LA MAIN ENFLAMMÉE
GOULD ». — (Yorkshire.)
Par une nuit noire, après que toutes les ouvertures eurent été fermées, on entendit frapper à la porte d'une auberge solitaire, située au milieu d'une lande inculte.
La porte fut ouverte, et l'on vit paraître tout transi un pauvre mendiant, les haillons dégouttant de pluie et les mains bleuies par le froid. Il demanda tristement l'hospitalité, qui lui fut cordialement accordée. Comme il n'y avait pas de lit inoccupé dans la maison, il dut s'étendre sur un paillasson devant le feu.
Tout le monde alla se coucher, sauf la servante qui, de sa cuisine, pouvait voir dans la grande salle par une lucarne ménagée dans la porte. Quand le mendiant se fut assuré qu'il était seul, la servante le vit se lever, s'asseoir à la table, tirer de sa poche une main noire et desséchée, et la fixer dans le chandelier. Ensuite il graissa les doigts, et y appliquant une mèche, il y mit le feu. Remplie d'horreur, la fille monta quatre à quatre les marches de l'escalier et essaya d'éveiller le maître et les domestiques de la maison; mais tout fut vain, ils dormaient d'un sommeil magique. Alors elle redescendit, et regardant encore à travers la lucarne, elle vit flamber les doigts de la main ; le pouce seul ne donnait pas de lumière, parce que l'une des personnes de la maison n'était pas endormie. Le mendiant se mit alors à fourrer dans un grand sac tout ce qu'il trouvait à sa convenance,
i. Gould, Curiou$ Myth$. — Voy. l'intéressante dissertation qui accompagne ce conte, p. 407. — Voy. Hendcrson, Notes on Ihe Fulk-Lort of the iSorthem counties. — Voy. ausM Ad. Kulm : Hctabbm/t de* Ftutrs et les Mythes du feu par Baudry, dans la Hervé 9n: manique.
car aucune serrure n'était capable de résister à l'application de la main enflammée. Ensuite, posant à terre ce singulier flambeau, l'homme pénétra dans un appartement voisin. Dès qu'il fut parti, la fille arriva derrière lui, et, saisissant la main, elle s'efforça d'éteindre les flammes jaunâtres qui tremblotaient au bout des doigts. En vain elle souffla dessus, en vain elle versa sur elles de la bière, les doigts n'en devenaient que plus ardents ; elle y jeta de l'eau, mais la flamme brûlait toujours. Comme dernière ressource, elle saisit une cruche de lait, et, la renversant sur les quatre doigts enflammés, elle parvint enfin à les éteindre.
Poussant alors un cri perçant, elle se précipita à la porte de la chambre où était entré le mendiant et la ferma à double tour. Toute la maison s'éveilla, et le voleur fut pris et pendu.