XCIII. — BETSIMISARAKA
l5G LES LÉMUKES BIENFAISANTS (2)
JN jour, un Betsimisaraka allait chercher du miel au sommet d'un arbre très haut. Il était très occupé à couper les branches sur lesquelles les abeilles avaient établi leurs rayons, de sorte que la liane à l'aide de laquelle il avait escaladé l'arbre et qui était enchevêtrée dans les branches, fut coupée et tomba sur le sol. Dès qu'il eut recueilli le miel et qu'il l'eut vidé dans une boîte, il voulut descendre ; mais voici que la liane par laquelle il était monté avait été coupée et avait disparu. Il ne savait que faire, il était perplexe et grandement troublé; il ne pouvait pas descendre, car le tronc était trop large pour qu'il pût l'embrasser ; s'il criait, il n'y avait personne pour l'entendre ; il pensa qu'il n'y
(i) Les Betsimisaraka habitent la côte est de Madagascar, depuis Mananjary jusqu'à la baie d'Antongil.
(2) James Sibree, Sonie Belsimiiaralii) follt-ialcs ami supcrslilions. The Antananarivo ^«Hua/, n° XXIL Antananarivo, Loiidon Missionary Society, 1898, in-8, p. 214-215.
avait rien à faire que de mourir là. Néanmoins, après qu'il eut un peu attendu, une couple d'immenses lémures vint près de lui ; le mâle le prit par la tête et les épaules et la femelle par les pieds. En un rien de temps, les deux animaux le transportèrent sain et sauf sur le sol, alors qu'il avait pensé qu'il lui faudrait mourir au sommet de l'arbre. Aussi il prononça une malédiction sur ses descendants, si jamais ils tuaient ou mangeaient des lémures ou quelque autre habitant bondissant de la forêt.
XCIV. — AXT.\MBAHOAKA (i) \.E FILS DE DIEU ÉPOUSE LES DEUX COUSINES (2)
[L y avait une fois deux frères qui portaient tous les deux le nom d'Andriamboabe. L'ainé était méchant ; la cadet, au contraire était bon. L'un et l'autre avaient des filles très jolies. Celle de l'aîné s'appelait Soamaintv {la bonne noire) et celles du cadet (5oi3.'iiatrivola, la bonne qui produit de Vargent) et Soa-
(i) Les Antambîhoak» habitent au nord de Minanjary sur la côte est de Madagascar.
(2) FerranJ, Contes popul.ùres malgaches, Paris, E. Leroux, i393, in-i3, p. 77-79.
vazaha [la bonne blanche). Le fils de Dieu les vit et voulut les épouser. Il se maria d'abord avec Soamainty. Puis il fit demander Soanarivola. Quand Soamainty apprit cela, elle en fut Tâchée et considérasa cousine comme une ennemie. Lors du mariage de Soamainty avec le fils de Dieu, tous les parents et les voisins, Soanarivola ellemême, avaient été invités. Soamainty les réunit de nouveau et leur dit :
— Soanarivola veut me prendre mon époux, mais je ne veux pas, moi. Je vais leur enlever le foie.
Et elle enleva le foie à Soanarivola. Celle-ci mourut et on l'enterra.
Quelque temps après, Soavazaha, qui regrettait beaucoup sa sœur Soanarivola, alla se pro-mener sur son tombeau, puis se mit à chanter :
— Oh 1 Soanarivola ! Eh ! Oh ! Soanarivola-! Eh ! .
Lève-toi, lève-toi.
Ne me regrettes-tu pas, moi, ta cadette ?
Lève-toi.
Soanarivola répondit du fond de sa tombe :
— Je suis morte ;
Je ne peux plus revivre!
Je ne peux plus revivre!
Le fils de Dieu apprit avec étonnement que la morte avait parlé, et il projeta d'aller rendre
CONTES POPCLAIRES d"aFRIQL'E 4i3
son foie à Soanarivola pour qu'elle pût revenir à la vie. Il prit le foie qu'avait conservé Soamainty et le rendit à Soanarivola qui ressuscita. Le fils de Dieu l'épousa ensuite.
Soanarivola invita à son mariage ses parents, ses voisins et Soamainty. Quand tout le monde fut réuni, elle dit :
— Soamainty qui me haïssait, m'a enlevé le foie pour me faire mourir et m'empêcher ainsi d'épouser le fils de Dieu. Je vais lui rendre la pareille.
Elle prit son foie à Soamainty qui mourut.
Soamainty qui avait tué sa cousine fut tuée par elle. L'auteur d'une mauvaise action en est toujours puni.