‹ Contes populaires de la Grande-BretagneChapitre 107 sur 134 · LE MANTEAU DE SAINTE BRIGITTE · texte numérisé non relu

LE MANTEAU DE SAINTE BRIGITTE

KENNEDY. — (Irlande.)

Le roi de Leinster, au temps de sainte Brigitte, n'était pas particulièrement généreux et sainte Brigitte le trouvait toujours fort peu disposé à contribuer comme le lui ordonnait son rang aux bonnes œuvres qu'elle répandait partout. Un jour qu'elle l'avait trouvé plus avare que de coutume, elle lui dit comme par manière de plaisanterie : « Sire roi, accordez-moi au moins la terre que couvrira mon manteau. » Le roi, pour se débarrasser de l'importunité de la sainte, y consentit.

Or l'entretien avait lieu sur la pointe de terre la plus élevée du Garragli. La sainte envoya quatre de ses sœurs pour étendre son manteau sur la terre dont elle voulait prendre possession. Les sœurs prirent doncle vêtement, mais au lieu de l'étaler à plat sur le gazon, chaque vierge tourna la tête vers un point différent de l'horizon et se mit à courir avec rapidité. Le manteau s'allongeait sous leurs doigts dans toutes les directions à mesure qu'elles couraient. D'autres pieuses dames voyant s'élargir de la sorte le manteau merveilleux vinrent de leur côté à l'aide des sœurs, et pour conserver au manteau une forme circulaire, elles le saisirent à leur tour dans différents endroits et coururent de toutes leurs forces en le tirant. Le manteau continua toujours à s'allonger jusqu'à ce qu'il couvrit un mille au moins. « Ah! sainte Brigitte, que faites-vous? dit le roi effrayé. » La sainte répondit : « Mon manteau va bientôt recouvrir la province tout entière pour vous punir de votre avarice envers les pauvres. — Eh ! s'écria le roi, revenez, revenez ;

rappelez vos filles, je vous donnerai une étendue de terre suffisante et je vous promets d'être plus libéral à l'avenir. » La sainte se laissa aisément persuader; elle obtint quelques acres de terre, et quand plus tard le roi voulait serrer les cordons de sa bourse, elle n'avait qu'à faire allusion à l'élasticité de son manteau pour mettre l'avare à la raison.

Dans le poëme du Harivansa (trad. Langlois, vol. II, p. 338), on lit un récit assez semblable à notre conte : « Un jour, Vichnou se présenta à un roi sous la forme d'un nain et lui demanda l'aumône. Le roi accorda à Vichnou l'espace qu'il pourrait franchir en trois pas. — Le puissant Yichnou reprit alors sa forme divine et en trois pas il parcourut les trois mondes. » — Les trois pas de Yichnou trouvent leur analogue dans la tradition de la Touraine et du Berry, qui raconte qu'un jour le géant Gargantua fit trois immenses enjambées sur une plaine alors détrempée par les pluies; la terre qui s'était attachée à ses souliers étant tombée forma trois collines que montraient les habitants. De semblables traditions sont fort répandues dans divers pays.

CONTE LXXXIIL

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