‹ Contes populaires de la Grande-BretagneChapitre 20 sur 134 · B. GOULD.— ^YORKSHIRE · texte numérisé non relu

B. GOULD.— ^YORKSHIRE

(Api'Endix de Hendebso.ns : folk-Lore ok the X. cou.nties ok Emjlakd.)

Un garc^'on était si mallieureux chez son père qu'il résolut de s'enfuir et d'aller chercher fortune par le monde.

11 courut, courut, et finit par heurter une petite vieille qui l'amassait des faj^ots. Il était trop essoufflé pour demander pardon, mais la vieille avait un bon naturel et dit au jeune garçon : « Tu me conviens et, si tu veux être mon serviteur, je te paierai bien. » Le garçon y consentit, car il avait trèsfaim ; elle l'emmena donc chez elle et il la servit un an et un jour. Quand les douze mois furent passés, elle l'appela et lui dit : « Pour te remercier de ta peine, je te donne cet àne. Tu n'auras qu'à lui tirer les oreilles et il se mettra à braire ; et en même temps, tu verras tomber de sa bouche des pièces de six pence, des demi-couronnes et des guinées d'or. »

Le gars fut enchanté de ses gages et il marcha jus(ju'à ce (ju'il atteignit une auberge. Là il demanda qu'on lui servît du nieilleur et comme l'aubergiste refusait de rien donner sans être payé d'avance, le gars se rendit à l'étable, tira les oreilles de l'âne et revint la poche pleine d'argent. L'hôte l'avait épié par la fente d'une porte, et quand vint la nuit, il substitua son âne à celui du pauvre garçon qui, le lendemain, sans se douter du tour, partit chez son père.

Or près de la demeure paternelle vivaient une pauvre veuve çt sa iille unique. Le garçon et la iillc s'aimaient tous deux et quand Jack demanda à son père la permission de l'épouser,

celui-ci lui répondit : « Je ne te laisserai te marier que si tu as assez d'argent pour subvenir aux besoins du ménage. — De l'argent, père, ce n'est pas cela qui me manque, » répliqua le jeune homme, et allant à l'écurie il tira les longues oreilles de l'âne ; même il les tira tant qu'il lui en resta une dans la main ; l'âne poussa, il est vrai, de nombreux hi ! han ! mais il ne laissa tomber ni guinées ni demi-couronnes. Le père prit une fourche et chassa son fils de la maison. Il faut voir comme il courait ce pauvre Jack ! enfin il arriva en courant se cogner contre une porte qui s'ouvrit et il se trouva dans la boutique d'un menuisier. — « Garçon, tu me plais, dit le menuisier, sers-moi un an et je te paierai bien. » — Le gars y consentit et servit le charpentier un an et un jour. Au bout de ce temps, le maître lui dit : « Voici une table, je t'en fais cadeau. Quand tu diras : « Table, couvre-toi ! » aussitôt elle se couvrira de mets succulents. »

Jack prit la table sur son dos et s'en alla. Il arriva à l'auberge.

— Eh ! l'hôte, cria-t-il, à dîner et du meilleur !

— Très-fâché, mais je n'ai que du jambon et des œufs.

— Du jambon et des œufs pour moi ! s'écria Jack. J'ai mieux que cela. Allons, table, couvre-toi !

Et sur la table apparurent un dindon et des saucisses, un mouton rôti, des pommes de terre et des légumes. Le cabaretier ouvrit les yeux, mais ne souffla mot. La nuit il apporta de sa mansarde une table pareille à celle de Jack et les échangea. Jack, qui n'était pas devenu plus avisé, remit la table sur son dos et l'emporta chez lui. En arrivant, il dit à son père : « Puis-je me marier à présent? — As-tu de l'argent pour le ménage? » — Jack s'écria : « Tiens, père, regarde, j'ai une table qui fait tout ce que je lui ordonne ! — Voyons cela ! » dit le vieillard.

Le gars mit la table au milieu de la chambre et lui dit : « Couvre-toi ! » Mais la table resta nue. Le père furieux décrocha du mur une bassinoire et en chaufî'a si bien le dos de son fils que celui-ci se sauva en criant. A force de courir, il arriva près d'une rivière et y tomba. Un homme l'en retira

— so —

el lui demanda de l'aider à faire un pont sur la rivière. — « Et de quelle manière? — En jetant un arbre d'une rive à l'autre. » Jack grimpa donc sur la plus haute branche et pesa sur elle de toute sa force. Quand l'arbre fut déraciné, le poids de Jack le fit tomber de l'autre côté de la rivière. « Merci, dit l'homme, et maintenant voici pour ta peine. » Disant ces mots, il brisa une branche et en fit une baguette. « Tiens, prends ce bâton et quand tu diras : « Bâton, debout et tape ! » il frappera tous ceux qui t'auront offensé ! »

Le gars fut enchanté de son bâton et retourna à l'auberge et dès que le cabaretier parut, il cria : « Allons, bâton, tape dessus !» — A ces mots, le bâton s'échappa de la main du gars et frappa le vieux cabaretier sur le dos, sur la tête, sur les bras, sur les côtes, jusqu'à ce que le malheureux tomba par terre. Le bâton ne s'arrêtait pas et Jack ne consentit à le rappeler que quand il eut recouvré son âne et sa table. Alors il partit au galop chez son père, sa table sur les épaules et le bâton à la main. Quand il arriva, son père était mort. Il mena l'âne à l'écurie et lui tira les oreilles jusqu'à ce qu'il eut rempli la mangeoire d'argent.

On sut bientôt dans la ville que Jack nageait dans l'opulence; aussi toutes les filles en voulaient pour mari. « Çà! dit Jack, j'épouserai la plus riche de vous ; venez demain toutes devant ma maison, avec votre argentdans vos tabliers. »

Le lendemain, la rue était remplie de filles qui, tenant leurs tabliers déployés, montraient l'or et l'argent qu'elles possédaient. L'amoureuse de Jack était avec les autres, mais elle n'avait ni or ni argent; sa fortune consistait seulement en deux sous de cuivre.

« Va-t'en, toi, lui dit Jack rudement. Tu n'as ni or ni argent, va-t'en ! » La pauvre fille obéit et les larmes coulèrent le long de ses joues et remplirent son tablier. « Allons, bâton, cria Jack, tape sur ces filles I » Alors le bâton s'élança et courant le long de la ligne des jeunes filles qui attendaient, il les frappa à la tête et les renversa sans mouvement par terre. Jack prit leur argent et le versa dans le tablier de son amoureuse.

« Maintenant, ma chérie ! tu es la plus riche, je t'épouse ! »

Contes similaires :

Allemagne. — Contes de Grimm et Contes de Bechstein : deux contes tout semblables avec le même titre : la Table, l'Ane et le Bâton merveilleux.

NoRWÉGE. — Contes d'Abjorsen (trad. Thorpe) : Le Jeune homme qui va au vent du Nord; — le Crapaud enchanté (pour la marche du récit).

Inde. — Contes du Deccan : Le Chacal, le Barbier et le Brahmane. — Les idées que symbolisent 1 ane faisant de l'or et la table couverte de mets du conte anglais prennent, sur la riche palette du conteur indien, les aspects suivants : le brahmane sème une graine de melon; le lendemain se montrent quantité de ces légumes; chacun d'eux renferme des perles et des pierres précieuses. Quant à la table couverte de mets, elle est remplacée par un vase inépuisable contenant un dîner déhcieux. Enfin le bâton frappant tout seul est enfermé dans un pot; dès qu'on enlève le couvercle, le bâton s'élance et fait son devoir.

(Voy. aussi pour : bâton faisant son devoir, pour : table couverte de mets, les notes qui suivent les contes de : Jack le Tueur de géants ; les Trois Soldats.)

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