LE TAUREAU D'EAU
CAMPBELL. — [IsLAY (Ecosse). |
Sur la côte nord d'Islay vivait jadis un fermier, possesseur d'un grand troupeau. Un jour il naquit un veau, et une vieille femme qui demeurait dans le pays, dès qu'elle' vit le veaUj ordonna qu'il fut mené chez elle. Elle le garda sept ans et le nourrit avec le lait de trois vaches. Longtemps après, une servante faisant paître les bêtes au bord d'un lac, s'était assise près de la rive. Elle était là depuis peu, quand elle vit venir un homme qui la pria de démêler sa chevelure. Elle consentit à lui rendre ce service ; alors il plaça sa tête sur les genoux de la vachère, et elle commença à le peigner. Mais bientôt elle eut une gr^ande frayeur^ car elle découvrit
parmi ses cheveux quantité de varechs. (Dans une autre version, c'est du sable.) La vachère savait bien que si elle poussait un cri, c'en était fait de sa vie; elle garda donc sa terreur pour elle et continua à ])eignGr l'homme jusqu'à ce qu'il s'endormit, la tête sur ses genoux. Aussitôt elle détacha son tablier et le posa doucement à terre avec son fardeau, puis elle courut de toutes ses forces vers sa cabane. Quand elle fut près du village, elle jeta les yeux derrière elle, et elle aperçut son amoureux qui la poursuivait sous la forme d'un cheval. Il était sur le point de l'atteindre, quand la vieille le voyant venir, ouvrit la porte au taureau sauvage, qui s'élança au dehors. Dès qu'il aperçut le cheval, il se rua contre lui; en luttant, ils tombèrent ensemble dans la mer sans que personne pût dire quel était le vainqueur. Le lendemain, le corps du taureau fut retrouvé sur le rivage, déchiré et dépouillé. Quant au cheval, nul ne le revit jamais.