ORIGINE DU LION, DU CHAT ET DU RAT
(21Î Ce conte, dont le texte zouaoua est inédit, est tiré du manuscr. n° 17, fonds berbère de la Bibliothèque nationale.
l3. — SALOMON El LE GRIFFON
(22) Le texte berbère de cette légende, dicté à Tlemcen en i883 par Ahmed ben Mohammed de Aïn Sfisifa, a été publié avec la transcription dans mon Recueil de textes et de documents relatifs à la philologie berbère (Bulletin de correspondance africaine, i885, p. 413-416).
(2 3) Les deux pays de Djabersa et de Djaberqa sont placés par les musulmans aux deux extrémités, orientale et occidentale, de la terre. D'après Yaqout (Mo'djem el Boldân, t. II, p. 2), les Juifs racontent que Djabersa est à l'extrémité orientale du monde et qu'une partie des leurs s'y réfugia lors de la guerre de Talout (Saûl) ou de Bokht Naçr (Nabuchodonosor). Suivant d'autres
I 5o NOTES
traditions, c'est à Djabersa que vivent les restes des Thamoudites qui crurent au prophète Çalih, tandis que les descendants des AJites fidèles habitent Djabalqa. Peut-être faut-il rapprocher le conte berbère d'une légende rapportée par Qazouini {'Adjàïb el Makhlouqdt, p. 419) et Ed Deniri (Haiat el Haïoudn, t. II, p. 177). Wanqa (griffon) du Maghreb vivait autrefois au milieu des hommes auxquels il causait toute espèce de dommage : un jour enfin, comme il avait enlevé une fiancée avec ses parures, le prophète Hanzhala ou, suivant d'autres, Khaled, fils de Sinan, qui vivait chez les Benou *Abs, invoqua Dieu qui transporta le griffon dans une des îles de l'Océan, au-delà de la ligne équinoxiale, où les hommes ne pouvaient aborder et où il ne trouva que des éléphants, des rhinocéros, des buffles et toute espèce de bêtes féroces et d'oiseaux de proie. Le prophète Hanzhalah vivait, au dire des Arabes, entre Jésus-Christ et Mohammed : quelques traditionnistes, entre autres Es Soheïli, rapportent qu'il fut envoyé par Dieu, aux environs d'Aden, pour ramener à la foi les restes des Thamoudites (cf. la légende qui les fait vivre à Djabersa}; ceux-ci avaient pour idole le cadavre d'un de leurs rois, mort et embaumé, dans lequel Satan s'était glissé et se faisait adorer. Mas'oudi (Prairies d'or, t. IV, p. 10 et i5-2o) mentionne aussi les fables relatives à Y Anqa ravisseur, attribuées au traditionniste Ibn 'Abbâs.
(24} Ce conte, que je n'ai retrouvé dans aucune des légendes arabes relatives à Salomon, renferme plusieurs traits puisés à des sources populaires.
L'enlèvement de la princesse par le griffon rappelle celui de Sourya-bai par des aigles qui remportent dans une habitation établie au haut d'un arbre (Miss Bartle Frère, Old Deccan days). Cf. d'autres exemples dans H. Husson, La chaîne traditionnelle, p. 102. Dans un conte albanais, le Soleil s'empare d'une jeune fille, et la transporte dans son palais, puis, sur ses plaintes, il la renvoie à sa mère (Dozon, Contes albanais, n° 7, La Fille promise au Soleil). Quant au procédé employé par le prince pour revenir à la cour de Salomon, il paraît imité de celui auquel eut recours Sindbad le marin dans son second voyage (cf. Les voyages de Sindbad le marin publiés par Langlès à la suite de la Grammaire de la langue arabe par Savary, p. 480-482) : de même Djouchah, dans la ville des Juifs, cousu dans la peau d'une mule, est enlevé par un oiseau et transporté dans la vallée des pierres précieuses (Trébutien, Contes inédits des Mille et une Nuits, t. II, Histoire de Haçan de Basra, p. 194 et suiv.). Cf. aussi Dévie, Le pays des Zendjs, p. 247 et suiv. On serait tenté de chercher l'original du siratagème de Sindbad dans l'aventure de Lohayangha, endormi dans le cadavre d'un éléphant, poussé au Gange par la pluie et transporté à Lanka par un oiseau de l'espèce fabuleuse des Garoudas (Brockhaus, Die Masrchensammlung des Somadeva Bhatta aus Kaschemir, t. I, p. 121); il est cependant à remarquer qu'Hérodote (Histoires, 1. III, ch. exi) mentionne ce procédé, employé par les marchands qui recueillent Sindbad, pour se procurer, non des pierres précieuses, mais du cinnamome.