UEDDOU
(112) Le texte zouaoua de ce conte, extrait du ms. n° 1, fonds berbère de la Bibliothèque Nationale, a été publié dans mon Manuel de langue kabyle ( Textes , p. 20-22).
(113) En kabyle, Beddou signifie commencement et Amkammel, celui qui complète. De là le jeu de mots analogue à celui qu’on rencontre dans le conte du Renard parrain. Cf. pour un vol de ce genre, une anecdote tirée du lAdjaib el Mouasir et traduite par Cardonne ( Mélanges de littérature orientale, x. II, p. 5q).
C 1 1 4; Cet épisode est peut-être à rapprocher d’un semblable, dans le conte albanais de Mosko et Tosko (Dozon, Contes populaires albanais , p. 166).
(11 5) Une partie des aventures de Beddou et d’Amkammel leur est commune avec ‘Ali et Ou ‘Ali (Rivière, Contes populaires de la Kabylie du Jurjura, p. 20).
Cette donnée d’un arbre poussant sur un cadavre, généralement mort assassiné, et en qui revit le défunt est fréquente dans les mythes et les contes indo-européens et manque dans les traditions sémitiques. Dans le conte égyptien
NOTES
des Deux Frères, deux gouttes de sang du taureau égorgé par ordre de la reine, donnent naissance à deux perséas, qui ne sont autres que Bitiou sous une nouvelle forme (Maspéro, Contes populaires de l’Egypte ancienne, p. 25 ; Cosquin, Un problème historique à propos du conte des deux frères j. On connaît dans l’antiquité la métamorphose d’Hyacinthe en fleur (Ovide, Métamorphoses, 1. X, 162-219), et l’assassinat de Polydore, fils de Priam, du cadavre duquel sort un cornouiller (Virgile, Enéide, \. III); dans le conte indien du Roi-Grenade, des foies des deux enfants, enterrés par la Rani leur belle-mère, naît en une nuit un arbre qui donne d’abord deux fleurs, puis deux fruits renfermant le frère et la sœur (Maive Stokes, Indian fairy taies , n° 11, p. 1 o- 1 i) ; de même dans la variante de Sunkasi Rani (Maive Stokes, op. laud., p. 246), cf. également dans le même recueil, Loving Laili, p. vi ; La princesse Bel , p. 146, et dans celui de miss Bartle Frere (Old Deccan days), Sourya-bay , p. 86, Anar Rani et les deux servantes, p. 95. Chez les Slaves, la tête d’Ivan, fils du sacristain Germain, tué par ordre de sa femme Cléopâtre, donne naissance en une nuit à un pommier portant des fruits d’or (Rambaud, La Russie épique , p. 38o); cf. Chodzko, Chants historiques de l’Ukraine, p. 3o, et les métamorphoses successives d’Eisenlaci, en cheval, en arbre et en poisson d’or (Stier, Ungarische Sagen und Mærchen, n° xv) et celle de la jeune fille en poisson d’or dont une écaille produit un arbre (Stier, op. laud., n° xm, Les trois oranges). Un autre conte, ma-
gyar nous montre deux enfants métamorphosés, tués par la femme qui voulait mettre sa fille sur le trône à la place de leur mère, renaissant sous la forme de deux poiriers, puis de deux chevreaux (A. Gaal et Stier, Ungarische Volksmœrchen, n° vu). Ct. un récit magyar où une princesse assassinée reparaît dans un érable {A. de Gubernatis, La mythologie des plantes , t. II, p. I2g-i3i). Dans le conte valaque des enfants d’Or (Schott, Walaschiche Mœrchen, p. 122), des têtes des deux enfants égorgés sortent deux pommiers avec des fruits d’or; chez les Saxons de Transylvanie, ce sont deux pins en qui reparaissent les mêmes victimes (Haldtrich : Deutsche Volksmœrchen ans Sachsenlande in Siebenbürgen , n° 1). D’après les Slaves de Silésie, la chicorée (c^ekanka) naît, du cadavre de la fille du magicien Bâtir, qui portait le même nom et qui se tue sur le tombeau de son ami (A. de Gubernatis, La mythologie des plantes, t. II, p. 92). En Allemagne, de trois gouttes de sang du berger, tué sous la forme d’un cheval par la princesse qui veut lui prendre son épée magique, pousse, en une nuit, un cerisier (Wolf, Deutsche Hausmœrchen , p. 394). Dans le Mecklembourg, c’est un chardon portant des mains, des bras et des têtes d’homme jusqu’au nombre de douze, qui sort chaque jour, à midi, du corps d’un individu assassiné (A. de Gubernatis, La mythologie des plantes , t. II, p. 61) : un sorbier, d’après une tradition islandaise recueillie à Mœduffel, pousse sur les cadavres de deux jeunes gens injustement mis à mort (A. de Gubernatis, d’après Mannhardt, op. laud.t t. II, p. 333). Lé
conte breton des Sept garçons et leur sœur nous montre les sept frères « tournés en Sarrasins » pour avoir mangé de la soupe dans laquelle leur sœur avait mis un poireau cueilli dans le jardin à l’endroit où était enterré le Sarrasin (P. Sébillot, Contes des paysans et des pêcheurs , n°xxvu, bis). Dans les Lusiades (ch. vm), Camoens fait déjà mention du palmier poussé sur la tombe du chevalier Henrique; d’après un romance portugais (La princesse pèlerine) sur les tombes de la princesse et du chevalier son amant, poussent des pins et des roseaux qui soupirent ensemble : • en vain la femme du chevalier les fait couper, ils renaissent chaque nuit (De Puymaigre, Romanceiro , choix de vieux chants portugais, n°iv). Un miracle analogue se reproduit dans le romance du conte Millo : les pins et les roseaux sont remplacés par un cyprès et un oranger (De Puymaigre, Romanceiro, choix de vieux chants portugais, n° xii). Dans le conte grec du Seigneur et ses trois fillles, l’une d’elles fait tuer son père, mais sur la tombe du seigneur pousse un pommier : un des fruits mangés par la parricide la rend enceinte (Legrand, Contes populaires grecs, p. iioni).