NOUVELLE TIRÉE DE MAR >T
L" duc d'Albe, dit-on, homme à grand'bigotalre'
(J'entends parler du favori Du fameux Charles-Quint], fu; d'humeur tant austère Que l'on publie encor qu'il n'avoit jamais ri. Si sais-je bien pourtant tout le contraire. Puisque j'ai lu, dans certain commentaire, Ou vieux grimoire D'histoire,
l. Nous rappelons la note faite préoéJenomeut sut les prétendues sources attribuées à ces contes de l'édition de PIO.
•i. Dans le temps des bar'>es en év -ntail, on accommodait sa barbe le sjir, et, pour qu'elle ne se dér.iiig3ât point la nuit, on l'enfermait dans une espèce d:bonr-e faite exprès, et cette b )urse s'appeltit bigotelle ou biyolère. L'auteur désigne ainsi le contenu oi non lu coiitena'it, et emploij ce mot dans le sens de grande barbe en éventail,
Qu'un jour il a ri fortement.
Et je vais vous dire comment.
Certain jour de fête, en décembre.
Son valet, son homme de cliambrp.
Jeune homme à ne pas mépriser.
Étant venu pour le raser.
Et sa bigotaire friser.
L'ayant placé bien à son aise
Sur une riche et molle chaise.
Sous son menton attache un linge banc et net.
Met ses cheveux sous son bonnet, Puis descend à l'oflfice y chercher de l'eau chaude;
Mais il n'y trouva, ce dit-on,
Ni cuisinier ni marmiton :
Tous étoient allés à maraude; Ce fut à hii d'aller au potager ' Faire chauffer son eau. Pendant qu'elle y pétille. Tournant la tête, au travers d'une grille
Qui répond au garde-manger, Il voit certain objet qui n'est pas étranger, Car du maître d'hôtel c'étoit l'aimable fille.
Qui le fait souvent enrager.
Lora, c'étoit son nom; son humeur, fort coquette;
Et Joseph lui faisoit l'amour; Mais la fine soubrette
Lui jouoit toujours quelque tour Lorsqu'il s'en approchoit pour lui conter fleurette.
Lora, de son côté, iiegardoit du poisson qu'on avoit apporté, Et prenant un brochet d'une fort belle taille :
0 Voyez, ce dit-elle au garçon;