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CONTE LI

LE LEPRECHAUNE (ou Cluricaune) DANS LE JARDIN

(Trés-Abrégé)

KEIGHTLEY. — (Irlande.)

Failey était un incrédule qui déclarait ne croire aux ni Leprechaunes, ni aux Fairies d'aucune sorte. Un soir qu'au cabaret il causait avec des amis, leur disant que tout ce

qu'on racontait des Bonnes Gens n'était que mensonges, une vieille femme qui jusque-là fumait sa pipe au coin de la cheminée sans prendre part à la conversation, vint se planter tout à coup devant Failey en le regardant dans le blanc des yeux : « "Vous prétendez que vous ne croyez pas aux Leprechaunes, lui dit-elle? Cela vous va bien, sur ma foi, de ne pas croire à ce dont n'ont jamais douté ni votre père, ni le père de votre père, ni son père avant lui. Eh bien ! moi qui pourrais être votre grand'mère, j'ai vu un Leprechaune! »

Tout le monde se serra autour du feu pour écouter la vieille. « Je me souviens, dit-elle, que quelque temps après mon mariage, j'étais assise dans notre petit jardin, par un beau jour de juin, à regarder mes abeilles qui se chauffaient au soleil, quand tout à coup j'entendis, derrière un tas de fagots, un bruit de tic tac, tic tac, comme si un cordonnier clouait un talon à un escarpin. <' Dieu nous préserve! m'écriaije, qu'est-ce que cela peut être? « Je me levai, déplaçai quelques fagots, et j'aperçus au beau milieu un petit vieux qui n'avait pas le quart de la taille d'un enfant nouveau-né. Il portait un chapeau retroussé et avait une pipe à la bouche dont il lançait au loin la fumée. A son habit d'une mode surannée, on voyait de larges boutons de bronze; sur ses souliers s'étalaient de grandes boucles d'argent massif, et il travaillait plus vite que je ne puis le dire, clouant les talons à une petite paire d'escarpins. A peine eus-je jeté les yeux sur lui que je reconnus un Leprechaune, et comme je ne manquais pas de hardiesse, je lui dis : « Dieu vous bénisse, brave homme, vous faites un rude travail par cette chaleur! » Il me regarda d'un air mécontent, mais je sautai sur lui et l'empoignai en lui demandant où il mettait son argent. « De l'argent? répondit-il, est-ce qu'une pauvre créature comme moi a de l'argent! — Ah! repHs-je, tout le monde sait bien que les Leprechaunes sont aussi riches que le diable! » Je tirai de ma poche un couteau, et je lui jurai que s'il ne me donnait pas sa bourse à l'instant ou s'il ne me montrait pas son pot plein d'or, je lui couperais le nez.

Le petit, vieux eut si peur, que j'en eus presque pitié. « Allons, dit-il, suivez-moi, je vous montrerai ma caclieite. « Je marchais avec lui, le tenant serré dans ma maiji et sans cesser de le regarder, quand soudain, derrière moi, j'entendis comme un bourdonnement. « Ah ! dit-il, ce sont vos abeilles qui s'envolent comme l'éclair. » Folle que j'étais, je retournai la tète. Je ne vis rien, mais pendant que je perdais de vue le Leprechaune, il glissa de mes doigts comme s'il n'était que de la fumée. Jamais il ne revint depuis lors dans mon jardin.

Les Pire Darig*, ou Hommes rouges, ont pour traits particuliers leur costume rouge et la flexibilité de leur voix, qui tantôt imite le bruit des vagues, la voix des anges ou le gazouillement des oiseaux. Quand la famille est groupée autour du foyer et que la tempête déchaînée gronde au dehors, on entend une voix qui demande l'hospitalité. Lorsqu'on ouvre, un petit homme rouge entre, fume tranquillement sa pipe et se retire à l'aurore sans avoir fait aucun mal. Refusez-vous d'ouvrir, vous pouvez être certain que vos bestiaux mourront ou qu'il vous arrivera quelque malheur. Si vous suivez une route, surtout après un repas un peu trop arrosé, l'homme rouge vous apostrophe, vous appelle ivrogne et vous reproche d'avoir dépensé l'argent qui devait payer le beau jupon promis à votre femme, ou bien d'avoir vendu à votre meilleur ami un cheval que vous saviez vicieux. En vain, vous le cherchez, il continue à ricaner et à vous injurier jusqu'à ce que vous soyez égaré et que, tombant par terre de lassitude, vous vous endormiez au bord de la route jusqu'au lendemain matin.

Croker's Faiiy Taies.

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