LXXXI. — FIOTE (i
l'origine des blancs et des nègres (2) L y a bien longtemps, le Mani-pouta eut
deux fils : l'un se nommait Manicongo, l'autre Zonga. Leur père leur dit d'aller un matin, quand la poule chanterait, se baigner dans un lac qui se trouverait non loin de là. Zonga arriva le premier et remarqua avec étonne-
(1) Le fiote est parlé à l'embouchure du Congo, sur les territoires belge, portugais et français.
(2) Ch. Jeannest, Quatre années au Congo, Paris, Charpenlier, 1885, in-12, p. 97-98.
378 CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE
ment qu'à mesure qu'il entrait dans l'eau, il devenait blanc. Manicongo rejoignit bientôt son frère et, à son tour, se baigna, mais il resta tout noir. Ils revinrent alors au chimbek (case) de leur père qui, leur montrant différents objets étalés par terre, leur dit de choisir ce qui leur convenait. Zonga prit du papier, des plumes, une longue-vue, un fusil, de la poudre. Manicongo préféra, lui, des bracelets en cuivre, des cimeterres en fer, des arcs, des flèches. Leur choix terminé, ils ne purent continuera vivre ensemble où ils étaient, dans l'intérieur de l'Afrique, et leur père, au bout de quelque temps, résolut de les séparer. Ils parurent et marchèrent longtemps, longtemps. Un jour, ils aperçurent la mer. Zonga s'en alla par de là l'Océan; ce fut le père des blancs. Manicongo resta : ce fut le père des nègres.
POURQUOI LE CROCODILE NE MANGE PAS LA POULE (l)
L y avait une certaine poule qui avait l'ha-
•^ bitude de descendre chaque jour sur le
bord de la rivière pour y ramasser des
(i) Dennett, Nd/« on Ihc foUt-lore of Ihc FjorI {Fren.h Congo), Londres, D. Nutt, 1898, in-8, p. 106-107.
débris de nourriture. Un jour, un crocodile vint près d'elle et menaça de la manger. Alors elle cria :
— O frère, ne le faites pas.
Le crocodile fut si surpris et si troublé par son cri qu'il s'en alla, pensant qu'il pouvait bien ■être son frère. Il revint un jour sur la rive, bien déterminé à faire son repas de la poule.
Celle-ci cria encore :
— O frère, ne le faites pas !
. — Maudite soit la poule! grogna le crocodile lorsqu'elle s'en alla encore. Comment puis-je ^tre son frère ? elle vit sur terre, et moi je vis dans l'eau.
Alors le crocodile résolut de voir Nzambi pour l'interroger et régler la question. Il se mit en route. Il n'était pas encore bien loin, quand il rencontra son ami iVlbambi (sorte de grand lézard).
— Mbambi, dit-il, je suis très troublé. Tous les jours, une jolie poule grasse vient au fleuve pour manger; chaque jour, quand je veux la saisir, l'emporter chez moi et me nourrir d'elle, elle m'effraie en m'appelant frère. Je ne peux rester ainsi plus longtemps et je vais trouver Nzambi pour tenir un palabre avec lui.
— Sot idiot, dit Mbambi, ne faites rien décela, car simplement vous perdriez vos paroles et vous
380 CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE
montreriez votre ignorance. Ne savez-vous pas, cher crocodile, que les canards vivent dans l'eau et pondent des œufs, que les tortues font de même. Moi aussi, je ponds des œufs. La poule en fait autant et vous aussi, mon stupide ami. Nous sommes donc tous frères dans un sens. C'est pour cette raison que le crocodile ne mange pas la poule.