‹ Contes philosophiques. IntrodChapitre 12 sur 14 · LA GRANDE-BRETÈCHE · texte numérisé non relu

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lions auxquelles il ne manque qu'un plus vaste théâtre pour devenir immortelles.

« — Non, dit-il, Joséphine, je n'irai pas. Dans l'un et l'autre cas, nous serions séparé à jamais. Écoute, je connais toute la pureté de ton âme, et sais que tu mènes une vie sainte, tu ne voudrais pas commettre un péché mortel aux dépens de ta vie.

« A ces mots, madame de Merret regarda son mari d'un œil hagard.

« — Tiens, voici ton crucifix, ajouta cet homme. Jure-moi devant Dieu qu'il n'y a là personne, je te croirai, je n'ouvrirai jamais cette porte.

« Madame de Merret prit le crucifix et dit :

« — Je le jure.

« — Plus haut, dit le mari, et répète: «Je jure devant Dieu qu'il n'y a personne dans ce cabinet.»

« Elle répéta la phrase sans se troubler.

« — C'est bien, dit froidement M. de Merret.

« Après un moment de silence :

« — Vous avez une bien belle chose que je ne vous •connaissais pas, dit-il en examinant ce crucifix •d'ébène incrusté d'argent, et très artistement sculpté.

0 — Je l'ai trouvé chez Duvivier, qui, lorsque cette troupe de prisonniers passa par Vendôme l'année dernière, l'avait acheté d'un religieux ■espagnol.

« — Ah! dit M. de Merret en remettant le crucifix au clou.

«Et il sonna. Rosalie ne se fit pas attendre. M. de Merret alla vivement à sa rencontre, l'emmena dans l'embrasure de la fenêtre qui donnait sur le jardin, et lui dit à voix basse:

« — Je sais que Gorenflot veut t'épouser, la pauvreté seule vous empêche de vous mettre en ménage, et tu lui as dit que tu ne serais pas sa femme s'il ne trouvait moyen de se rendre maître maçon. ... Eh bien, va le rliercher. dis-lui de

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venir ici avec sa truelle et ses outils. Fais en sorte de n'éveiller que lui dans sa maison; sa fortune passera vos désirs. Surtout sors d'ici sans jaser, sinon. . . .

« Il fronça le sourcil. Rosalie partit, il la rappela.

« — Tiens, prends mon passe-partout, dit-il.

« — Jean ! cria M. de Merret d'une voix tonnante dans le corridor.

« Jean, qui était tout à la fois son cocher et son homme de confiance, quitta sa partie de brisque et vint.

« — Allez vous coucher tous, lui dit son maître en lui faisant signe de s'approcher.

"Et le gentilhomme ajouta, mais à voix basse:

« — Lorsqu'ils seront tous endormis, endormis, entends-tu bien! tu descendras m'en prévenir.

(( M. de Merret, qui n'avait pas perdu de vue sa femme, tout en donnant ses ordres, revint tranquillement auprès d'elle devant le feu, et se mit à lui raconter les événements de la partie de billard et les discussions du cercle. Lorsque Rosalie fut de retour, elle trouva M. et madame de Merret causant très amicalement. Le gentilhomme avait récemment fait plafonner toutes les pièces qui composaient son appartement de réception au rez-de-chaussée. Le plâtre est fort rare à Vendôme, le transport en augmente beaucoup le prix; le gentilhomme en avait donc fait venir une assez grande quantité sachant qu'il trouverait toujours bien des acheteurs pour ce qui lui en resterait. Cette circonstance lui inspira le dessein qu'il mit à exécution.

« — Monsieur, Gorenfiot est là, dit Rosalie à voix basse.

« — Qu'il entre ! répondit tout haut le gentilhomme picard.

« Madame de Merret pâlit légèrement en voyant ]e maçon.

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« — Gorenflot, dit le mari, va prendre des briques sous la remise, et apportes-en assez pour murer la porte de ce cabinet; tu te serviras du plâtre qui me reste pour enduire le mur.

« Puis, attirant à lui Rosalie et l'ouvrier:

«Écoute, Gorenflot, dit-il à voix basse, tu coucheras ici cette nuit. Mais, demain matin, tu auras un passeport pour aller en pays étranger, dans une ville que je t'indiquerai. Je te remettrai six mille francs pour ton voyage. Tu demeureras dix ans dans cette ville; si tu ne t'y plaisais pas, tu pourrais t'établir dans une autre, pourvu que ce soit du même pays. Tu passeras par Paris, où tu m'attendras. Là, je t'assurerai par un contrat six autres mille francs qui te seront payés à ton retour au cas où tu aurais rempli les conditions de notre marché. A ce prix, tu devras garder le plus profond silence sur ce que tu auras fait ici cette nuit. — Quant à toi, Rosalie, je te donnerai dix mille francs qui ne te seront comptés que le jour de tes noces, et à la condition d'épouser Gorenflot; mais, pour vous marier, il faut se taire. Sinon, plus de dot.

« — Rosalie, dit madame de Merret, venez me coiffer.

« Le mari se promena tranquillement de long en large, en surveillant la porte, le maçon et sa femme, mais sans laisser paraître une défiance injurieuse. Gorenflot fut obligé de faire du bruit. Madame de Merret saisit un moment où l'ouvrier déchargeait des briques, et où son mari se trouvait au bout de la chambre, pour dire à Rosalie:

« — Mille francs de rente pour toi, ma chère enfant, si tu peux dire à Gorenflot de laisser une crevasse en bas.

«Puis, tout haut, elle lui dit avec sang-froid:

« — Va donc l'aider!

« M. et madame de Merret restèrent silencieux

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