LE POT SUR LA TETE
JL y avait une fois un homme qui uvait deux femmes: l'une s'appelait Mbango, l'autre Loko ; le nom de l'homme était Tanga.
Celui-ci aimait la seconde et ne pouvait souffrir la première. Tanga allait dans toutes les réunions ; il en était le personnage le plus important, recevait les présents à chaque assemblée et les donnait à Loko. Celle-ci faisait sa cuisine, et, quand il mangeait, il ne donnait pas la moindre chose à la pauvre Mbango qui rassemblait les os et les mettait sur le sol. Lorsqu'elle avait réuni beaucoup d'os et qu'ils étaient desséchés, elle les triturait, les cassait en petits morceaux et les mélangeait avec toute sorte déracines donton pouvait sentir de loin la bonne odeur; elle faisait cuire aussi des bananes et quand son mari était dans une réunion, elle et son enfant mangeaient un peu
(i) Le douala est parlé sur la côte occidentale d'Afrique, dans la colonie allemande du Kameroun.
(2) Meinhof, Eiu Mœrchoi ans Kciwerii», ap. Bûttner, Zciischrifl fur afrUanische Spracheii, t. III. Berlin, Asher, 1889 1890, p. 241-246.
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de bananes et du beau plat d'os. Il en était resté une assez grande quantité : elle les prit, les cacha et s'en alla aux champs après avoir dit à son fils :
— Quand ton père viendra de la maison de réunion, ne lui donne à manger que des bananes et s'il te demande: Qu'est-ce qui sent si bon, ne lui dis pas que j'ai fait cuire un beau plat d'os.
Tanga revint à la maison, entra et voulut manger. Son fils prit seulement des bananes et les lui donna comme sa mère le lui avait recommandé. Tanga flaira l'odeur qui venait du sol et demanda à son fils :
— Qu'est-ce que ta mère a fait cuire qui sent si bon?
L'enfant répondit:
— Ma mère n'a rien fait cuire de plus. Comme Tanga était assis là, son cœur n'était
pas satisfait, car il flairait la bonne odeur; il prit une échelle, monta au grenier. Là, il commença à chercher sous les pots, trouva celui où était la nourriture et le descendit. Il en prit un peu avec la cuillère et goûta ; le ragoût d'os lui parut très bon. Il en prit encore et encore, si bien qu'il mangea le tout. Quand il eut fini, le goût agréable le poussa à lécher l'intérieur du pot; mais celui-ci lui couvrit la tête et tint bon. Tanga se mit à courir çù et là, heurtant de sa tête le poteau de la case qui en craqua, afin de briser le
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pot. Mais celui-ci résista et faisait seulement Kling-Klay-ig. Mbango était alors aux champs.
Alors Tanga s'élança dans la rue et trouvant une très grosse pierre qui était là, il la heurta plusieurs fois avec sa tête. Mais le pot résonnait seulement comme s'il avait voulu dire:
— Mon excellentami, nous ne nous séparerons plus.
Mbango vint des champs et demanda à son fils:
— Qu'est-il arrivé au pot pour que ton père l'ait sur la tête?
L'enfant répondit :
— Tu m'avais recommandé de ne rien lui dire du pot. Mais il est monté au grenier pour le chercher. Quand il. en a flairé l'odeur, il a commencé par en manger, puis il a fini par le lécher avec sa langue. Alors il a eu le pot sur la tête.
Mbango entra, frappa sur sa cuisse et dit :
— O pot, aussi vrai que tu as été façonné sur cette cuisse, lâche immédiatement la tête de Tanga.
.Mors le pot s'éloigna de la tête. En se voyant délivré, Tanga saisit Mbango et se mita la battre tant et plus. Elle cria sous les coups :
— Malheur! ô pot, aussi vrai que je t'ai fait au tour, reviens sur la tête de Tanga.
De nouveau, il se plaça solidement sur sa tête
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et lui couvrit entièrement les yeux. Alors il cessa de frapper Mbango. Celle-ci se leva et, sans tarder, elle prit sa course et s'en revint dans la maison de son père. On dit bientôt qu'ils s'étaient quittés et aujourd'hui le pot est encore sur la tête de Tanga.
LE BOA ET l'homme (i)
)N oiseau parcourait la forêt en volant. Il n'avait pas de nid. Un jour il rencontra un boa qui dormait. Il vit ses œufs et résolut de les voler. Il appela le boa:
— Lève-toi ! Comment peux-tu être assez fou pour dormir? Si un homme était venu, ne t'aurait-il pas volé tes œufs ? Lève-toi, lève-toi ! Attention à tes œufs.
Le boa se leva, il donna à manger à l'oiseau. Celui-ci mangea la même nourriture : il mangea tout ce qui était préparé. Là-dessus, il lui dit :
— Boa, je voudrais te demander une petite chose. Donne-moi tes œufs: je les vendrai pour toi. Tu recevras pour cela beaucoup d'argent.
(l ) Lederbogen, Duala-Mûrchen, Mitlluiluvgat dis Semiuars fur orientaV.sche Sprachen ^u Berlin, l. IV, fasc. III, Berlin, 1901, Sreemann, in-8, p. 212-213.
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Le boa répondit :
— Non, non, je ne veux pas. Mes œufs ne sont pas à vendre pour de l'argent.
L'oiseau visitait souvent le boa. Un jour qu'il était venu le voir, il le trouva endormi. Alors il prit une épine et le piqua dans la tête. Le serpent s'éveilla. L'oiseau lui enfonça l'épine dans l'œil. Le boa se plaignit et se lamenta jusqu'à ce qu'il mourut. L'oiseau prit les œufs et les cacha dans la forêt. 11 alla dans un village, entra dans la maison d'un homme et lui dit :
— J'ai des œufs de boa ; je cherche quelqu'un qui me les achète.
L'homme lui dit :
— Je veux te les acheter.
— Allons dans la forêt pour en prendre quelques-uns tout près, dit l'oiseau.
Un autre boa sentit le voisinage des œufs :. il se mita les chercher. L'homme et l'oiseau vinrent dans la forêt et celui-ci donna les œufs au premier. Alors le boa arriva et dit :
— D'où viennent ces œufs ?
— Cet oiseau mêles a donnés, dit l'homme. Le boa enleva les œufs et le tua; il tua aussi
l'oiseau.
LXaXIX. — YABAKALAKI-BAKOKO (i) l52
LA TORTUF, L HIPPOPOTAME
ET l'Éléphant (2)
C^V^ A tortue alla dans l'eau et dit à l'hippopo-
ylitS tame:
— ^^*^ — Je suis capable de te tirer.
— Tu te trompes, dit-il ; tues un petit animal et tu prétends que tu peux me tirer !
La tortue répliqua :
— Situ veux, allons: nous prendrons un terme. Ils le fixèrent à sept jours. Quand il fut établi,
la tortue alla chez l'éléphant et lui dit :
— Je suis capable de te tirer et de descendre avec toi dans la mer.
L'éléphant répliqua :
— Tu es d'une petitesse démesurée : C'est moi qui te tirerai d'un seul coup.
— Fixons un terme, dit la tortue.
Ils le fixèrent à sept jours. Lorsque le matin du
(i) Les Yabakalaki-BakoUo habitent dans la colonie allemande du Kameroun.
(2) Schuler, Ans der Volkslitleratur der Yabjkulaki -Bahûlo in Kamerun ap. Seidel, Zeilschrifl fur afrikanische uni oceanischc Sprachen, t. II[, p. 274-275.
septième jour arriva, elle prit un câble, le donna dans l'eau à l'hippopotame qui en saisit une extrémité et donna l'autre à l'éléphant surla terre. Puis elle dit :
— Voici le moment de tirer.
L'éléphant et l'hippopotame commencèrent à tirer l'un contre l'autre jusqu'à ce qu'ils se fatiguèrent.
L'hippopotame dit ;
— Je vais donner la main à la tortue, parce que c'est un homme.
L'éléphant en dit autant. Tous deux se rencontrèrent sur la route et commencèrent à crier :
— L'enfant d'un animal voulait nous faire périr par sa ruse : nous la ferons périr parce qu'elle nous a trompés.
La tortue se cacha et ils partirent : l'hippopotame retourna dans l'eau et l'éléphant sur la terre.
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