XXXII. — VEI (i
l'éléphant et le dalm (2)
'"ÉLÉPHANT et d'autres animaux allèrent travailler et le daim leur dit :
— Venez à mon travail!
— Non, dit l'éléphant, ils vont à mon ouvrage. Le daim reprit :
— Je troublerai votre travail.
Alors il prit sa harpe et alla s'asseoir à côté du chemin. Il commença à jouer de la harpe ; les animaux vinrent et se mirent à danser. Mais quand il eut joué un certain temps, ils s'assirent à côté de lui et n'allèrent plus travailler. L'œuvre fut troublée ce jour-là : ils ne revinrent plus. L'éléphant demanda :
(i) Les Veï ou Vaï sont une population de langue apparentée au malinkhé, ils habitent près du cap Gallinas (république de Libéria).
(2) Kœ'le, Oiitlitits of a Grammar of the Vit /anji/ir^s, London, Church Missionnary house, 1854, in-8, p. 68.
— Qu'est-ce qui est arrivé, que vous ne venez pas et que vous ne travaillez pas ?
— Le daim répondit :
— J'ai dit que vous veniez à mon travail : tu as dit: non. Alors j'ai troublé ton ouvrage. L'éléphant dit :
— C'est vrai :
Ils ne firent plus rien ce jour-là.
C'est fini.
l'araignée (i)
jL était une araignée et une grande famine vint dans le pays, de sorte qu'il n'y avait ^"^ ni riz, ni cassave, ni bananes, ni choupalmiste, ni viande, ni nourriture. Une grande famine était venue dans le pays. Pendant longtemps, l'araignée et sa femme avaient eu des enfants, des centaines d'enfants. Il n'y avait pas dans le pays de nourriture à leur donner. L'araignée tomba malade ; elle fit semblfint d'être malade et dit à sa femme :
— Je vais mourir.
(i) Kœlle, Oulliiies pfa Grammar of ihe Vei laiiguage, p. 69-
— Ne meurs pas, dit la femme, nous Travaillerons.
— Non, dit l'araignée, je vais mourir.
Et elle ajouta :
— Lorsque je serai morte, ne me mets pas ici, mais dépose-moi dans un trou, place sur moi des planches sur lesquelles tu entasseras de la terre.
La femme y consentit. L'araignée mourut. La femme dit à ses enfants :
— Creusez un trou.
Ils creusèrent un trou et y mirent l'araignée ; ils ne la laissèrent pas là, mais ils la mirent dans le trou et ils le couvrirent avec des planches. Quand le soir arriva, l'araignée sortit du trou et alla loin dans le pays. Elle était encore vivante, elle n'était pas morte. Elle marcha et trouva une femme considérable ; une fe'mme-chef. La femme possédait beaucoup de riz ; il y avait beaucoup de riz dans sa ferme ; il y en avait beaucoup dans son magasin et il y avait beaucoup de cassave dans la ferme. La femme était stérile; elle n'avait pas d'enfants. L'araignée demanda :
— Ma mère, où sont tes enfants ?
— Je n'en ai pas, répondit-elle.
— J'ai une médecine, dit l'araignée, je te la donnerai, tu la boiras, de sorte que tu pourras devenir enceinte et enfanter.
— Donne-moi la médecine, dit la femme : si
l80 CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE
j'enfante et si j'ai un fils, je te donnerai un hangar plein de riz, deux plantations de cassave et une grande quantité de bananes.
L'araignée accepta en raison de la famine. Elle s'en alla chercher la médecine et s'en revint à la ville. La femme avait tué un bouc et cuit du riz pour l'araignée ; elle lui dit :
— Araignée, voici du riz pour toi.
L'araignée mangea le riz et fut complètement
satisfaite. Alors elle mit la médecine dans un pot, y versa de l'eau et y mêla la médecine. Elle dit à la femme :
— Apporte une bande d'étoffe.
Elle attacha avec cela les yeux de la femme et dit :
— Attention ! bois la médecine. Quand tu l'auras bue, tu ne me verras plus; je m'en irai loin. Dans six mois, tu donneras naissance à un enfant mâle et je viendrai de façon que tu puisses me donner du riz et tous mes vivres.
La femme consentit; elle prit le pot et but la médecine. L'araignée sauta dans le pot et la femme l'avala. L'araignée était dans son corps. La femme donna naissance à un enfant : c'était l'araignée. La femme lui donna de l'eau à boire, elle fit cuire d'excellent riz et le donna à manger à l'araignée. Celle-ci avait été en elle, c'était elle l'enfant. La femme ne le savait pas.
Il y a dans la forêt un animal qu'on appelle le daim; il est rusé. Il dit :
— Je vais aller voir l'enfant de la femme ; pendant six mois, il a mangé le riz de la femme.
Le daim arriva et dit :
— Mère, je suis venu pour voir ton enfant. La femme le lui passa. Il le regarda et vit que
c'était l'araignée. II la remit à la femme : celle-ci la prit et lui mit des vêtements. Le daim s'en alla à la ville, prit une baguette, s'en revint, enleva les vêtements de l'enfant et le fouetta fort. L'enfant se sauva et s'en alla. Le daim dit à la femme :
— C'était l'araignée; ce n'était pas un enfant: l'araignée était un imposteur.
L'araignée alla trouver sa femme ; tout le riz de sa femme avait mûri ; elle avait beaucoup de poules. Elle pila du riz et ses enfants tuèrent le bétail. La femme tit cuire le riz ; elle fit cuire la viande; elle mit le riz dans un plat et la viande dans le riz. L'araignée vint un soir et trouva sa femme qui mangeait du riz. Il lui poussa la main, passa et s'arrêta. La femme mit sa main dans le riz. L'araignée recommença à lui retirer le bras et lui dit :
— Je suis morte depuis longtemps : je suis revenue.
La femme ne répondit pas. Son fils lui dit :
l82 CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE
— Ma mère, c'est mon père.
— Non, répondit-elle, ton père est mort depuis longtemps.
L'araignée vint et dit à la femme :
— Je suis l'araignée.
— L'araignée est morte depuis longtemps. L'araignée est un imposteur.
C'est fini.
XXXIIL — OUOLOF (i).
LA HYÈNE, LE BCEUF ET l'ÉLÉPHANT {2)
)NE hyène, courant toutes les nuits pour chercher sa nourriture, tomba dans un grand trou ; elle avait beau grimper poursortir; c'était peine inutile. Lorsque le jour fut venu, on l'entendit hurler de loin. Un bœuf, touché de compassion, s'approcha de l'abime et reconnut l'infortunée. Son cœur fut ému, mais il n'osait lui porter secours. La hyène le pria, au nom de Dieu, de la délivrer du danger, en lui
(i) Les Ouolofs habitent tout le bas Sénégal, Saint-Louis et la région au sud jusque Dakar.
(2) Boilat, Grammaire de la langue wolojfe, Paris, irap. imp., l8;8, in-8, p. 397-399-
CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE i83
offrant le bout de sa queue pour qu'elle pût s'y accrocher. Le bœuf lui répondit qu'il regrettait de ne pouvoir lui rendre ce service, parce qu'aussitôt qu'elle serait sortie du trou, elle pourrait le dévorer. La hyène jura qu'elle ne le trahirait jamais. Le bœuf, se fiant à ses promesses, lui présenta le bout de sa queue, mais, à peine la hyèns fut-elle hors de danger, qu'elle se jeta sur le bœuf pour le tuer. Heureusement pour ce dernier, un éléphant vint à passer et, entendant une dispute très animée, il s'approcha et résolut d'y mettre de l'ordre.
— Je vais dit-il, vous rendre justice: arrêtezvous un instant, que j'examine la question pour savoir qui a raison de vous deux.
Après les avoir entendus, l'un et l'autre, il leur dit:
— Cette affaire est difficile à vider; il est nécessaire avant tout que chacun retourne où il était, et je jugerai.
Aussitôt il ordonna à la hyène de retourner dans le trou, ce qui fut fait.
Le bœuf, débarrassé, continua sa route et la hyène fut forcée de périr dans l'abîme.
La morale de cette fable est que l'ingratitude est un crime horrible et qu'un juite châtiment l'atteindra tôt ou tard.
184 CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE
LE LIÈVRE ET LES MOINEAUX (l).
[e lièvre, le plus malin des animaux, alla un jour demander à Dieu de le rendre plus fin. Pour le congédier, Dieu lui dit d'abord d'aller remplir de moineaux une gourde et de revenir. Le lièvre se rendit près d'une fontaine et y passa sa journée en méditation. Quand le soir fut venu, les oiseaux, que la chaleur du jour avait forcés de se cacher, sortirent pour se rafraîchiir; les moineaux, spécialement, vinrent voltiger, gazouiller près de la source et s'y désaltérer. Le lièvre se dit tout bas:
— Voilà l'occasion de les attraper I
Il saute, et, faisant semblant de discuter:
— Non, non, dit-il: oui, oui; pardonnez-moi, jamais, ça n'aura pas lieu ; c'est impossible ; pourquoi pas?
Les moineaux, surpris, lui demandèrent le sujet de sa discussion; il répondit qu'il vouhiit savoir si sa gourde était assez grande pour les contenir tous:
— Nous y tiendrions sans être gênés, répliquèrent les moineaux; nous sommes si petits.
(i) Boilat, Grammaire dchi latigue uvlolfr, p. 402-404.
CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE i85
Aussitôt l'un d'eux entra, un second suivit, puis un troisième ; enfin, tous y trouvèrent place.
Le lièvre, sans perdre de temps, ferma sa gourde et alla trouver l'Être suprême ; mais Dieu, le frappant sur la tête, le renvoya en disant:
— Halte-là! si j'augmentais ton esprit, tu bouleverserais le monde,
La morale de cette fable est qu'il faut se contenter de sa condition et que l'ambition cause la ruine d'un grand nombre d'hommes.