‹ Contes populaires de la Gascogne (volume 2)Chapitre 24 sur 62 · PRÉFACE XXXI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XXXI

ler quelques exceptions. Mais cela n’empbêche pas que c'est principalement parmi ceux qui ne savent pas lire, qu’il faut chercher les vrais témoins; car ceux-là ne comptent pas sur ce que Montaigne appelle « une mémoire de papier. »

Au début de mes recherches, j'étais tombé, comme beaucoup de mes confrères, sur une classe de conteurs, qui sont assurément les plus nombreux, mais qui ne inéritent qu'une confiance fort restreinte. Pour eux, l'intégrité du récit n’est sauvegardée par aucune forme sacrainentelle. Peu soucieux du style, et préoccupé: surtout des idées et des faits, ils sont loujours lonss, diffus, et tout à fait incapables de recommencer leur narration dans les mêmes termes. Ce sont là des guides très dangereux, bons tout au plus à mettre sur la trace de narrations plus sobres et plus exactes. Ceux qui les possèdent, inarchent au but par la voie la plus brève. Si on les prie de recommencer, chacun d'eux le fait constamment dans les mêmes termes. Quand on leur fait traiter séparément le même thême, on ne relève, dans les faits, qu'un petit nombre de variantes, et on constate, dans le style, de nombreuses similitudes.

A ce propos, une réflexion à la fois applicable à certains de mes confrères, qui ont déjà exploré mon propre domaine, comme à plusieurs autres, qui ont opèré dans d’autres parties de la France.

Il nest plusieurs fois arrivé de rencontrer, en

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dehors de la Gascogne, des conteurs de grand style, dont les récits pouvaient, sans faiblir, supporter la comparaison avec les textes que je dois à mes fournisseurs les plus recommandables, par exemple à Pauline Lacaze, de Panassac (Gers), et même à feu Cazaux, de Lectoure (Gers). Ces narrations, d’une si fière iournure, je les ai retrouvées plus tard, identiques pour le fond, dans certains recueils provinciaux. Par malheur, l’inadmissible souvenir de la belle forme orale, contrastait cruellement avec la faiblesse et la püleur du texte imprimé. De là j'ai conclu que, pour les contes, le grand style est beaucoup moins rare que certains ne semblent le croire. C’est pourquoi j'estinie que les bons collecteurs demeurent rigoureusement tenus de bien choisir, tant pour la forme que pour le fond, ei de n’accorder qu'à bon escient leurs définitives préférences.

Cetle fixité de souvenirs, cette propriété habituelle, et au besoin cette élévation du langage, m'ont plus particulièrement frappé chez certains de mes narrateurs.

Marianne Bense, du Passage-d’ Agen (Lot-et-Garonne), & maintenant débassè soixante-quinze ans. C’est une femine encore alerte, qui, pendant dix-sept ans, a servi mon oncle, l’abbé Bladé, curé du Peroain- Taillac (Gers). Les facultés de Marianne n’ont pas aibli. Mais pas de distinction native. Partant, ni grüce, ni baule riysticilè personnelles. De ce double chef, elle doit absolument tout à la netteté de ses sou-

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