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CONTE LXXII

HISTOIRE DE SORCIÈRES (Abrégé).

STEWART. — (HlGHLANDS.)

Lo tenancier d'une ferme des Highlands voyait de jour en jour décliner sa ferme, tandis qu'au contraire, tout réussissait autour de lui. La femme du malheureux tenancier alla raconter ses malheurs à deux de ses voisines. Celles-ci lui demandèrent ce qu'elles consentiraient à faire pour améliorer sa situation; la fermière répondit : « Il n'y a rien que je ne fasse pour arriver à ce résultat. — Eh bien donc, dit l'une des voisines, si vous nous gardez le secret et que vous obéissiez à nos instructions, la pauvreté et le besoin seront à jamais bannis de votre demeure. » La fermière promit tout ce qu'on voulut. Il fut alors convenu qu'au moment de se coucher, elle mettrait un balai dans son lit à côté de son mari, et ce balai, à cause de ses propriétés magiques bien connues, la représenterait si bien, que son mari n'y verrait rien le matin. Afin de persuader la fermière, elles lui affirmèrent qu'elles n'en faisaient point d'autres avec leurs époux depuis de longues années. Tout étant arrêté, rendez-vous fut pris pour l'heure de minuit.

La fermière, effrayée de tout ce qu'elle avait entendu, alla tout révéler à son mari. Celui-ci résolut de revêtir la robe de sa femme et d'aller à sa place au rendez-vous afin de voir ce qui se passerait. A minuit, il arriva exactement. « L'épouse » fut cordialement accueillie par les deux dames du « balai », qui lui remirent alors une torche de résine, un balai et un crible. Puis, s'envolant, elles prirent leur course le long des rives de l'Avon et arrivèrent enfin en vue de l'étang de Polnain. L'étang semblait comme enveloppé de flammes. Cent torches brillaient, réfléchissant leur lumière sur les hauts ombrages de Loynchork. Et quelle oreille eût pu entendre les cris et les hurlements de l'horrible troupe

et de ses orgies infernales sur l'étang ? Ces cris cependant faisaient tressaillir de joie les deux voisines. En approchant du bord de l'étang, le fermier aperçut quantité de sorcières qui, assises dans leurs cribles comme dans un bateau, le manœuvraient avec leurs balais en guise de rames. D'autres allaient en troupes s'incliner devant un noir démon perché sur un rocher élevé, et qui se plaisait à reconnaître trèsgracieusement ces témoignages de loyauté et de dévouement, en rendant les saluts avec force grimaces et contorsions. Les voisines, après avoir donné à 1' « épouse » quelques conseils préliminaires, l'invitèrent à les attendre sur le bord de l'étang, jusqu'à ce qu'elles eussent conféré avec Satan au sujet de son initiation. Elles ajoutèrent que pendant qu'elles navigueraient sur l'étang, la nouvelle venue devait leur crier de se hâter au nom du « Maître ». Dès qu'elles furent embarquées dans leurs cribles et, qu'au moyen de leurs balais, elles furent arrivées à un endroit profond, le fermier s'écria : « Allez, au nom du bon Dieu! » Aussitôt des cris horribles retentirent, le charme magique fut rompu, les cribles prirent l'eau, et les deux sorcières disparurent dans l'étang au milieu des cris et des lamentations vaines du démon et de la troupe infernale. Les torches s'éteignirent, et chacun s'enfuit de son côté. Le fermier revint tranquillement chez lui ; en arrivant, il reprit ses vêtements et sans rien dire d'abord à sa femme, il se mit le matin à ses travaux ordinaires. Quant à ses voisins, ils trouvèrent dans leur lit deux balais au lieu de leurs femmes. Le fermier leur dit alors que s'ils voulaient se rendre à l'étang de Polnain, ils en apprendraient davantage. Les infortunés maris s'y rendirent, et à la vue des cribles et des balais servant de rames, ils comprirent que leurs femmes étaient des sorcières.

Est-il besoin d'ajouter que le pauvre fermier vit de ce jour ses affaires prospérer, et qu'il devint aussi riche que jadis il avait été pauvre?

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