Forme fréquente du mot lutin dans nos anciens aufcîura
Î76 QUAiliiÈuE PARTIE.
tin peu d'esprit, beaucoup de bonne mine,
Et plus encor de libéralité,
C'est en ainour une triple machine
Par qui maint fort est bientôt emporté,
Rocher fût-il : rochers aussi se prennent.
Qu'on soit bien fait, qu'on ait quelque talent,
Que les cordons de la bourse ne tiennent,
Je vous le dis, la place est au galant.
On la prend bien quelquefois sans ces choses.
Bon fait avoir néanmoins quelques doses
D'entendement, et n'être pas un sot.
Quant à l'avare, on le hait; le magot
A grand besoin de bonne rhétorique :
La meilleure est celle du libéral.
Un Florentin, nommé le Magnifique,
La possédoit en propre original.
Le .Magniiique étoit un nom de guerre
Qu'on lui donna; bien l'avoit mérité ;
Son train de vivre et son honnêteté,
Ses dons surtout, l'avoient par toute terre
Déclaré tel ; propre, bien fait, bien mis,
L'esprit galant, et l'air des plus polis.
il se p qua pour certaine femelle
De haut état. La conquête étoit ])elle :
Elle excitoit doublement le désir ;
Rien n'y raanquoit, la gloire et le plaisir.
Aldobrandin étoil de cette dame
Bail 1 et mari : pourquoi bail ? Ce mot-là
Ne me plaît point; c'est mal dit que cela»
Car un mari ne baille point sa femme ^
Aldobrandin la sienne ne bailloit ;
Trop bien cet homme à la garder veilloit'
De tous ses yeux ; s'il en eût eu dix mille.
Il les eût tous à ce soin occupés :
1. Bail, dans notre ancien langage, signifie gardien, gouverneur. De ce mot est dérivé celui de bailli.
-2. Bailler signifie donner, livrer. On n'a pas besoin de faire r<:'marquer le jeu de mots.
3. Var. Dans l'édition de 1685, ces cinq derniers vers ont été remplacés par les suivants :
Aldobrandin étoit de cette dame Mari jaloux, non comme d'utie fomme, Mais comme qui depuis peu jouiroit D'une Philis. Cet homme la veilloit De tous SCS yeux.
Amour le rend, quand il veut, inutile ; Ces Argus-là sont fort souvent trompés.
Aldobrandin ne croyoit pas possible Qu'il le fût onc; il défioit les gens. Au demeurant il étoit fort sensible A l'intérêt, aimoitfort les présents.
Son concurrent n'avoit encor su dire
Le moindre mot à l'objet de ses vœux :
On ignoroit, ce lui sembloit, ses feux,
Et le surplus de l'amoureux martyre.
(Car c'est toujours une même chanson. )
Si l'on l'eût su, qu'eût-on fait? Que fait-on ?
Jà n'est besoin qu'au lecteur je le die.
Pour revenir à notre pauvre amant,
Il n'avoit su dire un mot seulement
Au médecin touchant sa maladie.
Or le voilà qui tourmente sa vie.
Qui va, qui vient, qui court, qui perd ses pas :
Point de fenêtre et point de jalousie
Ne lui permet d'entrevoir les appas
Ni d'entr'ouïr la voix de sa maîtresse.
Il ne fut onc semblable forteresse.
Si^ faudra-t-il qu'elle y vienne pourtant.
Voici comment s'y prit notre assiégeant.
i. Si, pariicule affirmative, comme on l'a déjà rencontré plusieurf fois.
Je pense avoir déjà dit, ce me semble,
Qu'Aldobrandin homme à présents étoit ;
Non qu'il en fît, mais il en recevoit.
Le iVIagni(K|ue avoit un cheval d'amble,
Beau, bien taillé, dont il faisoit grand cas:
11 l'appeloit, à cause de son pas,
La haquenée. Aldobrandin le loue :
Ce fut assez ; notre amant proposa
De le troquer. L'époux s'en excusa :
« Non pas, dit-il, que je ne vous avoue
Qu'il me plaît fort ; mais à de tels marchés
Je perds toujours. » Alors le Magniiique,
Qui voit le but de cette pohtique,
Reprit : « Eh bien, faisons mieux : ne troquez;
Mais, pour le prix du cheval, permettez
Que, vous présent, j'entretieniic madame :
C'et^t un désir curieux qui m'a pris.
Encor faut-il que vos meilleurs amis
Sachent un peu ce qu'elle a dedans l'âme :
Je vous demande un quart d'heure sans plus. »
Aldobrandin l'arrêtant là-dessus :
« J'en suis d'avis ! je livrerai ma femme !
Ma foi, mon cher, gardez votre cheval.
— Quoi ? vous présent ? — Moi présent. — Et quel mal
Encor un coup peut-il, en la présence
D'un mari fin comme vous, arriver? »
Aldobrandin commence d'y rêver;
Et raisonnant en soi : « Quelle apparence Qu'il en mévienne ', en effet, moi présent ? C'est marché sur; il est fol à son dam-. Que prétend-il ? pour plus grande assurance, Sans qu'il le sache il faut faire défense A ma moitié de répondre au galant.
Sus, dit l'époux, j'y consens. — La distance . De vous à nous, poursuivit notre amant. Sera réglée, afin cju'aucunement Vous n'entendiez. » Il y consent encor ; Puis va quérir sa femme en ce moment.
Quand l'autre voit celle-là qu'il adore, Il se croit être en un enchantement.
Les saints faits, en un coin de la salle ' Ils se vont seoir. Notre galant n'étale Un long narré, mais vient d'abord au fait. « Je n'ai le lieu ni le temps à souhait, Commença-t-il ; puis je tiens inutile De tant tourner ; il n'est que d'aller droit. Partant, madame, en un mot comme en mille, Votre beauté jusqu'au vif m'a touché.
Penseriez-vous que ce fût un péché Que d'y répondre? Ah ! je vous crois, madame, De trop bon sens. Si j'avois le loisir,