Var. Édit. de
Qui vous croiroit, reprit-il, âemeuréef
11 fit le froid. Notre amante en soupire;
La violence enfin de sou martyre
La fait parler. Elle commence ainsi :
« Je ne sais pas ce que vous allez dire
De voir Constance oser venii' ici
Vous déclarer sa passion extrême.
Je ne saurois y penser sans rougir ;
Car du métier de nymphe me couvrir,
On n'en est plus dès le moment qu'on aime.
Puis, quelle excuse ! Hélas! si le passé
Dans votre esprit pouvoit être effacé !
Du moins, Camille, excusez ma franchise :
Je vois fort bien que, quoi que je vous dise,
Je vous déplais. Mon zèle me nuira.
Mais, nuise ou non. Constance vous adore :
Méprisez-la, chassez-la, battez-la ;
Si vous pouvez, faites-lui pis encore ;
Elle est à vous. » Alors le jouvenceau :
« Critiquer gens m'est, dit-il, fort nouveau:
Ce n'est mon fait; et toutefois, madame,
Je vous dirai tout net que ce discours
Me surprend fort, et que vous n'êtes femme
Qui dût ainsi prévenir nos amours.
Outre le sexe, et quelque bienséance
Qu'il faut garder, vous vous êtes fait tort.
A quel propos toute cette éloquence ?
Votre beauté m'eût gagné sans elFort,
«^ TROISIEME PAHTIE.
Et de son chef. Je vous le dis eiicor,
Je n'aime point qu'on me fasse d'avance. »
Ce propos fut à la pauvre Constance
Un coup de foudre. Elle reprit pourtant :
c( J'ai mérité ce mauvais traitement.
Mais ose-t-on vous dire sa pensée?
Mon procédé ne me nniroit pas tant,
Si ma beauté n'étoit point elTacée.
C'est compliment, ce que vous m'avez dit;
J'en suis certaine, et lis dans votre esprit :
Mon peu d'appas n'a rien qui vous engage.
D'où me vienl-il? je m'en rapporte à vous.
N est-il pas vrai que naguère, entre nous,
A mes attraits chacun rendoit hommage?
Ils sont éteints ces dons si précieux :
L'amour que j'ai m'a causé ce dommage ;
Je ne suis plus assez belle à vos yeux:
Si je l'étois, je serois assez sage.
— Nous parlerons tantôt de ce point-là.
Dit le galant : il est lard, et voilà
Minuit qui sonne: il faut que je me couche. »
Constance crut qu'elle auroit la moitié D'un certain lit que d'un œil de pitié i
1. Un œil de pitié veut dire ici : un œil implorant de la pitié, et
Elle voyoit ; mais d'en ouvrir la bouche,
Elle n'osa, de crainte de refus.
Le compagnon, feignant d'être confus,
Se tut longtemps; puis dit : « Gomment ferai-je?
Je ne me puis tout seul déshabiller.
— Eh bien, monsieur, dit-elle, appel lerai-je?
— Non, reprit-il, gardez-vous d'appeler; Je ne veux pas qu'en ce lieu l'on vous voie, Ni qu'en ma chambre une fille de joie Passe la nuit au su de tous mes gens.
— Gela suffît, monsieur, repartit- elle.
Pour éviter ces inconvénients,
Je me pourrois cacher en la inielle ;
Mais faisons mieux, et ne laissons venir
Personne ici; l'amoureuse Constance
Veut aujourd'hui de laquais vous servir;
Accoi'dez-lui pour toute récompense
Cet honneur-là. » Le jeune homme y consent.
Elle s'approche ; elle le déboutonne ;
Touchant sans plus h l'habit, et n'osant
Du bout du doigt toucher à la personne.
Ce ne fut tout, elle le déchaussa.
Quoi ! de sa main? quoi! Constance elle-même?
Qui fut-ce donc? Est-ce trop que cela?
Je voudrois bien déchausser ce que j'aime.
non : un œil exprimant, témoignant de la pitié, comme c'est le een» ordinaire de cette locution.
Contes T. IL
Le compagnon dans le lit se plaça,
Sans la prier d'être de la pariie.
Constance crut dans le commencement
Qu'il la vouloit éprouver seulement ;
Mais tout cela passoit la raillerie.
Pour en venir au point plus important :
« Il fait, dit-elle, un temps froid comme glace;
Où me coucher?
CAMILLE
Partout où vous voudrez.