la perte de celui qui l'avait sauvée au péril de ses jours. Ce qui ajoutait encore à sa tristesse, c'est que le roi avait déclaré qu'on la marierait le lendemain au brillant seigneur, qui maintenant ne lui plaisait plus. Vainement elle avait essayé de toucher le cœur du roi par ses prières, celui-ci s'était montré insensible. Le roi avait fait tuer tous ses bestiaux pour le festin de noces.

Tout le peuple était en fête. Seule la princesse avait le cœur navré. On l'emmena de force dans la salle du palais pour la marier. Au milieu du festin, le chiffonnier se présenta au roi et lui dit de faire fermer les portes, ce qui fut fait. Le marié, prétextant une indisposition, voulut se retirer; on ne lui en donna pas la permission. Puis Kiou-Cher raconta comment il avait été précipité à la mer.

La princesse se jeta dans ses bras en pleurant de joie. Les soldats du roi s'emparèrent du traî" tre, le lièrent à un poteau et assemblèrent du bois auquel ils mirent le feu. L'amant fut bientôt brûlé.

Puis on maria solennellement le cht%DWèrr la princesse qu'il avait sauvée.

Ils vécurent heureux et aimés de leurs sujets.

(Conté en picard par Juliette Salle, de Warloy-Bail Ion [Sommé], le g août 1877 J

Un boulanger avait trois fils, qui tous trois désiraient se marier avec la fille du meunier Thomas. Celle-ci répondait mal à leurs avances. Un jour, l'aîné des jeunes gens allait passer la soirée chez la meunière; il rencontra une vieille femme appuyée sur un bâton, qui avait tout Pair d'une sorcière.

a Bonjour, mon fils, où allez-vous ainsi? Ne craignez-vous point le Gobelin de la vallée?

— Hé! la vieille, croyez-vous que je vais vous conter ainsi mes secrets? Qu'il vous suffise de savoir que je ne suis pas venu ici pour votre }aide personne. »

Et il passa son chemin. Il fut poursuivi jusqu'au moulin par les rires narquois de la sorcière, car c'en était vraiment une. En arrivant,

il parla de son amour à la belle meunière; mais elle n'en fit que rire,

Le puîné partit le même jour pour le moulin avec le mêmes intentions que son frère. 11 rencontra la vieille femme ridée et cassée qui lui parla comme à son aîné. Il répondît aussi insolemment à celle-ci. 11 en fut puni, car la meu nière repoussa ses propositions.

Le lendemain, le cadet rencontra la sorcière.

« Bonjour, mon fils; où allez-vous ainsi? Ne craignez-vous point le Cavalier sans Tête de la 'montagne?

— Ma bonne mère, je vais au moulin demander la meunière en mariage. Je crains fort d'être rebuté. Quant au Cavalier sans Tête, je le crains peu, parce que je reviendrai avant le soir.

— Mon fils, prends cette Bague et passe-la à ton doigt. Chaque fois que tu diras Dominus vobiscum, le nez de la belle meunière s'allongera d'un 'pouce. Elle consentira ainsi à t'épouser. En disant Et cum spiritu tuo, le nez se raccourcira d'un demi-pouce. Adieu. »

En arrivant au moulin, il eut le bonheur de voir ses propositions agréées. Il n'eut pas besoin d'employer la Bague Magique. Peu de jours après, le mariage fut célébré.

A quelque temps de là, le jeune meunier se baignait dans la rivière. 11 avait déposé ses habits sur la berge. Le curé du village voisin passa

près de là quelque temps après. Voyant les habits, il fouilla dans les poches, et y trouvant la Bague Magique se la mit au doigt et s'en alla. Le dimanche suivant, le prêtre officiait. Au premier Dominus vobiscum, il fut tout étonné de voir son nez s'allonger d'un pouce. A la fin de '& messe, une véritable trompe ornait la figure du pauvre pasteur. Et pour comble de malheur, le Qez allait chaque jour s'augmentant; de sorte que le cu r é fut bientôt en état de faire cinquante fois ' e tour de son corps avec son nez. Dire son désespoir serait superflu. Il fit publier partout ^U'il donnerait dix mille écus à celui qui pourrit le guérir. Plusieurs médecins se présentèr ^nt : aucun ne put le débarrasser.

Enfin le meunier vint trouver le curé et s'offrit Pour lui ôter sa difformité. 11 prit la Bague Magique et récita des Et cum spiritu tuo! Et cum ^Jfiritu tuo! etc. jusqu'au moment où le nez arriva à sa longueur ordinaire.

Il reçut les dix mille écus qu'il apporta tout I oyeux à sa femme.

(Conté en septembre i8yj y par M. Alph. Ladent, de tyarloy-Baillon [Somme]).

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