‹ Contes populaires dAfriqueChapitre 51 sur 107 · XLIV. — YOROUBA (i · texte numérisé non relu

XLIV. — YOROUBA (i

a) Nago.

LE LÉZARD ET LA TORTUE (2) Mon ah (récit) a trait au lézard.

i famine sévissait: nulle part on ne trouvait de quoi manger. Le lézard s'en va à la campagne et finit par découvrir une grande pierre remplie d'ignames. Orlemaître

(l ) Le yorouba est parlé sur toute la rive gauche du bas-Niger.

(2) Bouche, Elude sur /a /<7nçrHt- no^o, Bar-le-Duc, i58o,in-S. P- 43 ■49-

2l8 CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE

du champ était derrière la pierre et le lézard l'entendit quand il voulut entrer dans la pierre et il saisit toutes ses paroles. Le fermier étant entré dit :

— Pierre, ouvre-toi.

Etant sorti, il ajouta:

— Pierre, ferme-toi.

Le lézard ayant tout entendu rentra chez lui.

Le lendemain, au premier chant du coq, il va voler des ignames, les porte à la maison et les mange à loisir.

Tous les jours, il agissait de la sorte. Une fois la tortue le rencontre et lui dit:

— Mon ami, où donc as-tu pu trouver ainsi de quoi manger ?

— Je me garderai bien de t'y mener, répond le lézard, on me tuerait.

— Mène-m'y ; je n'en soufflerai mot à personne.

— C'est bien, dit le lézard.

Puis il ajouta :

— Quand le coq aura chanté, viens m'éveiller et nous partirons.

Cela dit, la tortue et le lézard se retirèrent chacun de leur côté. Le coq n'avait pas chanté encore, que la tortue était déjà près de la case du lézard, disant :

— Kékéréké.

Elle le fait une seconde fois et court appeler le lézard. Elle lui dit que le coq avait chanté; mais le lézard lui demanda de le laisser se reposer ; aucun coq ne s'étant fait entendre encore.

— C'est bien, dit la tortue.

Us se couchent de nouveau jusqu'au moment où le coq chante en effet. Alors le lézard se lève et ils partent. Arrivés à l'endroit, le lézard dit:

— Pierre, ouvre-toi.

Et la pierre s'ouvre. Quand le lézard eut pris autant d'ignames qu'il en voulut, il sortit et demanda à la tortue de partir. La tortue le pria d'attendre un instant':

— Je viens, dit-elle.

Et le lézard :

— C'est bien.

Et il rentra chez lui

Cependant la lortuese chargea d'ignames. Elle en mit sur sa tête ; elle s'en attacha aux pieds, aux bras, aux cheveux; elle pliait sous le faix. Depuis longtemps, déjà, le lézard était rentré chez lui ; il avait allumé du feu et s'était étendu à côté, les pattes en l'air, comme quelqu'un qui vient de mourir.

Et la tortue était là près de la pierre, ne sachant que dire pour faire ouvrir la pierre. Et elle s'épuisait à crier de longues heures durant.

Le fermier surs'ient ; il saisit la tortue et la

frappe jusqu'à la laisser pour morte. La tortue finit par déclarer que le lézard l'a amenée. Et le fermier de la lier et de la conduire chez le lézard. Le fermier trouve le lézard étendu comme un mort.

— La tortue, dit-il, prétend que c'est toi qui l'as menée dans mon champ pour voler des ignames.

— Voyons, répliqua le lézard; vous semble-t-il que je sois en état de voler des ignames ? Depuis trois mois que je suis couché ici, je ne connais aucun champ.

Le fermier saisit la tortue et la tua. 11 l'avait laissée morte. Et la tortue de dire :

— Cancrelas, raccommode-moi, fourmi, viens me raccommoder.

C'est à l'endroit où la fourmi et le cancrelas la raccommodèrent que la tortue est toute raboteuse

b) Egba.

LA LÉGENDE DE LA PLANTATION DU MAÏS (l)

• ES narrations rapportent que Kesi.Kemta, Ake sont les villes qui furent d'abord fondées dans la forêt d'Egba. Après cela, les autres villes se hâtèrent de jeter leurs fondements. Comme elles étaient toutes en paix, elles songèrent à nommer un roi parmi elles. Lorsqu'elles consultèrent r//ij(le sort), celui-ci désigna un homme qui se nommait Odjoko et qui était un ami du chef des habitants de Kesi. Alors ils le firent roi. A cette époque, les moyens de se nourrir n'étaient pas nombreux dans toutes les autres villes : le maïs existait seulement à Kesi, car il poussait uniquement là.

Le roi Odjoko avait dit à ses gens qu'ils ne devaient pas vendre de grains aux autres Egbas si auparavant on ne l'avait trempé dans l'eau chaude. Peu après, le chef d'Ake donna sa fille Adechikou en mariage au roi Odjoko.

(i) Mann, Eine gcschichtliche Sage a us der Zeit der ersien Niedcrlassungen der b'gba ap. Bûttner, Zeilschrifl fur afrikaiiische Sprachen, Berlin, Asher, t. II, 1888-1889, in-8, p. 209-216.

Par elle, les centres egbas apprirent la ruse employée contre eux. Un jour, l'Alaka demanda à sa fille de lui montrer comment il pourrait réussir à planter du bon grain dans son champ. La fille lui répondit :

— Père, tu sais bien qu'ici il est expressément défendu de livrer du bon grain par toutes les douanes de la ville : quiconque transgresse cette défense mérite la mort ; mais à cause de l'affection que je te porte, comme ton enfant, je vais faire une tentative, quand même elle devrait me coûter la vie.

Alors elle commença à penser à la manière de s'y prendre pour arriver à son but. Il lui vint l'idée suivante. Deux jours après, elle fit dire à son père de lui envoyer trois poulets. Quand ils furent arrivés, elle les nourrit avec beaucoup de grains; elle fit dire à son père par Je messager de les tuer, de rassembler les grains qui étaient dans leurs intestins et de les planter. Le père le fit et s'étonna de voir les grains pousser ainsi dans son champ, mais il n'en dit rien à personne jusqu'à ce que le grain eût des épis et fût mûr.

Après que l'Alaka eut fait décortiquer ce maïs, il en envoya à tous les Egbas pour en planter. Ceux-ci le firent, le rassemblèrent, le mangèrent et s'étonnèrent de voir le maïs pousser aussi dans leur champ comme toujours il croissait à Kesi.

CONTES POPILAIRES D AFRIQIE

Ils tinrent une assemblée et, dans leur colère, ils décidèrent de faire la guerre à Idjoko où habitait alors Odjoko : ils détruisirent la ville et tuèrent beaucoup d'habitants pour se venger à cause du grain.

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