‹ Contes populaires de la GrandeBretagneChapitre 94 sur 127 · BALLE D'OR · texte numérisé non relu

BALLE D'OR

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Deux filles en revenant de la foire virent devant leur porte un beau jeune homme. Il avait de l'or au chapeau, de l'or aux doigts, et une chaîne d'or au cou. Dans chaque main il tenait une balle d'or. Il donna une des balles à chaque fille en lui disant de bien la garder et que si elle la perdait, elle serait pendue ; l une des filles, la plus jeune, eut le malheur de jeter sa balle par-dessus le mur d'un parc. On l'emmena donc pour la pendre par le cou jusqu'à ce qu'elle fût morte.

Mais elle avait un amoureux et il s'engagea à rapporter la balle. 11 alla donc à la porte du parc et il la trouva fermée ; alors, il grimpa sur la haie et quand il fut en haut, une vieille femme se dressa dans le fossé devant lui et lui dit que s'il voulait avoir la balle, il devrait passer trois nuits chez elle. Le garçon accepta.

Il entra dans la maison et chercha sa balle sans pouvoir la trouver. La nuit étant venue, il entendit des esprits qui s'agitaient dans la cour; il regarda par la fenêtre, la cour était pleine de démons.

Tout à coup le garçon entendit monter l'escalier ; il se cacha derrière la porte sans faire plus de bruit qu'une souris.

Alors entra un géant cinq fois aussi grand que le garçon, le géant regarda partout, et ne voyant personne, il alla à la croisée et se pencha pour voir. Comme il s'appuyait sur les coudes pour jeter les yeux dans la cour, le gars arriva derrière lui et d'un coup d'épée le coupa en deux, de sorte que le haut du corps tomba dans la cour et que le reste demeura à regarder par la croisée.

Ce ne fut qu'un cri chez les démons quand ils virent tomber la moitié du géant; ils se mirent à crier :

— Voilà la moitié de notre maître ; rends-nous l'autre moitié !

Alors le garçon dit :

« Toi, paire de jambes qui te tiens à la croisée, à quoi te sert de regarder puisque tu ne peux voir? va rejoindre ton frère. » Et il jeta le bas du géant après le haut. Et quand les esprits eurent les deux moitiés du géant, ils se tinrent tranquilles.

La nuit suivante, le garçon était à la maison ; un second géant vint à la porte, et quand il entra, le gars le coupa en deux ; alors les jambes se dirigèrent vers la cheminée et s'en allèrent par là. «Va rejoindre les jambes», dit le gars, à la tète ; et il jeta aussitôt la tête par la cheminée. La troisième nuit, le garçon se coucha et il entendit les esprits qui s'agitaient sous le lit ; ils avaient la balle et ils se la jetaient l'un à l'autre. Or, la jambe de l'un d'eux dépassant le lit, le gars la lui coupa avec son épée. Un autre ayant étendu son bras de l'autre côté du lit, le gars le lui trancha aussi. À la fin, il les estropia tous et ils se sauvèrent criant et pleurant et oublièrent la balle. Le garçon la retira de dessous le lit et partit à la recherche de son amoureuse.

La fille avait été emmenée à York pour être pendue. Quand elle fut sur l'échafaud le bourreau lui dit :

— Eh ! la fille, je vais te pendre par le cou jusqu'à ce que mort s'ensuive. — Mais elle cria :

— Arrête, arrête, je crois que ma mère vient ! . . . 0 mère , apportes-tu ma balle d'or et viens-tu me délivrer ?

— Je n'apporte point ta balle d'or, je ne viens pas te délivrer ; je viens au contraire te voir pendre à ce gibet.

Alors le bourreau dit :

— Allons, la fille, dis tes prières, car tu vas mourir. Elle répondit :

— Arrête, arrête, je vois venir mon père ! . . . Père, as-tu apporté ma balle d'or et viens-tu me délivrer?

— Je ne t'apporte pas ta balle d'or, et ne viens pas te délivrer; je viens au contraire te voir pendre à ce gibet.

Alors le bourreau dit :

— As-tu fait tes prières? Mets ta tête dans le nœud. Mais elle répondit :

— Arrête, arrête, je crois que mon frère vient, etc. Après quoi elle le pria d'attendre, parce quelle croyait voir

venir sa sœur, puis son oncle, puis sa tante, puis son cousin. Le bourreau lui dit enfin :

— Je n'attendrai pas plus longtemps, car tu te moques de moi ; je vais te pendre !

Mais voilà qu'elle vit, à travers la foule, son amoureux qui tenait la balle d'or au-dessus de sa tête. Alors elle dit :

— Arrête, arrête, je vois venir mon fiancé.... Doux cœur, as-tu apporté ma balle d'or et viens-tu me délivrer?

— Oui, j'apporte ta balle d'or, et j'accours te délivrer; je ne suis pas venu pour te voir pendre à ce gibet.

Cette histoire est une version du conte de Grimm : Jean sans Peur. M. Gould cite un jeu populaire du comté d'Essex, Mary Brown, et un autre en Suède qui rappellent ce récit.

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