‹ Contes industrielsChapitre 18 sur 30 · CE QU'IL Y A DANS UNE TABATIÈRE · texte numérisé non relu

CE QU'IL Y A DANS UNE TABATIÈRE

elle, vous affirmeriez comme moi qu'elle n'est pas vieille. Les habitués du Théâtre-Italien la désignent sous le nom affectueux de la grand'maman.

Un hasard étrange, mais non, il n'y a pas de hasard, une gracieuseté du bon Dieu me permit, il y a quelques jours, de lui rendre un léger service. Alboni venait de chanter la Cène-' rentola; j'écoutais de toutes mes oreilles cette musique si pimpante, mais je ne pouvais détacher mes regards de la loge voisine où était la grand'maman. J'aimais à la voir sourire et accompagner la musique d'un léger mouvement de tête. Tout à coup je la vis pâJir; elle se leva, et dans la crainte que le vieux valet de chambre en livrée, qui lui donne ordinairement le bras pour la reconduire à sa voiture, ne fût pas là, je courus dans le couloir. Elle était seule en effet. Je lui offris respectueusement mes services.

« Je suis un peu souffrante, me dit-elle, et je vous serais bien obligée, monsieur, si vous vouliez faire appeler mon domestique, le vieux Guillaume. Mille pardons !

— Permettez-moi, madame, de faire l'office de Guillaume; daignez accepter mon bras.»

Elle accepta. Je fis avancer sa berline, véhicule respectable qui date au moins de la Restauration.

Elle me remercia avec cette exquise politesse dont la tradition s'eflface, et je lui demandai la permission de me présenter le lendemain chez elle pour m'informer de sa santé.

« Venez, » me dit-elle d'une voix bienveillante.

Je vous laisse à penser si le lendemain je fus exact. Elle m'accueillit avec bonté; nous parlâmes de la musique, qu'elle idolâtre ; puis, littérature, beaux-arts, poésie, modes, politique, tout l'éche- Yeau fut dévidé. Je lui racontai comment on l'avait surnommée au théâtre la granS maman ^ après qu'on l'eût vue, pendant quelques représentations, entourée de trois beaux enfants dans sa loge.

Elle poussa un soupir et essuya une larme. Je venais de faire vibrer étourdiment une corde douloureuse.

Je tâchai alors de donner à la conversation un autre tour. J'avisai sur la table, auprès de laquelle nous étions assis, une petite tabatière en bois des lies, incrustée de nacre, d'écaillé et d'ivoire ; sur ces incrustations se détachait un petit médaillon d'or portant un chiffre buriné. Mon visage refléta sans doute quelque étonnement. «Rassurez-vous! me dit-elle en souriant, je ne prise pas. Cette tabatière a appartenu à mon père, dont voici le portrait. Vous voyez, ajouta-t-elle, qu'elle ne da^e

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pas d*hi^rl Je tiens à ce brimborion, d'abord h causQ de son origine, c*est bien naturel, mais aussi parce que c'est un petit nid de fées.

— Un nid de fées! répétai^je en ouvrant de grands yeux, car ce mot de fées a conservé tout le prestige qi^'il avait autrefois, quand ma bonne mère me contait les contes de Perrault, qu'elle contait si bien, ma bonne mère!

— Oui, un nid de fées ! répéta la grand'mamap, et si vous voulez venir passer upe heure ce soir ici, dans ce vieux salon, au coin de mon feu, vous entendrez ces petites fées babiller comme des pifes. î»

Je n'eus garde de manquer au remdez^vQus.

c Veuilles sonner, » me dit-elle après quelques instants de conversation.

Je sonnai; Guillaume parut.

« Emportez les flambeaux, dit la grand'manaap, Celte clarté les eflfrayerait, ajouta-t-elle en me re«gardant ; c'est bien assez du feu qui pçtiUe dans Vâtre ! »

Nous nous installâmes près de la cheminée. Bientôt la tabatière s'agita, et nous entendîmes comme un imperceptible gazouillement, puis le bruit devint plus distinct, et mon oreille perçut des sons intelligibles.

• Que rhomme est cruel, dit une des fées, charmante petite personne haute de trois centi^mètres, dont la robe éclatante revêtait toutes les couleurs du prisme : c'était la fée Nacrée. Que l'homme est cruel, et que Dieu nous a donné en lui un maître implacable !

— C'est vrai ! c'est vrai I dirent les autres fées, n nous asservit à ses besoins les plus vulgaires et les plus grossiers.

— Triste destinée que la mienne! reprit la fée Nacrée. J'ai vécu au fond des mers, parmi les algues gigantesques, les branches de corail et les madrépores aux formes bizarres. J'étais une co^quiUe bien humble, bien modeste ; mon apparence était rude, et les poissons qui passaient auprès de moi, agitant leurs écailles d'or, ne feisaient guère attention à cette coquille grossière ; mais j'avais la conscience de ma valeur ; je sentais que j'avais en moi des trésors de grâce et de beauté, trésors que j'entr'ouvrais parfois avec coquetterie. Ce que les habitants des régions sous-marines n'auraient jamais soupçonné, hélas ! l'homme le devina !

« Un jour, je me sentis entraînée loin de mon élément natal. Un pêcheur qui habitait avec sa famille sur les bords du golfe Persique plongea hardiment dans les profondeurs de l'Océan, s'em-

para de moi d'une façon assez brutale, puis, à l'aide d'un instrument, il sépara mon enveloppe de ma substance nacrée. Des marchands, passèrent par là, ils m'achetèrent, puis me revendirent à d'autres marchands qui me transportèrent bien loin.

« Enfin on m'embarqua à bord d'un navire qui me conduisit en Europe. De voyage en voyage, de main en main, j'arrivai jusque dans un alelier de Paris où des ouvriers tabletiers me morcellèrent. Je ne puis me consoler quand je songe que j'ai tant souffert, traversé tant d'épreuves, que j'ai été arrachée du fond de la mer à six mille lieues d'ici, pour finir par orner une tabatière, une vile tabatière. Haine aux priseurs !

— Haine aux priseurs ! » répétèrent avec enthousiasme toutes les autres fées qui semblaient écouter les lamentations de leur compagne avec cette attention et ce recueillement que Virgile a si bien dépeints au moment où Énée va commencer devant Didon le récit de ses poétiques aventures.

« Si du moins, reprit la fée Nacrée, j'avais servi à confectionner un de ces petits meubles mignons destinés aux femmes, je me consolerais ; mais être incrustée dans une tabatière, quel supplice pour mol qui ai avec la perle tant d'analogie et tant de

liens de parenté, car enfin les savants eux-mêmes ont nommé ma coquille avicule perlière ou mèreferle!

— Ne me parle pas des savants, dit la fée Écaille, petite brune délicieuse, ils prisent presque tous. Queje comprends, 6 ma sœur ! et comme je partage ta peine ! Qu'avons-nous fait au ciel pour avoir mérité un lel sort? Être incrustées dans une tabatière, contenir une poudre sale et irritante, au lieu d'être placées sous quelque forme gracieuse, dans des mains féminines, dans des mains fluettes et délicates, c'est intolérable!

— Ne sommes-nous pas compatriotes? dit la fée Nacrée.

— Oui, répondit la mignonne fée Écaille, en ce sens que nous venons toutes deux de l'Océan, mais je suis née dans les mers du Japon. Ma mère était une tortue de race aristocratique; nous appartenons à la noble famille des Caret ^ qui fournil récaille la plus pure et la plus estimée. La tor^ tue caret est supérieure de cent coudées à la iortue franche^ qui est la tortue plébéienne, celle dont l'écaillé est réservée aux usages communs.

c Depuis que les hommes ont découvert le parti qu'ils pouvaient tirer de nos dépouilles , ils font à notre. famille une rude guerre. Les Indiens, les

Chinois, les Américains, les Japonais, sont ingénieux à pêcher la tortue , qui est généralement fort bonne personne et sans défiance. Nous sommes pour eux une source de richesses. Jugez donc ! La carapace, qui est notre partie dorsale, le plastron ou partie inférieure, nos écailles marginales, les ergots ou onglons qui enferment nos pattes, tout est utilisé et consacré à des usages industriels. Les Anglais, peuple utilitaire par excellence, sont allés jusqu'à faire avec notre corps un potage, qu'ils ont la faiblesse de trouver excellent. Il n'y a que des Anglais pour avoir une idée pareille ! Que la tortue leur soit légère ! »

Toutes les petites fées accueillirent cette boutade d'un éclat de rire argentin ; otj eût dit un congrès de fauvettes.

* Ne disons pas trop de tnal des Anglais en particulier ni de l'homme en général, » répliqua un des personnages qui n'avait rien dit jusque-là : c'était la fée Éléphantine, éclatante de blancheur. « Pour moi qui appartiens au plus intelligent, au plus pudique, au plus gigantesque des animaux terrestres , j'avoue que je ne puis me défendre d'une profonde admiration pour ce bipède chétif

qui soumet hardiment à sa puissance la nature entière> qui ftrme des natires, trarerse l'immense étendue des océans, explore tous les coins du globe, dompte toutes les forcés de la création, transporte d'tm point à TaUtrê de son vaste do^ maine les produits les plus divers, les échange, et moltiplie ainsi ses richesses....

— Bon ! murmura tout bas la fée Nacrée, voilà Êéphantlne qtii va nous faire un cours d'économie politique !

— Non ! répliqua vivement Éléphantine, je ne veux pas vous faire un cours d'économie politique, mais je veux que nous rendions justice au génie de Thomme qui, en définitive, pour produire seu* lement cette tabatière, triste prison! a sondé la profondetu* des mers, en a fait jaillir la nacre et l'écîaille, &*est hasardé dans leé forêts impénétrables, a tenté une lutte inégale avec le glorieux éléphant qui fut mon père, a transporté d'un bout du monde à l'autre les bois les plus rares....

— Ajoute, dit la plus éblouissante des fées, la fée d'Or, qu'il a creusé les flancs de la terre pour y chercher la parcelle de métal précieux incrusté sur cette même tabatière ! Mais, je te demande pardon, ma sœur, de f avoir interrompue. Continue, ma chère Éléphantuie, dit la fée d'Or avec une dou*-

ceur qui me surprit et me charma d'autant plus qu'ordinairement les personnes de son espèce se croient investies du droit d'impertinence.

— Je viens de*prononcer le nom de mon père» dit Ëléphantine ; c'était bien le plus noble et le plus généreux des éléphants ; il fut victime de son dévouement et de son amour pour ma mère. Il était d'origine africaine, mais des liens de parenté l'unissaient aux grandes races de l'Asie. Il avait le plus profond mépris pour les éléphants blancs de Siam, qui ne sont que des éléphants ordinaires dont la peau est devenue blanche à la suite d'une maladie cutanée, et pour les prétendus éléphants rouges qu'on a vus au Cap, et sur le compte desquels les savants ont si longtemps discuté, sans se douter que ces animaux ne devaient cette couleur qu'à une sorte de terre rougeâtre dans laquelle ils aiment à se vautrer.

« Un jour, mon père, en rentrant au logis, ne trouva pas ma mère. Un éclair de jalousie illumina ses yeux; sa trompe s'agita avec des mouvements convulsifs; mais ce doute injurieux pour l'honneur de sa compagne ne fit que traverser son cerveau. Ma mère , en effet, n'était pas une personne légère et évaporée ; elle était incapable d'oublier ses devoirs et de trahir la foi conjugale. Pressen-

tant quelque danger, mon père se mit aussitôt à la recherche de sa fidèle épouse. Hélas! des nègres étaient parvenus à s'emparer d'elle et l'avaient enfermée dans une enceinte de pieux, espérant bien qu'attiré par les gémissements de leur victime, mon père viendrait s'offrir de lui-même au piège qu'on lui tendait. Cette cruelle espérance ne fut pas trompée. Mon père vit le péril et l'affronta bravement ; il soutint une lutte désespérée, mais il succomba sous le nombre. Les nègres avaient enlacé ses jambes dans de forts nœuds coulants ; il tomba; aussitôt ses ennemis lui coupèrent les jarrets et le tuèrent à coups de zagaies.

« Dès qu'il fut mort, on scia avec soin ses défenses formidables , qui n'avaient pas moins de cinq pieds de long. Vous savez que l'ivoire des éléphants d'Afrique, désigné sous le nom d'ivoire de Guinée, est le plus estimé à cause de la pureté de sa teinte et de la finesse de son grain. Les autres variétés d'ivoire, celui du Cap, celui du Sénégal, celui de Ceylan, celui de l'Inde, sont moins recherchées. Je dois dire, cependant, que l'ivoire de Ceylan a une légère nuance rosée qui me parait préférable à la nuance verte dont on fait grand cas. Quant à l'ivoire bleu, plus connu sous le nom de turquoise, c'est tout simplement de l'ivoire fos-

sile dont le phosphate de chaux a été coloré en bleu par un oxyde métallique.

— Dis donc, Éléphantine, interrompit avec un sourire narquois la fée Nacrée, puisque tu es si savante, dis-moi comment il peut se faire que tu souffles à la fois le froid et le chaud, comme le satyre de la fable, et que tu sois renommée pour ta blancheur et pour ton beau noir, car, si je ne me trompe, on fait grand cas du noir d'ivoire !

— Le noir d'ivoire, répondit Éléphantine, n'est autre chose qu'un charbon fait avec de l'ivoire calciné dans des vases parfaitement clos. Ce charbon, réduit en poudre, est d'un velouté si fin, si dou^, si brillant, que les peintres le préfèrent à tous les autres noirs obtenus par la calcination des os. A vrai dire, j'aime encore mieux avoir servi à incruster cette tabatière que d'avoir été calcinée. Mais si j'avais été maîtresse de ma destinée, j'aurais voulu qu'un artiste me transformât 3n statuette et me donnât ainsi l'immortalité.

— Et moi , dit la fée Nacrée, j'aurais voulu être un éventail dans les mains d'une belle jeune fille andalouse I

— Et moi, ajouta Écaille, j'aurais voulu être transformée en peigne et contenir l'opulente chevelure de la belle Andalouse!

— Et moi, dit la fée des Bois, qui n'avait rien dit jusque-là, j'aurais voulu être le coffret dans lequel elle aurait enfermé ses bijoux et auquel elle aurait fait toutes les confidences de sa co* quetterie.

— Et moi, dit la fée d'Or, j'aurais voulu être l'anneau de ses fiançailles.

— N'est-ce pas qu'elles sont très-amusantes? » me dit la grand'maman qui jouissait de ma surprise. J'allais répondre, mais déjà la fée des Bois avait commandé le silence.

« Vous vous plaignez toutes , dit-elle à ses compagnes, du triste sort que vous a infligé le caprice de l'homme et de la dure captivité où noué gémissons pour longtemps encore ; mais que devrais-je dire, moi qui ai vécu dans les splendeurs de l'atmosphère, moi qui ai reçu les sourires du soleil, moi qui ai abrité dans mon feuillage des * milliers d'oiseaux aux couleurs éclatantes ! Toi , ma sœur Nacrée, tu étais tristement enfermée^ dans une coquille, et si l'on admire aujourd'hui ta robe irisée, c'est à l'homme que tu le dois. Toi, chère fée Écaille, tu ne me persuaderas pas que ta destinée fut très-enviable lorsque tu servais

de carapace à une tortue de mer. Quant à Éléphantîne, je ne sais trop quel charme elle pouvait éprouver à être une des défenses du noble pachyderme qui mourut victime de son amour conjugal. La fée d'Or devait, ce me semble, couler des jours fort monotones quand elle était enfouie dans les flancs de* la terre à l'état de minéral brut, mêlée aux matières les plus communes.

« L'homme vous a rendu à toutes des services quevous ne pouvez méconnaître sans ingratitude ; il vous a arrachées à l'obscurité, il vous a donné votre éclat et votre valeur. Seule ici, j'ai à me plaindre, car le jour où la hache d'un bûcheron indien a frappé mon tronc robuste, j'étais dans les plus heureuses conditions d'existence, je m'épanouissais sous le ciel; le soleil m'enivrait de ses baisers, et quand venait la nuit, la nuit tiède et rajronnante ! les brises amoureuses murmuraient à travers mon feuillage des hymnes de tendresse et de volupté.

« Si vous saviez comme elle était belle et harmonieuse la forêt dans laquelle je suis née, dans laquelle j'ai grandi. Là croissaient en liberté le Courharil résineux dont le vaste tronc suffit à faire des roues et des affûts de canon d'une seule pièce ; le Laget à dentelle dont les fibres intérieures sont

si merveîlleuspment entrelacées et si souples, que les femmes en pourraient faire de fines guipures ? puis toute la famille des ébénacées, le Claquemi" nier y YÉhénoxile^ le MabolOy le Jacaraudadu Brésil^ dont le bois vert teint les mains quand on le travaille ; Y Érable à feuilles de frêne, originaire de là Virginie et si recherché des ébénistes européens ; V Érable à stupre, le Citronnier des Indes, les essences si diverses qui fournissent ce qu'on appelle vulgairement les bois de fer ; que sais-je encore !

— Mais, dit Éléphantine, quelle était ta famille, quel était ton nom, à toi ?

— Les savants, que Dieu leur pardonne ! ont donné à ma famille un nom barbare : la Téirandrie monogynie ! mais mon vrai nom, c'est Balsamier; la Jamaïque fut la patrie de mes ancêtres ; c'est moi qui avec le Liseron à bouquets des Antilles, le Licais de Cayenne et quelques autres arbres de la Chine et des Canaries, fournis ce bois si précieux que l'on désigne sous le nom de bois de rose ou de bois de Rhodes, ce qui revient au même, puisque l'île de Rhodes est l'île des Roses. C'est la couleur primitive et l'odeur de notre bois qui nous ont fait donner cette désignation charmante, bien préférable à toutes les désignations scientifiques.

< J*étais bien le balsamier le plus heureux de la terre. Un jour, pendant que j'écoutais les confidences d'une jeune colombe, j'entendis un bruit sourd et je ressentis en même temps une doideur mortelle- C'était le bûcheron qui me frappait Je ¥Ouius me plaindre. « Allons ! me dit l'Indien en chantant une chanson populaire; allons! beau balsamier 1 il y a assez longtemps que vous êtes là oisif à contempler les étoiles et à faire l'amour avec les papillons. Le temps du labeur est venu!»

« Hélas 1 oui, le temps du labeur était venu et celui de la douleur aussi. On me transporta, on ât pénétrer la scie à travers mes fibres embaumées, on me divisa en lames très-minces qui ont servi à faire des meubles coquets. C'est avec un de mes fragments que le tabletier a eu l'idée de faire cette tabatière. Combien peu de personnes se doutent, en voyant cet objet {utile, que pour réunir les matériaux qui le composent, il a fallu remuer le monde, mettre à contribution l'Océan, les forêts immenses, creuser la terre, rapprocher les continents par le commerce; il a fallu que des navigateurs intrépides découvrissent des contrées lointaines, des pays inexplorés ! Celte simple tabatière, en un mot, est le résumé de toute l'activité, de toute la science et de toute la civilisation hiimaines.i»

DANS UNE- TABATIÈRJB. 175

La lëe des Bois en était là de son dithyrambe économique et social, lorsque malheureusement une des bûches du foyer projeta tout h coup dans le salon une clarté si vive que les petites fées effrayées disparurent, reprirent leur place dans les incrustations de ia tabatière, et tout rentra dans le silence.

« C'est fâcheux, dit la bonne grand'maman, que cette clarté soit Tenue interrompre leur babil ; je ne les avais jamais vues si animées que ce soir. Voulez-vous sonner, monsieur? Guillaume peut apporter les flambeaux.

— Je ne puis croire, madame, ni à ce que je viens de voir ni à ce que je viens d'entendre; vos petites fées sont charmantes, et elles m'ont appris bien des choses que j'ignorais. »

La pendule marquait près de minuit ; cette soirée féerique avait passé comme un éclair. Je pris congé de l'aimable et bonne femme.

« A demain ! me dit-elle. Vous savez qu' Alboni chante dans la Gazza; vous viendrez me faire votre cour pendant un entr'acte. »

Je m'inclinai et sortis.

J*ai voulu vous raconter cette curieuse soirée pendant que les moindres détails, les moindres

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