CONTE LIX
LE PHOQUE BLESSE (Abrégé).
STEWART. — iHiGHLANDS.)
Jadis vivait, sur \t\ côte nord d'Ecosse, un homme qui gagnait sa vie à la pêche. La chasse des phoques était son occupation principale, et il y avait un grand succès. Un soir qu'il regagnait sa demeure, un inconnu à cheval se présenta à lui comme venant de la part de quelqu'un qui désirait acheter une grande quantité de peaux de phoques, et qui en conséquence voulait le voir cette nuit même. L'inconnu pria donc le pêcheur démonter derrière lui et de l'accompagner sans délai. L'espoir du gain décida le pêcheur et les deux compagnons de route firent une telle hâte que lèvent qui était dans leurs dos semblait souffler sur leurs figures. Enfin ils atteignirent le bord d'une immense falaise qui dominait la mer ; son guide lui fit mettre pied à terre comme s'ils étaient parvenus au terme du voyage. « Mais, dit le pêcheur, où est donc la personne dont vous parlez? » Pour toute réponse le guide le précipita avec lui dans les flots. Ils descendirent, descendirent, enfin ils arrivèrent à une porte qui menait à une série d'appartements habités par des phoques, et, à sa grande surprise, le pêcheur vit qu'il était lui-même devenu un de ces animaux. Tous les phoques semblaient affligés ; néanmoins ils lui parlèrent avec douceur et l'assurèrent qu'il n'avait rien à craindre. Alors son guide lui présenta un coutelas ; à cette vue, croyant qu'on allait lui enlever la vie, il commença à demander merci. « Avez-vous jamais vu ce coutelas? » dit le guide. Le pêcheur reconnut son couteau ; il se rappela l'avoir planté ce jour même dans un phoque, lequel s'était enfui avec l'arme dans sa blessure ; il n'essaya pas même de nier. « Eh bien, lui dit le guide, le phoque que vous avez blessé est mon père. Il est ici dangereusement malade et vous seul pouvez le gué-
rjr ; c'est pour cela que j'ai été vous chercher. .> En disant ces mots il le mena dans une chambre où le vieux phoque était couché, souffrant affreusement de sa blessure. Le malade pria le pêcheur de poser sa main sur la plaie; aussitôt le vieux phoque fut guéri, et il se leva sain et vigoureux. Ce ne fut plus que joie et fête dans le séjour dos phoques, et le guide se tournant vers le pêcheur lui dit : « Je vais vous rendre à votre famille, mais il faut que vous me promettiez, par un serment solennel, de ne plus jamais tuer un phoque de votre vie. y> La condition était dure, mais elle fut joyeusement acceptée. Alors son guide le saisit, ils montèrent, montèrent, et ils atteignirent enfin la surface de la mer et débarquèrent au pied de la falaise. Le guide souffla sur le pêcheur et tous deux reprirent la forme humaine; ensuite ils montèrent à cheval et volèrent comme l'éclair jusqu'à la maison du chasseur de veaux marins. En le quittant, son compagnon lui fit un tel présent, qu'il n'eut plus besoin, à l'avenir, de pêcher les phoques.
BANSHEES, PHOOKA, DULLAHANS, ETC.
Les traditions populaires de tous les pays d'Europe mentionnent les esprits qui annoncent la mort. La fée Mélusine, |)ar ses cris lugubres et ses gémissements, prédisait jadis aux membres de la famille de Lusignan les malheurs qui les moiaçaient, et lorsqu'un roi de France allait mourir, on voyait, dit-on, sur les remparts du vieux manoir des Lusignan, errer de nuit Mélusine, vêtue de deuil et pleurant à chaudes larmes. En Allemagne, une Dame blanche apparaissait la veille de leur trépas aux membres de la maison de Brandebourg. Les Tyroliens, au dire des frères Grimm, croient voir parfois dans les nuits d'orage une femme voilée et couverte d'un linceul qui étend le bras sur une maison en poussant des cris lamentables ; alors, c'est le signe que la mort est proche. La tradition irlandaise correspondante est celle de la Banshee. L'Irlandais, qui n'oublie jamais le temps où sa verte Erin était libre et fière, croit que, dans les antiques familles d'avant la conquête, un esprit féminin vient rôder en pleurant autour de la demeure de celui qui va mourir et, au dire de W. Scott, plusieurs nobles familles écossaises peuvent se vanter du même privilège.