CONTE LY1I
LE VIEILLARD DE CORENTIN (Abrégé).
B. HUNT. — (Cornouaillbs.)
11 y a plus de cent ans, par un beau jour d'été, un vieillard de la paroisse de Corentin, en se promenant sur la grève de la pointe Lizard, vit assise sur un rocher une belle jeune fille dont les cheveux étaient si longs qu'ils la couvraient tout entière. Dans le creux du rocher, le flot en se retirant avait laissé une petite mare d'eau, et la jeune fille s'y mirait en peignant sa chevelure. Au bruit du vieillard qui s'approchait, elle plongea dans l'eau de la flaque, mais celle-ci était trop peu profonde pour que le vieillard ne vît pas que la jeune fille avait une queue de poisson. Le vieillard la rassura et lui parla avec douceur. La jeune fille dressa la tête au-dessus de l'eau et supplia le vieillard de s'éloigner. Celui-ci répondit : « Je ne vous veux aucun mal, mais il n'arrive pas tous les jours de s'emparer d'une Mermaid. Dites-moi comment vous vous trouvez ici. » La Mermaid, après s'être fait prier, raconta qu'après avoir été occupée avec son mari et ses enfants toute la matinée dans la mer, ils s'étaient trouvés fatigués de nager à la grande chaleur. Le Merman avait donc proposé de prendre du repos dans
une caverne où ils aimaient à se rendre. Ils s'y dirigèrent donc en nageant, et y pénétrèrent à la marée haute. La caverne était remplie de varechs bien doux et elle était d'une fraîcheur délicieuse ; le Merman voulant y dormir avait dit à sa femme de ne pas l'éveiller avant la marée descendante. Pendant que le père dormait, les enfants jouaient tranquillement sur le sable. Le parfum des fleurs descendait si suave du haut des falaises, que la Mermaid voulut aller voir de près ces fleurs charmantes ; elle nagea de rocher en rocher jusqu'à celui sur lequel elle avait été découverte en train de peigner sa chevelure. Tout en contant son aventure, elle passait ses doigts à travers ses beaux cheveux, et en faisait tomber nombre de crabes et des débris de varechs. * Votre voix, ajouta-t-elle, en éveillant mon attention, m'a fait voir que la mer était loin et qu'un long banc de sable me séparait d'elle. Que faire? que faire? je donnerais tout au monde pour regagner la mer. »
Le vieillard essaya en vain de la consoler. Elle lui dit que son mari serait furieux s'il ne la trouvait pas au moment du changement de la marée et qu'il était si jaloux qu'il la soupçonnerait de s'être sauvée avec un autre Merman. Elle pria donc le vieillard de la porter jusqu'à la mer et promit en iv tour de lui donner trois choses. Le vieillard se laissa persuader, puis, s' agenouillant, il lui présenta le dos. Aussitôt, elle cumula ses beaux bras autour du cou du vieillard. Pendant qu'il cheminait avec son fardeau, la Mermaid lui demanda ce qu'il désirait.
«Je ne désire, répondit-il, ni or ni argent. Donnez-moi seulement le pouvoir de taire du bien à mes voisins et, pour cela, accordez-moi de roinpro les charmes de sorcellerie, ensuite de chasser les maladies, eufin de découvrir les voleurs et de rendre les biens dérobés. » Elle lui accorda tous ces dons et lui lit présent d'un peigne qu'elle retira de sa chevelure. * Quand nous voudrez me voir, vous n'aurez, dit-elle, qu'à peigner la mer et à n'appeler. Aussitôt j'accourrai. »
C'ot ainsi que le vieillard apprit à chasser les sorts que les sorcières jettent aux hommes et aux bêtes, à préparer
un vase d'eau qui avait la propriété de réfléchir la figure du voleur, et à guérir les dartres, le feu de Saint-Antoine et la danse de Saint-Gui.
On montre encore dans la famille de ce vieillard le peigne de la Mermaid. Quelques mauvaises langues, il est vrai, prétendent que c'est tout bonnement un morceau de mâchoire de requin. Il y a partout des gens incrédules!