‹ Contes populaires dAfriqueChapitre 75 sur 107 · LXX. — SESOUTOCO · texte numérisé non relu

LXX. — SESOUTOCO

KAMMAPA ET LITUOLONE (2)

jN dit qu'autrefois, tous les hommes périf*^M rent. Un animal prodigieux, qu'on nomme Kammapa, les dévora, grands et petits.

Cette béte était horrible; il y avait une distance si grande d'une extrémité de son corps à l'autre,

(i) Le Sesouto est parlé par les Ba-Souto qui habiient, dans l'Afrique australe anglaise, sur les confins du Natal et de l'anci enne république du Fleuve Orange.

(2) Casalis, Les Bassoulos, Paris, i8éo, in-12, Sandoz, p. 363- 3és.

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que les yeux les plus perçants pouvaient à peine l'embrasser tout entière. Il ne resta sur la terre qu'une femme qui échappa à la férocité de Kammapa en se tenant soigneusement cachée. Cette femme conçut et enfanta un fils dans une vieille étable à veaux. Elle fut très surprise, en le considérant de près, de lui trouver le cou orné d'amulettes divinatoires.

— Puisqu'il en est ainsi, dit-elle, son nom sera Litaolané, ou le Divin. Pauvre enfant ! Dans quel temps est-il né ! Comment échappera-t-il à Kammapa ? Que lui serviront ses amulettes?

Elle parlait ainsi en ramassant dehors quelques brins de fumier qui devaient servir de couche à son nourrisson. En rentrant dans l'étable, elle faillit mourir de surprise et d'effroi. L'enfant était déjà parvenu à la stature d'un homme fait et il proférait des discours pleins de sagesse. II sort aussitôt et s'étonne de la solitude qui règne autour de lui.

— Ma mère, dit-il, où sont les hommes ? N')' a-t-il que toi et moi sur la terra ?

— Mon enfant, répond la femme en tremblant, les hommes couvraient, il n'y a pas longtemps, les vallées et les montagnes, mais la bête, dont la voix fait trembler les rochers, lésa tous détruits.

— Où est cette bête ?

— La voilà tout près de nous.

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Litaolané prend un couteau et, sourd aux prières de sa mère, il va attaquer le mangeur du monde. Kammapa ouvre son épouvantable gueule et l'engloutit, mais l'enfant de la femme n'est pas mort; il est entré, armé de son couteau, dans l'estomac du monstre et lui déchire les entrailles. Kammapa pousse un horrible mugissement et tombe. Litaolané commence aussitôt à s'ouvrir un passage; mais la pointe de son couteau fait pousser des cris à des milliers de créatures humaines, enfermées vivantes avec lui. Des voix sans nornbre s'élèvent de toutes parts et lui crient :

— Prends garde, tu nous perces.

Il parvient cependant à pratiquerune ouverture par laquelle les nations de la terre sortent avec lui du ventre de Kammapa. Les hommes, délivrés de la mort, se disent les uns aux autres :

— Qui est celui-ciqui est né delafemme seule et qui n'a jamais connu lesjeuxde l'enfance? D'où vient-il? C'est un prodige et non un homme. Il ne saurait avoir de part avec nous : faisons-le disparaître de la terre.

Cela dit, ils creusèrent une fosse profonde, la recouvrirent à su surface avec un peu de gazon, et placèrent un siège dessus ; puis, un envoyé courut vers Litaolané et lui dit :

— Les anciens de ton peuple se sont assemblés etdésirentque tu viennes t'asseoir au milieu d'eux.

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L'enfont de la femme y alla ; mais, en passant près du siège, y poussa adroitement un de ses adversaires, qui disparut pour toujours. Les hommes dirent encore :

— Litaolané a l'habitude de se reposer au soleil près d'un tas de roseaux ; cachons un guerrier armé dans les roseaux.

Cette embûche ne réussit pas mieux que la première. Litaolané n'ignorait rien et sa sagesse confondaittoujours la malice de ses persécuteurs. Plusieurs d'entre eux, en tcàchant de le jeter dans un grand feu, y tombèrent eux-mêmes. Un jour qu'il était vivement poursuivi, il arriva au bord d'une rivière profonde et se métamorphosa en pierre ; son ennemi, surpris de ne pas le trouver, saisit cette pierre et la lança sur la rive opposée, en disant :

— Voilà comme je lui casserais la tête si je l'apercevais sur l'autre bord.

La pierre redevint homme, et Litaolané sourit sans crainte à son adversaire qui, ne pouvant plus l'atteindre, exhala sa fureur par des cris et des gestes menaçants.

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SÉÈTÈTÈLANÉ (l)

j^L y avait un homme extrêmement pauvre, nommé Séètètèlané. II n'avait pas même une femme. Use nourrissait uniquement de souris sauvages; son manteau était fait de peaux de souris sauvages ainsi que sa 5e/j<3 (sorte de caleçon). Un jour qu'il était allé à la chasse des souris sauvages, il trouva un œuf d'autruche et dit :

— Cet œuf, je le mangerai lorsque le vent viendra de là-bas. 11 le serra au fond ae sa hutte.

Le lendemain, il alla, comme d'habitude, à la chasse des souris sauvages. A son retour, il trouva du pain qu'on venait de cuire, du yoala qu'on venait de préparer. II en fut amsi pendant plusieurs jours de suite. Il disait :

— Séètètèlané, est-ce que réellement tu n'aurais pas de femme ? qui, si ce n'est ta femme, aurait pu te cuire ce pain ou te préparer le yoala ?

Enfin, un jour, une jeune femme sortit de cet œuf et lui dit :

(i) E. ]îconei, Coiiti's populaires des Bassoulos, Paris, E. Leroux, 1S95, in-iS, p. 259-262.

CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE Si/

— Séètètèlané, quand bien même tu serais ivre àeyoala, ne m'appelle jamais fille d'un œuf d'autruche.

A partir de ce moment, cette femma devint la femme de Séètètèlané. Un jour elle lui dit :

— Est-ce que tu aimerais avoir des gens à toi? Il répondit:

— Oui, je l'aimerais.

Alors sa femme sortit et se mit à frapper avec un bâton à l'endroit où l'on jetait les cendres. Le lendemain, à son réveil, Séètètèlané entendit un grand bruit, comme celui d'une foule d'hommes. Il était maintenant devenu un chef et était vêtu de belles fourrures de chacal. Les gens vinrent vers lui avec empressement ; de toutes parts on lui criait :

— Salut, notre chef! salut, notre chef!

Tout le monde le saluait ainsi avec respect. Même les chiens se mettaient de la partie. Partout on entendait les beuglements des bestiaux ; Séètètèlané était chef d'un village immense. Il dédaignait maintenant ses peaux de souris sauvages ; il n'était plus vêtu que de fourrures de chacal et, la nuit, il dormait sur de belles nattes.

Un jour, comme il était ivre de yoala au point de ne plus pouvoir bouger, il cria à sa femme :

— Fille d'un œuf d'autruche !

Sa femme lui demanda :

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— Est-ce bien toi, Séètètèlané, qui m'appelles fille d'un œuf d'autruche ?

— Oui, je te le dis: tu es la fille d'un œuf d'autruche.

Le soir, il se coucha bien au chaud dans des fourrures de chacal et s'endormit profondément. Au milieu de la nuit, il se réveilla et, tâtonnant avec ses mains, il s'aperçut qu'il était couché sur le soi nu et qu'il était couvert de ses anciennes peaux de souris sauvages qui arrivaient à peine jusqu'à ses genoux; il était affreusement transi. Il s'aperçut aussi que sa femme n'était plus là et que tout son village avait disparu. Alors, il se rappela tout et s'écria :

— Hélas ! que vais-je faire? Pourquoi ai-je dit à ma femme : Tu es la fille d'un œuf d'autruche?

Il était redevenu un homme extrêmement pauvre, sans femme ni enfant. Il vieillit ainsi, ayant toujours pour seule nourriture la chair des souris sauvages et se vêtant de leurs peaux jusqu'à sa mort.

CONTES POPLLAIRES d'aFRIQUE SiQ

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