livre ; a j^ine même lui permettait-il d'entrer dans la chambre
Un jour, le maître était sorti, et le garçon, poussé par la curiosité, pénétra dans la pièce où son maître gardait les instruments merveilleux a*ec lesquels il pouvait changer le cuivre en or, le plomb en argent. Là aussi se trouvait le miroir dans lequei se reflétait t ut ce qui se passait dans le monde, et la coquille qui, appliquée à l'oreille, murmurait les secrets que le maître désirait connaître. Eu vain, le garç>.>u essaya avec les creusets de changer le cuivre et le plomb en or et en argent ; — en vain il regarda longtemps dans le niiroir, la fumée et les vapeurs passèrent sur la glace sans former aucune image précise. Pour la coquille, elle ne produisit que des murmures indistincts, comme le bruit des vagues éloignées sur un rivage inconnu. < Je ne puis rien obtenir, dit-il, car je ne connais pas les paroles nécessaires; elles sont enfermées dans ce livre. » 11 jeta les yeux autour de lui et s'aperçut que le maître avait oublié, eu sortant, de fermer à clef le livre magique. Le garçon se précipita vers le volume et 1 ouvrit. Les caractères en étaient rouges et noirs et le sens des paroles était lettre close pour le domestique ; néanmoins, il mit son doigt sur une ligne et il Tépela tout haut.
Tout à coup, la chambre s'obscurcit, la maison trembla, un coup de tonnerre roula à travers le passage de la vieille demeure et devant le jeune homme terrifié se dressa une horrible forme soufflant le feu et les yeux brillant comme des lampes. C'était le maudit BéeUébuth qui accourait à son ordre. * Donne-moi une tâche I » cria le démon d'une voix terrible. Le garçon trembla et ses cheveux se hérissèrent. « Donnemoi une tâche ou je t'étrangle ! » répéta le démou ; mais le gars pouvait à peine parler. Alors l'esprit du mal s'avança vers lui et, de ses mains qui brûlaient comme du fer rouge, il serra la gorge du pauvre garçon.
« Arrose cette fleur î » s'écria au hasard le domestique, eu
désignant un géranium qui était dans un pot sur le plancher. Aussitôt l'esprit quitta la chambre et revint un baril sur le dos. Il en versa le contenu sur la fleur ; il sortit et revint encore et versa de l'eau et encore de l'eau jusqu'à ce que le garçon en eût jusqu'à la cheville. « Assez ! assez ! » supplia l'infortuné, mais le maudit ne l'écouta pas, car le garçon ignorait les paroles nécessaires pour le congédier. Alors le diable apporta encore de l'eau. Elle montait aux genoux du malheureux domestique et le démon en apportait sans cesse. Elle atteignit sa ceinture et Béelzébuth continuait à verser de pleins barils. Elle s'éleva jusqu'à ses aisselles. Alors le malheureux sauta sur la table ; mais l'eau monta à la croisée et baigna les carreaux. Elle gagna les pieds du garçon sur la table. Elle ne cessait de s'élever; bientôt elle pressa sa poitrine. Il avait beau crier, ses lamentations étaient impuissantes à congédier le maudit. Le diable eût continué jusqu'à ce jour à vider son éternel baril et le Yorkshire eût été tout entier submergé si le maître ne s'était souvenu dans son voyage qu'il n'avait pas fermé son livre. 11 revint donc sur ses pas et, au moment où l'eau bouillonnait autour du menton de l'élève, le maître prononça les mots qui renvoyèrent Béelzébuth dans sa demeure de feu.