‹ Contes populaires de la GrandeBretagneChapitre 75 sur 127 · COMTE LV · texte numérisé non relu

COMTE LV

LA LÉGENDE DE TAMARA (Divinité de la rivière Tamar.)

R. HUNT. — (CoRXOUAILLfS.)

L'aimable nymphe Tamara naquit dans uue grotte. Quoique ses parents fussent des esprits de la terre, l'enfant aimait la lumière du jour; souvent ils la grondaient de chercher à visiter le monde supérieur, et bien des fois ils l'avaient prévenue des conséquences qui pourraient survenir si elle n'écoutait pas leurs avis. Les géants des marais étaient à redouter, et c'était contre eux surtout que les parents désiraient prémunir leur enfant.

Tamara, jeune, belle, insouciante, ne perdait jamais une occasion de regarder le glorieux soleil. Deux fils des géants de Dartmoor : Tavy et Tawrage, avaient vu la jeune fille et désiraient la posséder; ils la poursuivirent longtemps, et la sauvage jeune fille se fit souvent donner la chasse par les

monts et les vallées. Un jour, Tavy et Tawrage découvrirent Tamara sous un buisson de Morewinstow; ils voulurent la forcer à déclarer celui des deux qu'elle préférait. Ils employèrent toutes sortes de moyens et lui donnèrent les noms les plus chers. Les parents de Tamara finirent par la découvrir assise entre les fils des géants qu'ils haïssaient. Le père gnome jeta un profond sommeil sur les yeux de Tavy et de Tawrage et essaya de persuader à sa fille de revenir à sa demeure souterraine. Tamara refusa de quitter ses amants. Dans sa rage, le gnome maudit sa fille et la changea en une rivière qui devait couler à jamais vers la mer salée. L'aimable . Tamara fondit en pleurs, et comme un torrent de cristal de la plus grande pureté, ses eaux glissèrent jusqu'à l'Océan,

Enfin Tavy s'éveilla. Sa Tamara était partie; il courut vers son père, dans les collines. Le géant avait le don de la métamorphose et put adoucir la douleur de son fils en le changeant en un torrent. S'élançant à travers les rocs, coulant à travers les marais, glissant le long des vallées, murmurant dans les bocages, Tavy cherchait toujours Tamara. Son unique joie est de glisser près d'elle jusqu'à ce que, mêlant ses eaux aux siennes, ils coulent ensemble jusqu'à la mer éternelle. Tawrage s'éveilla après un long sommeil; il devina ce qui était arrivé et courut aux collines trouver un enchanteur, qui le changea aussi en un torrent; mais Tawrage se trompa sur le chemin qu'avait suivi Tamara, et, toujours plaintif, il coula loin, loin, loin de sa Tamara à jamais. Telle est l'origine de la Tamar, du Tavy et du Tawr1.

S'il est une légende célèbre et universellement répandue,

i.Les légendes relatives aux rivières abondaient dans chaque pays; voir entre autres :

ALLMicat. — Conte$ de Crimm : la Légende de la rivière dïlse.

Rrssni. — Recueil Ralston : Métamorphoses du Dnieper, du Volga et de la Dwina.

Sous la forme de la légende précédente, ces récits ne sont pas de création populaire, et dérivent évidemment des mythologies grecque et latine. Rllo doivent sans doute leur naissance à des auteurs imprégnés des souvenirs classiques et qui ont traité le sujet à la manière dont Spenscr, en sa Fairy Qwen, raconte lo mariage du Thames et de la Medway. — on peut aussi rapprocher cette légende du mythe d'Alphée poursuivant la nymphe Aréthuse jusque dans I Océan. (Voy. Cox. le* Dieux et let Hèrot, trad. Baudry.)

c'est la gracieuse histoire de ces nymphes des eaux qui, sous la forme de cygnes ou de blanches colombes, viennent s'abattre au bord d'un lac, se dépouillent de leurs robes d'oiseaux et se livrent dans les fraîches ondes au plaisir de la natation. Nous allons retrouver cette tradition chez tous les peuples aryens — Le poëme eddaïque sur Voelund 1 s'ouvre ainsi : « Trois frères en se promenant sur le bord d'un lac rencontrèrent trois Valkyries qui filaient du lin ; auprès d'elles étaient leurs formes de cygne. Les trois frères les emmenèrent et ils passèrent sept hivers ensemble ; puis les femmes s'envolèrent et ne revinrent pas. » — Dans le poëme allemand sur Frédéric de Souabe'2, Véland le fameux forgeron arrive près d'une source ; il y aperçoit trois colombes qui s'abattent sur la terre et qui aussitôt se métamorphosent en vierges. Elles se dépouillent de leurs vêtements et plongent dans l'eau. Véland muni d'une racine qui rend invisible, approche du bord et enlève leurs vêtements. Les jeunes filles jettent des «ris de frayeur. Alors Véland cesse d'être invisible. Il promet de rendre les vêtements si l'une d'elles veut le prendre pour mari. Elles laissent le choix à Véland, qui choisit Àngelburge. Un conte suédois de Cavallius et Stephens (trad. Thorpe) a conservé cette tradition eddaïque. — Un épisode analogue mais quelque peu altéré est reproduit dans le chant des Niebclungen : une expédition de Burgondes conduite par Hagen, part pour le pays des Huns et arrive près du Danube. Hagen cherche un gué sur la rive du fleuve et entend quelque chose qui tombe à l'eau. Ce sont des femmes qui, à sa vue, disparaissent sous Tonde. Il s'empare de leurs robes et ne consent à les rendre que si les nymphes lui prédisent l'avenir. — La tradition des filles-cygnes a été popujaire en Allemagne, dans tout le moyen âge, et trace son sillon dans de nombreux récits5. C'est en souvenir du cygne des légendes allemandes que Frédéric II de Brandebourg, créa l'ordre du

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