‹ Contes ligures, traditions de la RivièreChapitre 19 sur 151 · LA FILLE DU DIABLE · texte numérisé non relu

LA FILLE DU DIABLE

mets de te faire recouvrer la fortune que tu as perdue et dix fois davantage! » Il dit que oui. — « Prends cet argent et va jouer où tu as perdu ; je serai là et tu verras que tu gagneras toujours. » Quand il eut gagné ce qu’il avait perdu et davantage, alors, il retourna à la maison. Il était content; mais il s’agissait, pour le lendemain, d’aller trouver ce vieillard sur sa montagne, et il n’était pas tranquille. Le lendemain, il se met en route et il marche tout le jour vers la montagne et, quand il fut nuit, il voit un lumignon dans une cabane. Il s’approche, frappe à la porte, et on lui dit : « Entrez! » Il entre et il trouve des colombes qui lui disent : « Que demandez-vous? — Je demande si vous ne sauriez m’indiquer où se trouve la plus haute montagne? — Non, nous, nous ne sortons point d’ici; mais nos sœurs vont venir; elles vont assez loin chercher de quoi manger, peut-être qu’elles pourront vous l’indiquer, si vous voulez attendre. » Les colombes arrivent et les autres leur disent : « Ici est un jeune homme qui voudrait savoir où se trouve la plus haute montagne ! — Du pied de la plus haute montagne, nous en venons. C’est trop loin pour y retourner maintenant ; mais, demain matin, nous nous mettrons en route, si vous voulez attendre? » Le lendemain elles le conduisent au pied de la plus

haute montagne. « Voici la plus haute montagne; c’est à vous maintenant à vous tirer d’affaire, adieu! » Il a monté, il a monté et puis il a trouvé le vieillard qui arrivait à sa rencontre et qui l’a conduit chez lui dans une vieille masure. Lorsqu’il est arrivé, il était déjà nuit et le vieillard fit venir ses trois filles pour qu’elles fissent le souper. Après souper, il lui dit : « Demain matin, à la pointe du jour, tu te lèveras et tu iras dans cette bruyère là-bas, tu couperas tous les arbres, tu laboureras, tu sèmeras le blé qui est dans l’étable, tu attendras qu’il ait poussé, qu’il ait produit, tu couperas le blé, tu feras la farine et tu porteras le pain cuit : voilà ton premier travail. » Il va se coucher et, pendant la nuit, il pensait : « Gomment pourraisje faire pour me tirer d’affaire? Celui-là te tue si tu ne fais ce qu’il t’a dit. » Au moment où il était ainsi il entendit ouvrir la porte de la chambre et dire : « Ne t’épouvante pas, va, je suis la fille du vieux. Je viens t’apporter une boîte avec une poudre. Avec une prise de cette poudre tu pourras faire le travail que mon père t’a donné; sinon, si tu ne le fais, il te coupera la tête et tu ne sortiras plus d’ici ! Tu prendras une prise de la poudre et tu diras ; « Par ordre de ma boîte « que les pins soient coupés, que la terre soit « labourée, le grain semé, mûr, coupé, la farine « faite, le pain cuit pour être porté à la mai-

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