SCENE II
HIMY, MARMUSE, CAFAR,
Chœur de chats du voisinage.
CAFAR.
Apprenez, beaux matous, une grande nouvelle, Cochon vient de perdre le jour; Une rage affreuse et cruelle
A Grisette a ravi l'objet de son amour.
MARMUSE.
Le cœur de Grisette Est donc à louer,
Les Chats. 135
Avec la coquette Qui veut se jouer !
Pour moi qui me pense Un chat d'importance, Je ne ferai rien Qui vous fasse dire Que mon cœur aspire Aux restes d'un chien.
MIMY.
Quelle main favorable a lavé notre injure Dans le sang de ce chien maudit?
Cafar, faites-nous le récit De cette agréable aventure.
M A RM USE.
Ne va pas imiter le style triomphant D'un genre de mortels que beaux esprits on nomme, La mouche entre leurs mains devient un éléphant. Et Ton pourroit aller de Paris jusqu'à Rome, Avant qu'ils eussent dit le chagrin d'un enfant A qui Ton dérobe une pomme.
CAFAR.
Je n'ai garde d'être si sot.
Un village, ici près, qu'on appelle Ghaillot, Agréable, abondant, vaste, peuplé tout comme...
MA RM USE.
Justement, t'y voilà, nous pouvons faire un somme. Avant que nous soyons à la mort de Cochon, Harangueur fastueux, dont l'éloquence assomme: Puisse-t-on de ta peau bientôt faire un manchon !
136 Contes de Moncrif.
cafar à Mimy.
Ce fou vous est-il nécessaire?
MIMY.
Ne vous amusez pas à ses emportements.
CAFAR.
Sachez donc que depuis un temps Chaillot est devenu le séjour ordinaire D'un maréchal, vaillant comme défunt César, Sage comme un Caton, savant comme un Homère. . .