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LE POT DE BEURRE

CAMPBELL. — (HiGHLANDS.)

Un renard et un loup se promenant ensemble sur le bord de la mer trouvèrent un pot de beurre et l'enterrèrent dans le sable.

Un matin, le renard prétendit qu'on appelait au dehors; il alla voir ce ([ue c'était et, rentrant dans la maison, il dit au loup qu'on venait le prier pour un baptême. Alors il fit de la toilette et rendit visite au pot de beurre. Quand il fut de retour le soir, le loup lui demanda le nom de son filleul, le renard répondit :

— Il s'appelle : Sur-sa-bouche.

Le lendemain, le renard assura encore qu'on venait le chercher pour un baptême, et il fut voir le pot de beurre et en mangea environ la moitié. Le loup lui demanda le soir le nom de l'enfant et le renard répondit :

— Il a un drôle de nom que je ne donnerais certes pas à mon enfant : A-peu-près-la-moitié.

Le lendemain le renard prétendit qu'on le demandait pour un baptême, puis il alla déterrer le pot de beurre et l'acheva. A son retour, le loup lui demanda le nom de l'enfant et le renard dit :

— Il s'appelle : Entièrement-avalé.

Le jour suivant, le renard et le loup étant allés chercher le pot de beurre pour le rapporter chez eux, ils le trouvèrent absolument vide.

— Eh ! eh ! dit le renard au loup, ne serais-tu pas venu faire un tour par ici pendant que j'étais occupé ailleurs?

Le loup ))rotesta de son innocence.

— Tu n'as pas besoin, dit le renard, de jurer que tu n'es pas venu ici ; je sais que tu y es venu et que c'est toi qui as mangé notre beurre. Au surplus, à notre retour, je saurai bien découvrir la vérité.

Rentrés chez eux, le renard suspendit le loup par ses pattes de derrière, la tète en bas. Il avait conservé une petite miette de beurre qu'il mit adroitement dans la gueule du loup. D'où pouvait venir ce beurre, sinon du ventre du loup?

— Ah ! rouge voleur ! dit le renard, quand je te disais que tu n'étais qu'un glouton !

Les deux amis passèrent la nuit comme à l'ordinaire. Le matin quand ils se levèrent, le renard dit :

— Nous serions trop niais de nous laisser mourir de faim par paresse. Allons dans tel pays et nous cultiverons un peu de terre.

Ils se rendirent donc dans ce pays et l'homme à qui la terre appartenait leur en vendit un lopin pour le prix de gept livres.

La première année ils semèrent de l'avoine. Quand vint le moment de la couper, le renard dit au loup :

— Que préfères-tu de la racine ou de la pointe ? Tu as le choix.

— Je prends la racine, dit le loup.

De la sorte le renard eut toute l'année du pain d'avoine et l'autre n'eut que de la paille.

L'année d'après, le renard sema des pommes de terre et elles levèrent bien. Alors il demanda au loup :

— Que veux-tu cette année : ce qui poussera sur la terre ou dans la terre?

Le loup répondit :

— Tu ne me tromperas pas deux fois, je veux ce qui viendra au-dessus de la terre.

— Tu l'auras, mon bon, dit le renard.

Le loup eut donc les feuilles et le renard les pommes de terre. Or le loup essayait toujours de voler les pommes de terre de son compère. Le renard lui dit :

— Va donc lire, je te prie, le nom que j'ai écrit sous les sabots de la jument grise.

Le loup alla près de la jument grise et il essayait de déchiffrer un nom quand la jument lui lança un coup de pied et lui cassa la tête.

— Ah ! dit le renard, il y a longtemps qu'on dit : Il vaut mieux être un savant que d'apprendre à lire !

Il s'en retourna chez lui et n'eut plus désormais rien à craindre du loup.

Le récit précédent se compose de deux parties juxtaposées; elles méritent toutes les deux qu'on s'y arrête.

I. — La première partie de cette fable est populaire en Norwé^e : coules d'Absjornsen (traduction Thorpe) : le Renard et l'Ours, et en AUematcne, Contes de Grimm : le Paysan et le Démon.

Dans le petit livre d'enfant intitulé : Stories on Provcrbs, Histoires sur des proverbes, l'auteur anonyme développe le proverbe : « N'envoyez par chercher le lard par le chat. » Les personnages en scène sont un rat et un petit chat. Le petit chat dit qu'il est invité à une noce, et quand il revient, il raconte qu'il a assisté à un grand dîner où l'on a servi quinze plats de souris, mais la fiancée était si agitée, qu'elle n'avait pu manger qu'une toute petite queue. La fiancée s'appelait : « Mange-tout ». Le lendemain, même histoire, la fiancée s'appelait : « A-moitié ». Le troisième jour, elle se nommait : « Tout-est-fini v.

J'ai entendu, dans mon enfance, raconter cette môme histoire d'une négresse de Cayenne (Guyane française), et je l'ai retrouvée, non sans émotion, écrite en créole dans un petit Uvre bien intéressant, sur la grammaire créole, par MM. de Saint-Quentin. — Je ne puis résister au plaisir de la donner à côté de ce conte gaélique, mais en ajoutant que la traduction en français lui enlève beaucoup du charme et de la grâce qui sont le cachet du langage créole. — Cette fable a pu venir à Cayenne par d'autres nègres de la Guyane anglaise; il est possible aussi que les nègres français l'aient appris à bord des vaisseaux négriers anglais.

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