CALLIMACO
Ci e rimedio.
NICIA.
Qualeî
CALI. IMACO.
Far dormire con lei un allro che tiri (sUndosi una notte) a se tutta quellainfezione délia mandragola; dizpoi vi giacerete vui scnza pericolo.
(ManJragola, atto II, scena v.)
GoxTES T. IL
Même il se peut qu'en venant à la chose Jamais son cœur n'y voudroit consentir.
Or ai-je dit un jeune homme, et pour cause : Car plus sera d'âge pour bien agir, Moins laissera de venin, sans nul doute ; Je vous promets qu'il n'en laissera goutte. »
Nice d'abord eut peine à digérer
L'expédient ; allégua le danger.
Et l'infamie ; il en seroit en peine :
Le magistrat pourroit le rechercher
Sur le soupçon d'une mort si soudaine.
Empoisonner un de ses citadins 1
Lucrèce étoit échappée aux blondins,
On l'alloit mettre entre les bras d'un rustre!
« Je suis d'avis qu'on prenne un homme illustre.
Dit GaUimaque, ou quelqu'un qui bientôt
En mille endroits cornera le mystère !
Sottise et peur contiendront ce pitaud :
Au pis aller, l'argent le fera taire.
Votre moitié n'ayant lieu de s'y plaire,
Et le coquin même n'y songeant pas,
Vous ne tombez proprement dans le cas
De cocuage. Il n'est pas dit encore
Qu'un tel paillard ne résiste au poison.
Et ce nous est une double raison
De le choisir tel que la mandragore
LA MANDKAGORE. 19
Consume en vain sur lui tout son venin :
Car quand je dis qu'on meurt, je n'entends dire
Assurément. Il vous faudra demain
Faire choisir sur la brune le sire,
Et dès ce soir donner la potion :
J'en ai chez moi de la confection.
Gardez-vous bien au reste, messer Nice,
D'aller paroître en aucune façon.
Ligurio choisira le garçon;
C'est là son fait, laissez-lui cet oflice.
Vous vous pouvez fier à ce valet
Comme à vous-même ; il est sage et discret.
J'oublie encor que, pour plus d'assurance.
On bandera les yeux à ce paillard;
Il ne saura qui, quoi, n'en quelle part,
N'en* quel logis, ni si dedans Florence,
Ou bien dehors, on vous l'aura mené. »
Par Nicia le tout fut approuvé.
Restoit sans plus d'y disposer sa femme. De prime face elle crut qu'on rioit; Puis se fâcha; puis jura sur son âme Que mille fois plutôt on la tueroit.
Que diroit-on si le bruit en couroit?
i. N^en pour ni en, comme dans la langue du xvi* siècle. « Sans dropace, n'autre médicament... N'a l'ignorance, n'a la perversité. • (Rabelais.)
Outre l'offense et péché trop énorme, Galfuce et Dieu savoient que de tout temps Elle avoit craint ces devoirs complaisants, Qu'elle enduroit seulement pour la forme. Puis il viendroit quelque mâtin difforme L'incommoder, le mettre sur les dents ! « Suis-je de taille à souffrir toutes gens? Quoi! recevoir un pitaud dans ma couche! Puis-je y songer qu'avecque du dédain?
Et. par saint Jean, ni pitaud, ni blondin, Ni roi, ni roc', ne feront qu'autre touche, Que Nicia, jamais onc à ma peau, n
Lucrèce étant de la sorte arrêtée, On eut reconi's à frère Timothée.
Il la prêcha, mais si bien et si beau Qu'elle donna les mains par pénitence.
On l'assura de plus qu'on choisiroit Quelque garçon d'honnête corpulence, Non trop rustaud, et qui ne lui feroit Mal ni dégoût. La potion fut prise.
Le lendemain notre amant se déguise.
Et s' enfariné en vrai garçon meunier; Un faux menton; bai*be d'étrange gnise*;
i« Roc, pièce du jeu d'échecs, nommée maintesant la tour, 2. Voyez la note 2 de la page 91 du tome III.
LA MANDHAGORE. 21
Mieux ne pouvoit se métamorphoser.
Ligurio, qui de la facieiide*
Et du complot avoit toujours été,
Trouve l'amant tout tel qu'il le demande,
Et, ne doutant qu'on n'y fût attrapé,
Sur le minuit le mène à messer Mice,
Les yeux bandés, le poil teint, et si bien
Que notre époux ne reconnut en rien
Le compagnon. Dans le lit il se glisse
En grand silence : en grand silence aussi
La patiente attend sa destinée,
Bien blanchement, et ce soir atournée.
Voire- ce soir! atournée! et pour qui?
Pour qui? j'entends: n'est-ce pas que la dame
Pour un meunier prenoit trop de souci?
Vous vous trompez ; le sexe eu use ainsi.
Meuniers ou rois, il veut plaire à toute âroe.
i. Faciende, aflaire, cabale, intrigue. « Nous, à ceste heure, n'avons autre faciende que rendre coingnées perdues. » (Rabelais.) — « Ils savent toutes vos faciendes et à Rome, et à Madrid, et en Savoie, et en Allemagne. » {Satyre Ménippée.) — « Le roi résolut de s'approcher de Paris, à cause de plusieurs pratiques qui se faisoient de toutes parts, comme si les exploits militaires eussent quitté la place aux faciendes et débats de paroles. » (Sully.) — « M. Albert, qui est lieutenant de police (à Paris), place par M. Turgot, et de sa faciende, ne pourroit pas s'accorder avec M. de Sartine. » (M™* du Deffand.)