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CONTE XXVIII

VIEILLESSE D'OISIN (OSSIÀN)

KENNEDY. - (Iklande.)

Après la fatale bataille de Gavra, le seul guerrier survivant, Ossian, fils de Fion, fut emporté sous les flots de l'Atlantique par la fée Niav à la beauté resplendissante, et pendant cent cinquante ans il jouit de cette douce société dans la terre de Jeunesse au-dessous des eaux. A* la fin, fatigué de ce bonheur monotone, le héros exprima le désir de revoir le pays où s'étaient écoulés sa jeunesse et son âge mûr (a). L'aimable Niav fut obligée de consentir à cette séparation. Elle pleura amèrement en voyant son amant monter le blanc coursier et l'avertit que si ses pieds touchaient jamais la terre, il ne la reverrait plus désormais et que sa force ûe serait plus que celle d'un enfant nouveau-né.

Hélas ! c'est à peine si dans les plaines et près des torrents d'Erin, on gardait encore la mémoire de Fion et de ses héros. Au lieu où s'élevait jadis la forteresse d'Almuin, on ne voyait plus maintenant qu'un remblai et un fossé où croissaient les chardons et les bardanes4 et la mousse recouvrait les hautes pierres du manoir de Fion. Maintenant on récitait des prières et l'on chantait des hymnes dans des édifices de pierre surmootés de flèches et de croix; Ossian vit aussi moins d'épées et plus de faucilles qu'aux jours de Fion, et près de Dublin il trouva Patrick le missionnaire élevant une humble maison de prières. Comme il chevauchait tristement le long de la Vallée des Grives, une foule d'hommes essayant d'élever une énorme pierre sur une voiture basse réclama son aide. Ossian s'arrêta et, sans mettre pied à terre, il souleva la masse jusqu'au chariot; mais dans ce mouvement, la sangle

de son cheval se relâcha, la selle tourna, le blanc coursier s'enfuit et le dernier des héros tombé sur la colline ne fut plus désormais qu'un homme faible à la chevelure grise.

(a) Les peuples ont toujours aimé à se figurer que la mort faisait une exception pour les héros chers à leurs souvenirs, et qu'après une disparition momentanée, ils reviendraient un jour dans leur patrie, glorieux et triomphants. Hélas! « l'avare Achéron ne lâche point sa proie! » — Les anciens faisaient ainsi des îles Fortunées le séjour des héros et des sag^s, et Hésiode, dans les Travaux et les Jours, raconte que « lorsque l'ombre de la mort enveloppa les guerriers qui avaient été combattre à Troie pour Hélène aux beaux cheveux, Jupiter leur donna une nourriture et une demeure inconnues de la Terre. Et ces héros habitent paisiblement les îles des Bienheureux* par delà le profond Océan. Et là, trois fois par année, la terre féconde leur donne ses fruits doux comme le miel. »

Les habitants du pays de Galles ont cru longtemps qu'après la funeste bataille de Camlan, le légendaire roi Arthur s'était retiré avec ses guerriers dans l'île mythique d'Avalon et qu'il y attend l'heure de reparaître sur la terre. L'enchanteur Merlin était l'objet d'une même superstition. — Au dire des traditions écossaises, le vieux barde Thomas de Erceldoune habita sept ans dans le pays d'Elfland, où, comme Ossian, il faisait les délices de la reine de Féerie. Quand il revint sur terre, il fut tout étonné d'avoir été absent aussi longtemps, tant les années passées au pays de Féerie s'écoulent avec rapidité.— De vieilles légendes danoises rapportent qu'Hnlger (Helge, Ogier) n'est pas mort, mais seulement endormi ; au-dessous du château de Cromberg, on entend parfois, dit-on, le bruit des armas. Un jour, un esclave condamné à mort pénétra dans les souterrains du château et aperçut Holger assis près d'une table, les bras croisés; sa barbe, longue de plusieurs pieds, avait pénétré dans la pierre1. — L'empereur Barberoussc, selon d'antiques traditions allemandes, habite également dans les souterrains du Knyflhaûser ; assis sur un siège de pierre, auprès d'un table de pierre, il attend, la tête appuyée dans ses mains, que sonne l'heure de sortir de son palais de pierre. Quand retentira la trompette guerrière, il se lèvera brusquement, sa longue bxrbi rousse incrustée dans le rocher le fera .soudain éclater et il rq»a raitra dans sa capitale, couronne en tôte et le sceptre à la main *.

1. Ycjy. IH partie : iKnchanlctncnt du comte Cérald, et III» partie : la légende de* Est uliers du géant Mac-Manon, où pareilles histoires sont rapportées.

2. Chanson do Frédéric Barberousso, par Ruckcrl {ChanU populaires de l AlUmngnt, par SebusUen Albin).

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